Van Gogh, si près du théâtre albeldien

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

La pièce a été créée par la Compagnie Hussard de Minuit au Théâtre Interface, à Sion, du 2 au 11 mars 2018. Son sujet ? Les lettres épistolaires que se sont envoyées un certain Vincent van Gogh et son frère Théo. La mise en scène est signée Stéphane Albelda ; le célèbre peintre est incarné par Stéphane Liard. Ce spectacle visuel « si près de la nuit étoilée » sera rejoué du 5 au 17 juin 2018 à Lausanne.

La pièce s’ouvre sur les accords hendrixiens de Baptiste Mayoraz, jeune artiste sédunois qui n’a plus à faire ses preuves depuis ses compositions originales pour Le Cercle de Craie caucasien en 2014, puis Guillaume Tell en 2015 et Dracula en 2017. Des toiles de van Gogh sont projetées, mouvantes, sur quatre tableaux verticaux disposés sur le plateau.

La scénographie, signée par l’artiste peintre et professeur Marie Papilloud, convient bien à cet univers pictural si particulier, où les couleurs sont plus réelles que la réalité, et les émotions plus limpidement brouillées que dans un brouillard humide. « Tu es un homme remarquable, Vincent, mais tu es fou. » Cette folie, Stéphane Albelda s’en est emparée.

Une mise en scène typique d’Albelda

Si nous avons déjà loué la manière dont sont présentes les œuvres du maître impressioniste, le style albeldien se retrouve dans les détails les plus intimes de la mise en scène. Ainsi en est-il d’une magnifique scène où Vincent lit – dans sa tête – la lettre de son frère Théo, que celui-ci dit simultanément. Les deux comédiens sont côte à côte ; sang pour sang. L’effet dramatique, déjà inhérent aux mots concrets de la correspondance fraternelle, s’en retrouve renforcé.

« L’amour entre frères est un soutien puissant dans la vie. Vérité de tout temps reconnue. Cherchons donc, écoutons cette voix. Que l’expérience de la vie nous aide à fortier le lien qui nous unit. »

Il y a également cette patte empruntée à Bertolt Brecht, que l’on retrouve dans une intervention du responsable visuel du spectacle, Guillaume Mayoraz, et du musicien Baptiste, son frère – n’est-ce pas là une mise en abyme de la fratrie van Gogh ? L’influence brechtienne se lit également sur ce plateau quelquefois à découvert, débarrassé des rideaux, laissant voir les comédiens changer leurs habits de scène.

Pour traiter de la folie van Gogh, il fallait la folie Albelda. Comme une manière pour l’auteur-compositeur, professeur de littérature et metteur en scène de laisser s’exprimer par le théâtre ses propres images intérieures. C’est ce que permet l’art : la rencontre entre deux artistes, au-delà de la mort – que dis-je, d’une dizaine d’artistes au moins, composant la compagnie Hussard de Minuit. Ce soir-là, nous fûmes si près de la nuit étoilée. Si près du théâtre albeldien.

La compagnie Hussard de Minuit rejouera la pièce Van Gogh, si près de la nuit étoilée, les 5 au 17 juin prochains au Théâtre Pulloff, à Lausanne, et en début septembre au Balcon du Ciel, à Nax.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Jean-Yves Fumeaux

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