«La femme du banquier», un excellent thriller

Les bouquins du mardi – Lauriane Pipoz

Marina Tourneau est journaliste. En vacances en France avec son fiancé, elle peine à décrocher et accepte une mission à la demande de son supérieur. Lorsque ce dernier est retrouvé mort, elle comprend qu’ils tiennent là une grande affaire. De son côté, l’américaine Annabel vit depuis deux ans à Genève avec son mari, banquier privé. Elle est effondrée lorsqu’elle apprend sa mort dans un accident d’avion. Et encore plus quand elle découvre en quoi consistait vraiment son métier.

Ces deux femmes vont vite se retrouver baignées dans un milieu qu’elles ne connaissent pas assez: les banques privées. Ce qui n’est pas le cas de Cristina Alger, issue d’une grande famille de la finance et ancienne analyste financière pour la banque privée Goldman Sachs. Cette dernière nous plonge tout droit dans les fraudes fiscales, aux côtés de terroristes, de dirigeants et d’hommes d’affaires. Mais aussi de Monsieur et Madame Tout-le-monde possédant un certain montant et désireux de frauder le fisc.

Du sucre, des épices et des tas de bonnes choses

Dans La femme du banquier, tous les ingrédients sont présents pour avoir un très bon thriller: un personnage principal isolé, perdu et en danger, une foule de protagonistes suspects, un journaliste fouineur et une narration épisodique qui nous empêche de poser notre livre («Je finis juste ce chapitre.» «En fait je commence juste le suivant.»). Mention spéciale pour avoir osé faire lire un thriller domestique cliché à son épouse éplorée.

«Le livre, un thriller domestique, mettant en scène une épouse qui disparaissait en rentrant chez elle après le travail. Le genre d’histoire qu’elle avait lue un million de fois, un roman avec le mot ‘‘fille’’ dans le titre et un narrateur un peu tordu, et des personnages dont elle oubliait toujours le nom.»

Et pourtant, elle sait se démarquer. Tout d’abord, par son utilisation vulgarisée du domaine de la finance. Après avoir lu sa biographie impressionnante, on se dit qu’elle sait sûrement de quoi elle parle. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle est difficile à suivre: les rouages de son affaire sont visiblement ceux du scandale des documents panaméens (2016), mais sont presque entièrement mis au service de sa fiction. N’ayez donc pas peur d’avoir affaire à des explications compliquées comprenant trop de chiffres et trop de termes financiers utilisés en anglais.

Un reflet de notre société

Mais on peut aussi voir dans ce livre grand public un traitement de certaines problématiques actuelles. Tout d’abord, ce n’est pas l’épouse qui disparaît, mais bien le mari. Elle met ici en scène deux femmes fortes et indépendantes, qui se retrouvent dans des situations telles qu’elles ne peuvent que compter sur elles-mêmes. Si c’est un point que nous saluons, déplorons tout de même un peu le cliché de cette phrase, qui reflète probablement un autre cliché: il serait encore mieux de parvenir prochainement à mettre côte à côte sous les feux des projecteurs des personnages féminins et masculins emplis de bon sens, et que cela paraisse normal à tout le monde. A examiner la fin du livre, on peut néanmoins oser se demander si ce n’est pas l’effet recherché et relever qu’Alger n’a décidément pas peur des clichés.

Enfin, les protagonistes sont pourchassés par des individus tout-puissants qui peuvent tout contrôler: ils voient tout, entendent tout et possèdent tout. Si l’étendue des pouvoirs de ces «méchants» tout droit sortis de Big Brother nous paraît un peu irréelle, on peut quand même se dire qu’un documentaire intitulé «Goldman Sachs: la banque qui dirige le monde» a vu le jour en 2012. Alors peut-être avons-nous tort de voir des clichés partout. Et sans doute que ce thriller est simplement un excellent thriller.

Cristina Alger
La femme du banquier
Traduction de Nathalie Cunnington
Albin Michel

2019
416 pages

Ecrire à l’auteur: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

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