«Quartier des Banques» – Grangier, l’entreprise familiale gangrenée

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Difficile de trouver sa place dans le marché impitoyable des séries. Quartier des Banques – une série helvético-belge, créée par Stéphane Mitchell, Fulvio Bernasconi et Jean-Marc Fröhle – s’est révélée être la première pierre de l’édifice grandissant des séries de la chaîne nationale. Dès les premiers épisodes, le spectateur plonge dans les coulisses de Grangier, une entreprise familiale de gestion de fortune basée à Genève. Alors que la première saison – diffusée en 2017 – prend pour contexte l’ébranlement du secret bancaire en 2012 par les Américains et la crise financière qu’il entraîna, la deuxième – sortie en 2020 – s’intéresse aux fonds spoliés et au blanchiment d’argent. Entre secrets de famille et problèmes économiques; enlèvements, intimidations, jeux de pouvoir, déloyauté, perfidie, amour et argent incarnent les ingrédients phares de cette saga financière.

Que ce soit pour découvrir la vérité sur l’accident de Paul (Vincent Kucholl) – directeur de la banque Grangier – ou pour tirer l’entreprise familiale d’un mauvais pas, les protagonistes auraient eu tout à gagner à se serrer les coudes. Au lieu de s’entraider, ces derniers multiplient les cachotteries, les trahisons et les mensonges. Autant l’avouer d’emblée, la confiance ne règne guère. Au fil des douze épisodes, l’argent et l’appât du gain demeurent leur mot d’ordre, même si Elisabeth Grangier (Laura Sépul) – le mouton noir de la fratrie qui vivait loin de la banque familiale – espérant être soutenue par ses frères, voulait transformer la banque en une entreprise éthique et transparente qui collabore avec la justice. Elle découvrira bien vite que «pour nettoyer la crasse, il faut se salir les mains».

Un système gangréné

Elisabeth Grangier décide de reprendre les rênes de l’entreprise pour découvrir qui a tenté de tuer son frère Paul, certaine qu’il ne s’agit pas d’un accident. Dans la première saison, au travers de son enquête, elle révèle aux spectateurs l’ambiance qui règne au sein de cette banque. Elle met au jour les manœuvres douteuses des banquiers, les montages financiers de ses frères et elle sera amenée à choisir entre sa famille et ses principes. Dans la deuxième saison, l’atmosphère reste la même, Elisabeth – toujours à la tête de la banque Grangier – croit l’avoir rendue éthique, mais changer tout un monde ne semble pas si aisé.

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Certains employés adhèrent au projet d’Elisabeth, mais beaucoup le pensent utopiste. Le blanchiment d’argent continue, tout comme les demi-vérités et les trahisons. Dans cette deuxième saison, la corruption n’apparaît pas seulement dans les banques, mais aussi dans le système judiciaire et dans le commerce de diamants. Une sombre réalité se trouve au cœur de la série: comment changer un milieu, comment vaincre les prévarications? Les bras des puissants semblent si longs qu’il faut être fin stratège pour tirer les bonnes ficelles au bon moment. La «victoire» d’Elisabeth – si tant est qu’elle puisse être appelée ainsi – restera amère pour cette directrice ambitieuse pleine de principes et mère de famille.

Pour asseoir son message, Quartier des Banques laisse, dans sa saison deux, entrer la corruption dans le système judiciaire. Par exemple, Elisabeth saura actionner les bons leviers pour que la procureure Anne-Marie Djourou (Mariama Sylla) arrête d’enquêter sur la banque familiale. Les malversations s’insinuent plus largement puisque le scénario tourne autour du Processus de Kimberley. Ce dernier vise à endiguer l’exportation des diamants de sang, utilisés pour financer la guerre civile en Centrafrique. Jean Mukanga (Pitcho Womba Konga) – un conférencier spécialisé dans le commerce de ces pierres précieuses – cherche à récupérer le cœur de la Centrafrique pour mettre fin à ce système corrompu. A-t-il réellement une chance d’y parvenir?

Une série sans surprise

Quartier des Banques propose une réalisation très propre et est portée par la prestation de son actrice principale Laura Sépul, mais aussi de Féodor Atkine qui incarne Maître Bartholdy, un «ami» de la famille Grangier. Le montage offre, de manière générale, un rythme cadencé, mais ce dernier s’oublie parfois et devient languissant. La série ajoute un air de documentaire à sa fiction historique au moyen de séquences dévoilant des images d’archives. Insérées dans la première partie de l’épisode, ces dernières donnent quelques explications sur le contexte dans lequel les événements se déroulent. Elles précisent notamment les conséquences, mais aussi le déclenchement de la chute du secret bancaire.

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Dans ce contexte difficile pour les banques suisses, la série instaure dans un premier temps une atmosphère qui servira de tremplin à la deuxième saison. Entre l’utopie d’Elisabeth et la cupidité de ses frères, où se trouve le chemin vers le juste milieu? Bien que le message délivré par Quartier des Banques soit noble, il se construit au travers de mécanismes traditionnels. La narration ne trace pas son propre itinéraire, mais se contente de suivre le schéma de nombreuses autres séries politiques, comme Scandal (Etats-Unis, 2012-2018), ou économiques, comme Dos au mur (Danemark, 2016-2019).

En effet, Elisabeth, qui fuyait la banque familiale à tout prix, commence – sans surprise – par refuser le poste ad interim que son frère Paul lui cède en cas d’absence prolongée. Sentant que son coma ne peut être accidentel, elle revient sur sa décision pour enquêter de l’intérieur. Toujours sans étonnement, elle sera trahie par ses proches et fera confiance à ses ennemis. Ces différentes séquences illustrent ces mécanismes traditionnels qui sont repris dans le schéma narratif de la deuxième saison et qui les place simplement dans un contexte différent. A cette recette sont ajoutés quelques drames et mensonges familiaux, quelques meurtres et enlèvements. Ainsi naît une saga, peu originale, mais agréable à visionner.

Malgré les faiblesses de narration, Quartier des Banques maîtrise la création d’atmosphères prenantes pour les spectateurs. Le scénario est soutenu par la force de caractère d’Elisabeth et le jeu de son interprète Laura Sépul. Le public ne peut qu’espérer être transcendé par la troisième saison – si elle est programmée – et souhaiter qu’elle sache le surprendre davantage. Les deux premières saisons de la série peuvent être visionnées sur la plateforme Play Suisse aux côtés d’autres productions helvétiques de qualité.

Crédits photo: © FR_tmdb

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