Archives de catégorie : Littérature

«Rompre»: Yann Moix est ridicule

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«Ce sont les mots d’un homme désespéré. Ce sont les paroles d’un homme qui ne sait plus comment ne plus souffrir et tente de se suicider autrement qu’en mourant; ce sont les phrases d’un homme qui se suicide à l’aveu.»

Sous l’appellation de roman, Rompre se présente comme l’entretien journalistique d’un certain Gaspard Lenoir avec Yann Moix. L’auteur ne va pas bien. Il s’est fait quitter par sa copine Emmanuelle «il y a dix mois, le samedi 16 septembre 2017, aux alentours de 15 heures.» De question en question, Yann Moix raconte tout son malheur. Rompre parle de la rupture amoureuse, tragique et ridicule. 

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«Le dernier été»: une bonne chanson, mais pas un tube

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Premier roman de Benedict Wells, Le dernier été propose de rencontrer Beck, «un prof guetté par la quarantaine» ayant enchaîné les histoires sans lendemains, les soirées avec son seul ami Charlie, et qui trouve un jour en Rauli Kantas, l’un de ses élèves, la possibilité de se ressaisir d’un vieux rêve qu’on lui avait arraché: devenir un musicien reconnu mondialement. Rauli est jeune, inconscient de son talent, et Beck en crise existentielle les imagine déjà Rauli, Charlie, lui et Lara, la première femme – et la seule personne – qui puisse lui faire ressentir cette émotion étrange et déstabilisante qu’est l’attachement sincère.

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«Arcadie»: quand libertinage et religion ne font qu’un

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«Sans Arcady, nous serions morts à plus ou moins brève échéance, parce que l’angoisse excédait notre capacité à l’éprouver. Il nous a offert une miraculeuse alternative à la maladie, à la folie, au suicide. Il nous a mis à l’abri. Il nous a dit: ‘N’ayez pas peur.’»

Farah vit avec ses parents et sa grand-mère dans la communauté libertaire d’Arcadie, la Liberty House. Portant toutes les caractéristiques graves et comiques d’une secte, Arcadie est dirigée par son fondateur Arcady, un prophète de l’amour à l’appétit sexuel très large. Farah y passe une enfance plutôt heureuse. Elle jouit de la nature verte et immaculée qui entoure le domaine isolé. Mais voilà que l’adolescence surgit, avec son lot de questions. Et ses pulsions de révolte. 

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«Le temps des mots à voix basse», ou l’art d’être concis et poétique

Les bouquins du mardi – Alexandre Wälti

La qualité d’un livre ne se mesure pas toujours à son épaisseur. Evidemment que 600 pages permettent une meilleure construction psychologique des personnages ou une trame plus élaborée que moins de 100. Anne-Lise Grobéty, en écrivant pour un jeune public, fait toutefois le pari des moments clefs au service du texte et de l’émotion. Elle réussit à toucher juste en allant droit au but dans Le temps des mots à voix basse.

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Rencontre avec Claire May

Le Regard Libre N° 45 – Alexandre Wälti

La binationalité intrigue Claire May. Elle questionne notamment ce sujet dans Oostduinkerke au même titre qu’elle interroge les tiraillements intimes qui trouvent parfois leurs origines dans un certain déterminisme social et culturel à l’image de ses deux personnages principaux: Emma et Charles. C’est ce que l’on comprend au moment de fermer la dernière page du premier roman de l’écrivain belgo-suisse, paru aux Editions de l’Aire.

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«Le Collectionneur»: une délicieuse dose de terreur

Les bouquins du mardi – Lauriane Pipoz

Le Collectionneur de Fiona Cummins est le conservateur d’un musée bien particulier exposant des ossements humains.  Cette lourde et méticuleuse tâche lui a été léguée par son père et son grand-père; une affaire de famille, en somme. Le personnage cherche ainsi la rareté parmi les habitants de Londres, et enlève le petit Jackey, enfant atteint de  fibrodysplasie ossifiante progressive, maladie qui déforme son squelette, et la petite Clara, à qui il manque trois doigts à chaque main. S’ensuit une enquête haletante, menée dans une ambiance glauquissime par une inspectrice aussi prometteuse que complexe.

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Houllebecq marié: la possibilité d’une fuite

Le Regard Libre N° 45 – Thierry Fivaz

Le 21 septembre dernier, l’écrivain Michel Houellebecq s’est marié. L’heureuse élue se prénomme Qianyum Lysis Li et a vingt ans de moins que lui. Si, la plupart du temps, un mariage est un événement sans intérêt et sans grandes conséquences dans la vie des individus, celui-ci n’aurait-il pas des effets potentiellement catastrophiques pour l’auteur des Particules élémentaires? Car, comment peut-on rester un écrivain cynique, désabusé, défaitiste, nihiliste, bref: comment Michel peut-il être Houellebecq si Michel nage dans le bonheur? Continuer la lecture de Houllebecq marié: la possibilité d’une fuite

«Putain D’AVC!» : un temoignage indispensable et touchant

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

Un titre fort, dont la colère et la frustration qui surviennent lors d’un accident vasculaire cérébral (AVC) transparaissent bien. Chamboulé par cet événement qui transforma sa femme énergique et restant «joyeuse, heureuse, courageuse, au-delà, souvent, de la raison», Simon Roger-Vermot livre à travers un journal de bord rédigé au cours des semaines passées au chevet de sa femme ou dans les couloirs et autres salles d’attentes des institutions de soin un compte-rendu de l’expérience qu’impose un proche atteint d’un AVC.

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«Un tournant de la vie»: le nouveau roman de Christine Angot est-il vraiment mauvais?

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

Indéniablement, l’auteur de L’Inceste connaît le succès depuis longtemps. Christine Angot a ses lecteurs, qui attendent d’ailleurs avec impatience le «nouvel Angot» lors des rentrées littéraires. Elle fait parler d’elle aussi, accumulant les prises de positions polémiques et les coups de gueule. Et le phénomène ne va qu’en s’accroissant depuis qu’elle occupe le siège tant envié de chroniqueur au sein de l’émission populaire animée par Laurent Ruquier, «On n’est pas couché», sur France 2. Christine Angot: trop artiste? trop franche? trop sensible? trop vraie pour le vil univers de la télévision? Peut-être. Mais on peut tout autant en douter.

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«bascules ciao», y a-t-il quelque chose à dire?

Les bouquins du mardi – Jonas Follonier

Cette chronique sera accompagnée d’un article contradictoire ainsi que de deux poèmes extraits du recueil bascules ciao dans notre édition de février, en commande ici. Vous serez ainsi invités, chers lecteurs, à donner votre propre avis sur cette poésie.

Que voulez-vous? Dois-je mentir? Le Regard Libre, porteur de la littérature romande? Porteur de ce qui nous interpelle, avant tout, en bien et en mal. Pour ma part, nombreuses sont les fois où je me suis retrouvé déçu par des œuvres que, soit j’avais considérées dans le méli-mélo de la mondialisation bobo-helvético-sérieuse, soit que j’avais appréciées «malgré moi». Cette fois, nul besoin de prendre des pincettes. Nous avons affaire à une pseudo-poésie sans véritable intérêt.

André Petitat nous livre basclues ciao (sans majuscules au titre! oui, ce n’est pas moi), son recueil de poèmes récemment publiés aux Editions de l’Aire, pourtant appréciables et même exemplaires dans le paysage éditorial de notre pays. Cet ouvrage, je l’ai lu. J’ai pleuré. Quelles qualités un texte doit-il présenter pour être considéré comme un poème? Des rimes, dirait un classique. Un rythme, dirait un laxiste. Une âme, dirait un amateur de métaphores.

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