Rencontre avec le duo Marzella, qui s’envole vers un bel avenir

Les mélodies du jeudi – Jonas Follonier

Marzella est un duo de jeunes musiciennes ayant grandi à Yverdon-les-Bains. Depuis dix ans, elles parcourent l’Europe pour proposer à un public toujours plus nombreux une folk rock hors catégorie. Leur nouveau single, Lovely Bird, signe l’arrivée du français dans leurs textes et connaît un succès fulgurant. Rencontre.

Il existe des artistes de Suisse francophone dont il est urgent de parler non pas parce qu’ils sont suisses romands, mais parce que ce qu’ils proposent est tout simplement de qualité. Quand il s’en présente de tels, qu’ils plaisent à la présente plume et qu’en plus ils intéressent déjà un certain nombre de personnes sans qu’encore leur aura soit devenue un lieu commun, alors l’affaire est réglée. Un entretien s’impose. Nous avons rencontré Marzia Celii et Ella Malherbe à Yverdon le 21 novembre dernier, dans le bar L’Intemporel. Un signe pour leur musique? La première question à ces deux femmes rayonnantes fut en réalité posée à un duo, comme nous nous sommes bien vite rendu compte.

Jonas Follonier: Lovely Bird est une chanson sortie au début de ce mois. Elle signe une nouvelle étape dans votre carrière, marquée notamment par l’arrivée de paroles en français. Expliquez-nous la genèse de cette évolution artistique.

Marzella: Effectivement, du français est venu s’ajouter aux textes italiens et anglais que nous écrivions auparavant. Les trois langues se mélangent dans ce single. Notre album To You datant de 2015 était un ensemble de titres que nous avions l’habitude de chanter depuis que nous avions quinze ans et que nous avons souhaité enregistrer et réunir sous forme d’album il y a trois ans. Il n’y avait pas véritablement de cohérence entre les différents morceaux. Ce disque nous a permis de faire des tournées! Mais nous avons ensuite voulu créer une œuvre dont on puisse sentir l’ambiance, entendre un son particulier, autre que le live. De ce projet est né Lovely Bird.

On remarque, et ce sera mon premier compliment, que vous avez cherché des sons avec cet album.

Tout à fait, nous souhaitions expérimenter des guitares, tester des sons, trouver notre texture. Sur la chanson Lovely Bird, qui semble épurée, il n’y a pas moins de quatre pistes de guitare: la ligne de guitare électrique, un arpège à la guitare acoustique, un arpège à la guitare électrique et une espèce de son avec beaucoup de réverbération, dont on ne sait même pas par moments si c’est du violon ou de la guitare.

Votre tournant musical était donc volontaire.

Pas vraiment. Nous avons simplement appris des choses au fil du temps, ce qui fait que maintenant nous peaufinons nos chansons encore plus qu’avant.

Retournons aux textes. Vous vous définissez comme un duo «italo-irlando-suisse». Avez-vous trouvé par vos origines une marque de fabrique, précieuse en ces temps où le marketing fait beaucoup?

Si cette appellation devient une marque, tant mieux! En tout cas, ce n’était pas notre but. Cette identité «italo-irlando-suisse» répond à une nécessité de nous questionner sur qui nous sommes. Avant, nous ne mettions pas autant en avant cette spécificité qui consiste à réunir trois pays en un duo. A présent, cette dimension se retrouve dans les trois langues qui forment les textes de Lovely Bird, et c’est une fierté.

Marzella © Loïc Seuret pour le Regard Libre-2
© Loïc Seuret pour Le Regard Libre

Etes-vous vos propres managers?

Oui, c’est d’ailleurs très intéressant. Sur le base de conseils et de cours, nous apprenons notre métier sous toutes ses facettes. Le management en fait partie. Avant, nous faisions vraiment tout de A à Z: même la pochette de To you, c’est nous qui l’avons réalisée. Maintenant, même si nous restons à la tête de notre projet, nous nous entourons de différentes personnes pour des tâches comme le graphisme ou la réalisation vidéo. Sinon, nous aurions un travail de titan et il serait moins bien fait. Nous sommes très satisfaites de cette manière de faire!

Le mixage est l’un de ces domaines pointus maîtrisés par des professionnels et ô combien importants pour la musique. Lovely Bird a été enregistré chez Xavier Dromard, qui a travaillé pour Brigitte, Tarja Turunen ou encore Alain Souchon. Comment êtes-vous arrivées à lui?

Nous avons commencé par collaborer avec l’arrangeur Raphaël Noir. C’est lui qui nous a mis en contact avec Xavier Dromard. Pour retracer notre rencontre avec Raphaël Noir, il faudrait remonter à un concert que nous avions donné en 2012 à L’Echandolle, à Yverdon. C’était une soirée avec plusieurs artistes différents, dont Christopher Auer. Nous avions sympathisé et gardé plus ou moins le contact. Si bien qu’en 2016, il est venu nous voir jouer à L’Esprit Frappeur, à Lutry. Il a beaucoup aimé, mais il nous a dit qu’il y avait quelques éléments à améliorer, le jeu de scène entre autres. Et c’est à ce moment-là qu’il nous a recommandé de travailler avec Raphaël Noir. Raphaël nous a ensuite parlé de Xavier et lui a parlé de nous. Xavier a aimé notre projet et a accepté que nous venions enregistrer chez lui.

Quand on pense à Alain Souchon, on songe au duo qu’il forme avec Laurent Voulzy. Leurs voix s’accordent en une parfaite harmonie. Vos deux voix également. Est-ce aller trop loin de dire que vous êtes avant tout dans l’harmonie plus que la mélodie?

On ne peut pas séparer les deux. En ce qui nous concerne, nous aimons parfois créer des mélodies qui nous plaisent à nous d’abord, et susceptibles de plaire à d’autres, et nous ajoutons ensuite les harmoniques. D’autres fois, nous commençons par enchaîner des accords en fredonnant pour ensuite trouver une mélodie qui s’y inscrit. Dans tous les cas, il y a une constante: nous chantons les deux et c’est cette symbiose vocale qui fonde tout ce que nous faisons.

Marzella © Indra Crittin pour le Regard Libre-3
© Indra Crittin pour Le Regard Libre

Lovely Bird, chanson qui fait votre actualité et qui a été à l’origine de notre rencontre, est numéro #1 dans les classements iTunes en Slovénie et #85 en Irlande, et elle a été ajoutée à la playlist Spotify «La Crème» et elle est diffusée sur Amazing Radio en Grande-Bretagne! Qui de vous deux l’a écrite? Qui touche la plus grande somme? (rires)

Nous l’avons écrite ensemble, intégralement. C’est encore plus vrai que pour nos précédentes chansons. Un jour, nous nous sommes enfermées pendant des heures, nous avons pleuré, ri, crié; la chanson est partie de ce panel d’émotions, qui a donné lieu à plusieurs ébauches de morceaux totalement différentes entre elles. Lovely Bird a été engendrée à partir de trois ou quatre chansons, dont nous avons gardé que ce qui nous convainquait le plus.

Ce single annonce votre EP, qui va sortir en début d’année prochaine. Pourquoi avoir choisi un format de quatre chansons plutôt qu’un album, alors que vous avez déjà publié un album justement? Normalement, c’est le contraire que l’on fait, non?

Avant l’album, nous avions sorti un EP et, maintenant que nous avons fait un album, nous ressortons un EP. Pourquoi? Parce qu’actuellement la musique devient de plus en plus éphémère. D’où le fait que l’EP soit à la mode. Les auditeurs réfléchissent en termes de chansons, plus en termes d’albums. Deuxième raison, nous voulions prendre le temps de nous concentrer sur quelques titres et donc viser quelque chose de raffiné. Enfin, l’EP permet de passer rapidement à autre chose; l’album, lui, impose une longue période de suspens.

Pouvez-vous nous révéler en primeur quelques éléments sur le contenu de cet EP, outre la chanson déjà disponible dont nous avons parlé et qui parle d’une relation toxique?

L’EP gravite autour d’une thématique, et nous aurions du plaisir à sortir ensuite un EP suivant sur un autre thème. C’est un EP-concept, pour ainsi dire, qui relate des histoires de vie et dont chacune des quatre chansons représente une saison – Lovely Bird, c’est le printemps. L’album parle du cycle de la vie, du renouvellement, du fait que l’on peut toujours s’améliorer et apprendre de ses échecs. Chaque chanson traite d’une situation particulière, liée à l’atmosphère d’une saison. Nous nous réjouissions de dévoiler notre EP!

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédits photos: © Indra Crittin et Loïc Seuret pour Le Regard Libre

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