« Pig (khook) » : vous allez liker !

Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) – Thierry Fivaz

La vie est injuste ! Alors que ses confrères réalisateurs se font décapiter et ont la chance de faire les unes des journaux télévisés, personne ne semble accorder la moindre attention à Hasan Kasmai, réalisateur lui aussi.

Affalé de tout son long sur son lit, Hasan Kasmai (Hasan Majuni) a le cœur gros. Le sort semble s’acharner contre lui. Pourquoi le tueur en série et amateur de têtes coupées ne s’intéresse-t-il pas à lui ? Lui, le grand Hasan Kasmai qui demeure sans conteste le réalisateur iranien le plus doué de sa génération ! Certes, depuis quelque temps et en raison de films, probablement, quelque peu trop militants, Hasan est blacklisté et n’a momentané plus le droit d’exercer son métier. Et ce n’est pas en réalisant des publicités pour des produits aussi glamours que des sprays insecticides qu’Hasan pourra, il est vrai,  (re)dévoiler son génie-créatif ; mais tout de même !

Heureusement, dans pareille situation, quel meilleur remède que les bras d’une mère pour se consoler ? Celle de Hasan habite avec lui, et la vieille femme le lui promet : lui aussi, bientôt, se fera trancher la tête ; le tueur a simplement gardé le meilleur pour la fin. Ouf ! Que ces mots son réconfortants.

#lesréseauxcestpasbeau

Voilà en quelques mots, et sans dévoilement de l’intrigue, l’ambiance déjantée régnant dans Pig (Khook) de Mani Haghighi qui, comme son alter ego Hasan Kasmai, est Iranien lui aussi. Pour son huitième long-métrage, le réalisateur livre un film comique, rythmé et franchement sympathique. Amoureux déçu, geignard à souhait, sa barbe hirsute et ses cheveux en bataille donnent à Hasan Kasmai des allures d’ours en peluche, un peu minable, certes, mais drôlement attachant. Comme l’entier de sa famille, d’ailleurs, qui se dévoue corps et âme pour lui, pour son œuvre, et surprend par sa simplicité et sa bienveillance.

Pourtant, il serait faux de vouloir réduire Pig (Khook) à une comédie noire un peu dingue. Car, aussi amusant qu’il soit, c’est également un miroir distordant que nous présente Mani Haghighi, comme le témoignent les nombreuses mise en abîme, ou même l’étendue d’eau sur laquelle, dans une barque à tête de lion, Hasan se fait arrêter. Un miroir qui nous offre le reflet d’un monde où l’argent prime sur les idées, où les réseaux sociaux se substituent aux juges, où la valeur d’un individu se réduit au nombre de ses followers. Mais alors, quelle différence avec notre monde ? Sans doute est-ce le fait que dans ce dernier, malheureusement, Hasan Kasmai n’existe pas.

Pig (Khook) à (re)voir dans le cadre du festival, le jeudi 12 juillet au Cinéma des Arcades : vous allez liker !

PIG (Mani Haghighi) – NIFFF – International competition
Cotations :F
Fuyez !
FFFFF
Frustrant
FFFFFFFFF
Fantastique !
Virginia Eufemi
Thierry FivazFFFF
Jonas Follonier
Hélène Lavoyer

Ecrire à l’auteur : thierry.fivaz@leregardlibre.com

Credit photo : © NIFFF

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