Des luttes mondiales?

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

Parfois, l’actualité internationale semble parler d’une même voix. Depuis quelques jours, les mouvements sociaux de masse se sont multipliés à travers le globe. Certains étaient en hibernation depuis quelques mois comme en Catalogne, d’autres sont actifs depuis plus longtemps comme à Hong Kong.

Ce sont surtout les événements en Irak, au Chili et au Liban qui frappent par une certaine simultanéité. Le dénominateur commun est que le peuple se lance dans la rue pour se battre contre un Etat injuste. En Irak, on se bat contre tout le système politique corrompu et influencé par l’Iran; au Liban, on n’en peut plus des anciennes structures communautaires, de l’impuissance et de la corruption du gouvernement; au Chili, ce sont la pauvreté et les inégalités qui secouent le peuple. A Hong Kong, on se mobilise par peur du géant chinois et de son autoritarisme; en Catalogne, c’était la condamnation du mouvement indépendantiste; enfin, en Equateur, il y a quelques semaines, on se battait contre la fin des subventions pour l’essence.

Sonne-t-on le glas du néo-libéralisme et de la globalisation? C’est plutôt dans le rejet de la corruption qu’il faut chercher la racine de tous ces mouvements tant les revendications sont larges et touchent des pays et des situations variées. La corruption, alors qu’elle a fait partie de la vie politique de certains Etats depuis des décennies ou des siècles, commence à devenir de moins en moins tolérable – et à juste titre. Mais assiste-t-on à l’avant-première de ce que sera la lutte politique de demain, à la croisée de la polarisation des idées et de la croissance des inégalités? On peut le craindre. La dernière question à se poser est celle de la réussite de telles mobilisations. Les changements s’obtiennent-ils de cette façon?

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L’exemple le plus récent de foisonnement de contestations demeure ce que l’on a appelé les Printemps arabes. Les mobilisations en Tunisie, en Libye, en Egypte et en Syrie, notamment, se sont soldées par des résultats très différents, alors que tous luttaient contre un régime autoritaire. Le problème ne réside pas vraiment dans la mobilisation, mais dans l’état d’esprit de tout un peuple, ou plutôt dans le logiciel interne des pays. Ceux-ci ont des structures et des valeurs sociales différentes qui favorisent ou défavorisent le changement. Ce ne fut pas là où le gouvernement était le plus corrompu ou le plus injuste que les protestations ont eu le plus d’effets. Ni là où les opposants étaient les plus violents d’ailleurs, en témoigne le sort de la Libye.

Un gouvernement ou une élite ne va pas répondre de la même manière en fonction de son logiciel, en fonction de son histoire, de sa culture et de sa structure sociale. En France, les grèves font partie du paysage politique depuis des décennies, tandis qu’en Suisse, des actions du même type ne mèneraient certainement pas aux mêmes résultats. De plus, toutes les manifestations actuelles n’ont pas la même valeur, entre Hong Kong, l’Irak, le Chili, le Liban ou la Catalogne…

Cependant, il faut se garder de penser qu’un système ne change pas. Il ne faut pas se dire que telle ou telle mobilisation ne peut qu’échouer en raison du système en place, cela reviendrait à commettre une faute intellectuelle. Il y a toujours un facteur de changement inattendu qui peut survenir sans prévenir, à l’image de la chute du communisme en Europe. Dans tous les cas, il faut se méfier de voir une convergence des luttes au niveau mondial et de penser qu’une mobilisation violente puisse nécessairement sortir victorieuse.

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.com

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