«La Femme la plus assassinée du monde», le coup de cœur de notre rédaction

Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) – Jonas Follonier

Franck Ribière nous plonge dans le Paris des années 1930, dans un film qui fait la part belle au théâtre, à la transition avec le cinéma et aux débuts du gore. La Femme la plus assassinée du monde, le coup de cœur de notre rédaction.

Nous sommes dans le Pigalle des années trente, à l’époque où le théâtre s’émeut de l’arrivée du cinéma. La femme la plus assassinée de toute l’histoire du monde a vraiment existé telle qu’elle apparaît dans le film : il s’agit de Paula Maxa, une comédienne qui se fait tuer tous les soirs sur les planches du Grand Guignol. L’établissement en question propose les prémices de l’horreur. « Du sang, du sperme et de la sueur » : voilà ce que vient chercher le public selon le directeur du théâtre, André de Lorde.

Cet engouement pour le gore au théâtre intrigue la rédaction du Petit Journal, qui charge un de ses jeunes collaborateurs, Jean, de préparer un grand papier sur ce théâtre de l’horreur et des liens possibles avec une série de meurtres dans le quartier. Le journaliste, archétype du dandy parisien, s’intéresse alors à la comédienne qui accepte de se faire écarteler, trucider, brûler, violer, décapiter chaque soir sur scène. N’est-ce vraiment que du faux ? Qu’en est-il de l’atelier où Paul Ratineau prépare ses effets spéciaux plus vrais que nature ? Cette intrigue fondée sur la réalité historique tient non seulement la route, mais elle tient en haleine. Et là n’est pas le plus intéressant.

Une époque de transition

En plus d’être un film à suspens habilement ciselé, La Femme la plus assassinée du monde plonge le spectateur dans l’époque des années trente. L’ambiance est convaincante et les références au Londres de ces années-là, nombreuses. Les costumes ont été préparés avec soin, le contexte historique est intégré à chaque détail du long-métrage. Cela donne une atmosphère envoûtante, légèrement inquiétante, comme lors de la première scène qui est la seule que l’on pourrait qualifier de fantastique.

Surtout, le premier film de Franck Ribière fait ce coup de génie d’utiliser le cinéma non seulement pour parler du cinéma, mais de ses débuts et de sa rivalité avec le théâtre ; et non seulement du gore, mais de ses débuts au théâtre et des contestations qu’il a engendrées dès sa naissance. Des couches de réflexion, il y en a une bonne dizaine dans ce film, qui réussit simultanément à être efficace par la modernité de ses plans et son classicisme qui a l’avantage de réunir les générations, les genres et les époques.

L’élégance à la française

Qui de mieux aurait pu choisir le réalisateur que cette poignée de comédiens de talent sortis tout droit du conservatoire ? C’est moins leur envie de jouer dans un film de genre – au contraire, cette idée est plutôt répugnante à ces hommes de goût – que leurs capacités de jeu et le sujet qui parle d’eux-mêmes – puisque c’est le théâtre  – qui fait qu’ils se retrouvent à jouer dans La Femme la plus assassinée du monde. Tous excellent : Anna Mouglalis dans la peau quotidiennement ensanglantée de Paula Maxa, Michel Fau dans le rôle du « Prince de l’Horreur » à la tête du théâtre ou encore Niels Schneider incarnant le journaliste.

Enfin, nulle œuvre de génie sans bande-son ni photographie de qualité. La musique originale est signée Keren Ann et sa rareté se mêle à une finesse et à une justesse inégalables. Quant à Laurent Barès, directeur de la photographie, il nous aura prouvé que Netflix pouvait commencer à proposer des films visuels de haute catégorie. Peut-être Franck Ribière a-t-il trouvé dans cette veine le moyen de réconcilier cinéma d’auteur et cinéma populaire, tout en allant flirter avec l’épouvante. Une réussite absolue, un sans-faute que nous vous recommandons chaudement, devant votre écran de cinéma ou celui de votre iPad.

Entretien avec le réalisateur à paraître dans notre prochaine édition papier, en août, au sein de notre dossier spécial consacré au festival.

LA FEMME LA PLUS ASSASSINÉE DU MONDE (Franck Ribière) – NIFFF – Films of the Third Kind
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Fantastique !
Virginia Eufemi
Thierry FivazFFFFF
Jonas FollonierFFFFF
Hélène Lavoyer

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jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © BIFFF

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