Archives de catégorie : Littérature

Myriam Wahli et la fulgurance de l’enfance

Le Regard Libre N° 39 – Alexandre Wälti

Une voix d’enfant qui traverse les champs en toute insouciance malgré la gravité de la réalité. La phrase ébauche un résumé de Venir grand sans virgules de Myriam Wahli. Un premier roman qui est coloré d’inventivité littéraire et d’émotions contrastées. L’occasion de la rencontrer et de découvrir plus attentivement l’univers scintillant qui pétille dans ses mots.

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« Et moi je vis toujours », le roman posthume de Jean d’Ormesson

Article inédit – Jonas Follonier

Longtemps, j’ai erré dans une forêt obscure. J’étais presque seul. Peu de voisins, pas d’amis. Pour ainsi dire pas de parents. J’ai à peine connu ma mère qui m’avait donné son lait. Je n’ai guère eu le temps de m’attacher à elle. Mon père n’était jamais là. Il se promenait, il courait les filles, il se battait, il chassait.

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« Diable d’acteur et Dieu en bouteille » : le conte d’une soirée avinée

Les lettres romandes du mardi – Alexandre Wälti

Le neuchâtelois Roger Favre a écrit son Diable d’acteur et Dieu en bouteille comme un conte dont le lecteur boit autant les paroles qu’il respire les effluves d’alcool des deux personnages. Il pourrait se croire dans un soir de weekend interminable. Une histoire dont le point de départ est d’une simplicité ahurissante : une conversation de bistrot. Un voyage littéraire nourrit par l’Histoire avec le rire sarcastique au coin des lèvres en bonus.

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« La cité lassitude » : du fonctionnaire d’Etat ressurgit l’adolescent rêveur

Les lettres romandes du mardi – Loris S. Musumeci

« Mathias aimait la vie, mais se gardait de tout ce qui lui donnait un parfum doucereux ou consolateur. Les filles et le jazz l’attiraient davantage pour leur part de rugueux mystère que pour leur facile beauté et s’il ne papillonnait que brièvement dans le camp des fragiles conquêtes, c’est qu’il craignait encore de s’y consumer. Une part de lui était devenue méfiante et répugnait à l’abandon qui dévore. Il devinait bien qu’il était charmeur, mais il pensait devoir son attraction à l’originalité de ses idées et non à la finesse de ses traits. Son ego et ses succès le trompaient. Il était juste attachant nigaud quand il se croyait profond raisonneur. »

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« Rodger : l’enfance de l’art »

Le Regard Libre N° 38 – Alexandre Wälti

Roger Federer, ou RF, est une image de marque. C’est aussi le meilleur ambassadeur dont un pays comme la Suisse peut rêver. On le voit partout en amuseur des réseaux sociaux ou en passionné de la zapette sur des affiches publicitaires. Mais Rodger, celui d’Herrmann & Vincent, est différent ; tout le contraire de celui des écrans.

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Angélique Eggenschwiler : « Je conçois la langue comme un absolu »

Les lettres romandes du mardi – Jonas Follonier

Angélique Eggenschwiler est une étudiante en anthropologie et chroniqueuse au quotidien La Liberté. Native de Fribourg, elle a publié son premier ouvrage il y a deux ans aux Editions de l’Hèbe. Parfum de Térébenthine est un recueil de petits textes « adulescents », comme elle aime le préciser elle-même, se situant entre la prose et la poésie. Portés par la cohérence d’une tristesse sensuelle, ce sont de petits portraits humains que nous propose la jeune femme de vingt-cinq ans, que nous avons rencontrée la semaine dernière à Neuchâtel.

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Les Editions Plumes d’Aujourd’hui « pour l’adulte que sera l’enfant d’aujourd’hui » – Rencontre avec Nathalie Jensen et Sophie Mastelinck

Le Regard Libre N° 38 – Loris S. Musumeci

La littérature de jeunesse, épisode 1/2

La première maison d’édition fribourgeoise pour la jeunesse, c’est ici ! Les Editions Plumes d’Aujourd’hui comptent déjà dans leur collection quatre ouvrages. Elles sont portées par Nathalie Jensen et Sophie Mastelinck, deux femmes passionnées et exigeantes en qualité. L’une est auteur, l’autre est éditrice. Leur collaboration promet encore de beaux livres à venir pour les petits et les grands.

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« La couleuvre qui se mordait la queue », une poésie qui joue et qui surprend

Les lettres romandes du mardi – Loris S. Musumeci

Un peu de poésie pour aujourd’hui. Point de classique chantant les sanglots longs des violons dans un monde où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Mais de la poésie légère et locale d’un homme simple qui travaille dans le social : Pierre-André Milhit. Sans prétention, l’auteur valaisan livre à ses quelques lecteurs un court ouvrage qui sonne les cloches de l’humour, dans un contexte paysan, où le vin et la bête constituent le quotidien.

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« Les années silencieuses » questionnent sans cesse

Les lettres romandes du mardi – Alexandre Wälti

Quand une femme de soixante-et-un ans pose un regard rétrospectif sur sa vingtaine, plus précisément les années 1942-1943, alors elle parle aussi de l’histoire de la Suisse. Quand cette femme est Yvette Z’Graggen, écrivaine et journaliste, alors l’exercice peut encore aujourd’hui enrichir l’opinion publique. Si celle-ci existe, bien sûr. L’enrichissement, lui, à la fin de la lecture du récit Les années silencieuses, est certain.

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Metin Arditi : « Dans tous mes livres, j’ai cherché l’estime de mon père »

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

Connu pour ses nombreux engagements dans le milieu culturel, Metin Arditi est devenu depuis quelques années l’un des écrivains les plus importants de Suisse. L’auteur d’origine turque séfarade nous a ouvert les portes de son domicile, à Genève, pour une discussion autour de son dernier roman, Mon père sur mes épaules (2017), paru aux Editions Grasset. Un entretien aussi bouleversant que son ouvrage.

Jonas Follonier : Dans votre ouvrage Mon père sur mes épaules, vous racontez l’épisode marquant où l’une de vos deux filles atteint l’âge de sept ans. Vous écrivez : « Soudain je compris de quoi, à son âge, j’avais été privé. Je fus anéanti. » Est-ce le point de départ de ce livre ?

Metin Arditi : Dans la question de savoir s’il faut condamner Pâris et Hélène du fait que leur amour a déclenché la guerre de Troie, le véritable problème à affronter est le suivant : s’ils n’étaient pas tombés amoureux l’un de l’autre, est-ce que la guerre de Troie aurait eu lieu oui ou non ? Il s’agit de se demander s’il y a une véritable connexion entre les deux événements. Toutes proportions gardées, c’est un peu la même histoire ici. L’observation que j’avais faite de ma fille lorsqu’elle avait sept ans, c’est la cause profonde, en effet. Mais il y a eu des causes beaucoup plus immédiates qui m’ont amené à écrire ce livre, dont une particulièrement.

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