«Hors Normes»: à la rencontre des oubliés

Les mercredis du cinéma – Melisa Oriol

Olivier Nakache et Eric Toledano, réalisateurs d’Intouchables, signent avec Hors Normes une œuvre qui se révèle être une claque de véracité et d’humilité. Tout en humour et en sincérité, qu’il s’agisse d’individus atteints d’autisme ou de jeunes issus de quartiers difficiles, le film met en lumière les personnes de l’ombre.

Tiré d’une histoire vraie, Hors Normes raconte la vie de Bruno et Malik. Depuis près de vingt ans, les deux hommes s’occupent d’enfants et d’adolescents autistes. Chacun avec leur association respective, ils forment des jeunes issus de banlieues pour encadrer ces «cas complexes» que personne ne veut prendre en charge.

C’est avec une simplicité troublante que les réalisateurs arrivent à transposer à l’écran la lutte quotidienne de ceux qui ont décidé de dédier leur vie à l’autisme. Frisant parfois le documentaire, le film montre avec admiration le travail colossal et constant fourni par ces associations, fonctionnant souvent avec peu de moyens. Il montre aussi l’incompréhension qui émane tant des institutions que des personnes lambda, ainsi que la détresse et le désespoir des familles. Autant de thèmes et de rencontres qui transcendent l’écran pour venir réveiller le spectateur ignorant.

Joseph et Bruno

Bien que tous les rapports entre les personnages soient d’une sincérité intense, un lien particulier se démarque des autres: celui de Joseph (Benjamin Lesieur) et Bruno (Vincent Cassel). On ressent entre Bruno et Joseph une complicité forte. Benjamin Lesieur est réellement atteint d’autisme. Les nombreuses séquences entre ce dernier et Vincent Cassel sont d’un réalisme fort car on ne distingue pas la limite entre le jeu et la réalité.

Les réalisateurs ont pris la décision de faire «jouer» à des autistes leur propre rôle. De ce choix ont découlé de nombreux mois de patience, de travail et de partage. Cela a porté ses fruits, puisque tout, des regards aux rires en passant par les gestes, tout est d’une vérité et d’une profondeur qui ne peuvent laisser indifférent. On se situe, ici, dans un monde à part; une bulle à mille lieues de toute théâtralité.

Mieux vaut en rire qu’en pleurer

Malgré le poids du sujet, Nakache et Toledano ont su aborder le tout avec douceur, humour et émotion. Qu’il s’agisse de l’obsession de Joseph pour le bouton d’alarme du métro ou des nombreuses situations cocasses, le sourire n’est jamais bien loin. L’humour est sans doute le meilleur moyen d’en parler; sans s’apitoyer, le film expose une réalité qui remet en perspective nos priorités et nous fait nous sentir… cons.

On s’attache sans s’en rendre compte à tous ces jeunes, les encadrants comme les encadrés, on se sent impliqué dans leur combat, heureux dans leurs réussites et en colère face à l’injustice d’un système déficient. Les réalisateurs se sont attaqués à un sujet tabou. Le manque de structures et la détresse des familles sont pourtant bien réels. Tout comme Joseph, les réalisateurs ont donc tiré la sonnette d’alarme. Voilà un film à voir absolument!

Ecrire à l’auteure: melisa-orl@hotmail.com

Crédits photo: © Ascot Elite Entertainment Group

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