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Théâtre

Interview

«Les gens de pouvoir fascinent le commun des mortels»

par Ivan Garcia
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Vincent Bonillo, metteur en scène de «Haute société» © Fanny Pelichet

Ils sont ultrariches, ils sont beaux, et le monde leur appartient. Cela pourrait être le début d’une émission de téléréalité ou d’un essai sociologique, mais il s’agit du sujet d’un spectacle. Or, que se passe-t-il quand les nantis se retrouvent sur scène? Une pièce, créée au Théâtre Benno Besson, traite du pouvoir des nantis et invite les spectateurs à s’interroger sur la vision du monde de ces privilégiés. Echange avec Vincent Bonillo, metteur en scène du spectacle Haute Société.

Le Regard Libre: Quelles sont les sources d’inspiration de votre spectacle?

Vincent Bonillo: Je m’intéresse et travaille sur la thématique du pouvoir depuis plusieurs années déjà. Haute Société, qui est une création originale, tire son inspiration de plusieurs sources. Je citerai, entre autres, les séries télévisées telles que Storm, The White Lotus, le film Triangle of Sadness, différents documentaires sur les ultras-riches, ainsi que des ouvrages comme Servir les riches (La Découverte, 2022) d’Alizée Delpierre et La violence des riches (La Découverte, 2013) des sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, que j’ai lus avec attention. A mes yeux, il s’agit d’une thématique effarante et qui a engendré chez moi un certain nombre d’interrogations qui m’ont poussé à créer ce spectacle.

Pourquoi cette thématique vous frappe-t-elle?

Je dirais que les gens de pouvoir exercent une forme de fascination sur le commun des mortels. En outre, il s’agit d’un sujet abondamment traité au théâtre. Je pense notamment aux pièces de Shakespeare. Les gens de pouvoir incarnent ce qui peut sembler le plus caractéristique de nos sociétés et que l’on peut voir dans des séries télévisées comme Dallas ou Succession. Or, nous sommes fascinés par ces gens-là et nous souhaitons les comprendre.

Dans ce spectacle, vous vous intéressez au pouvoir d’une certaine classe, celle des nantis…

Ce qui est fascinant avec les nantis, c’est qu’il y a un décalage entre leur vision de la réalité et la nôtre, celle des gens ordinaires. Or, ce décalage se situe à plusieurs niveaux: économique, écologique, culturel… Je dirais que, par le biais de ce spectacle, j’ai souhaité interroger ce décalage de vision entre des personnes ultra privilégiées et des gens normaux qui vivent tous dans un monde anxiogène, même si les premiers ne le voient pas ainsi.

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Pourquoi avoir créé ce spectacle précisément en 2023?

Mon intérêt pour la thématique du pouvoir s’inscrit dans un temps long. Il y a quelques années, j’avais travaillé sur un texte du philosophe et économiste français Frédéric Lordon, intitulé D’un retournement à l’autre, dans lequel il met notamment en scène Nicolas Sarkozy et la crise de 2008. J’en avais fait un spectacle en 2013. Les thématiques abordées dans Haute Société et dans D’un retournement à l’autre sont des sujets d’actualité qui touchent un certain nombre d’objets. Et puis, je pense que les problématiques auxquelles nous sommes confrontés à notre époque sont de plus en plus dures et qu’il convient de permettre aux spectateurs d’y réfléchir au moyen de notre spectacle.

Que voulez-vous dire?

Même si Haute Société aborde des sujets extrêmement sérieux, le spectacle passe aussi par une forme de tragicomédie dans laquelle il y a des moments dérisoires, comiques, voire absurdes, qui permettent aux spectateurs de rire et, ce faisant, de réfléchir à ces problématiques. 

En ce qui concerne le travail de plateau, comment avez-vous travaillé avec les comédiens?

Tout d’abord, j’aimerais souligner que Haute Société est la première pièce dans laquelle je suis à la fois metteur en scène et auteur. En effet, à l’origine, il n’était pas prévu que j’écrive un texte. Or, au début de notre travail, les comédiennes Barbara Baker, Shin Iglesias, Julia Batinova, Marie Ripoll, la dramaturge Laure Hirsig et moi-même avons commencé par faire quelques expérimentations sur le plateau, par réaliser quelques improvisations et en discuter. Au fil de ces échanges et de ces expérimentations, j’ai commencé par écrire un texte qui a pris de plus en plus de consistance et j’ai dégagé une douzaine et une quinzaine de saynètes écrites. Ce mouvement de va-et-vient entre le plateau et l’écriture au cours du processus de création était vraiment très agréable. Il faut dire que nous avions tous envie de travailler ensemble et de réaliser ce spectacle.

Finalement, j’aimerais vous interroger sur la scénographie que vous déployez dans Haute Société. Quelle utilisation faites-vous du lieu dans votre spectacle?

La scénographie de notre spectacle n’est pas indépendante du lieu dans lequel elle s’inscrit. Celle-ci prend en compte «la majesté» du Théâtre Benno Besson, si je puis dire. Nous avons choisi de faire de ce théâtre le château des nantis, c’est-à-dire qu’à leur arrivée les spectateurs sont accueillis par les comédiens pour «une soirée théâtrale». Le spectacle prend place dans la salle du Foyer du théâtre et nous utilisons celle-ci dans sa largeur: le couloir de l’établissement est considéré comme une sorte de salle et nous utilisons également les balcons. Il n’y a pas donc de rapport frontal avec le public, comme on le trouve souvent dans le théâtre.

Ecrire à l’auteur: ivan.garcia@leregardlibre.com

Haute Société. Jusqu’au 5 novembre 2023 au Théâtre Benno Besson, Yverdon-les-Bains.
«Haute société» © Fanny Pelichet
«Haute société» © Fanny Pelichet

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