Tartuffe en Pologne

Les mercredis du cinéma – Fanny Agostino

Faussaire, faussaire, ne vois-tu donc aucune rédemption possible? C’est ce que semble nous signifier le quatrième long-métrage du Polonais Jan Komasa. Nommé aux Oscars, le film La communion (Corpus Christi pour son titre original) évoque la spirale mensongère dans laquelle s’enferme un jeune délinquant se faisant passer pour un prêtre. L’habit ne fait-il vraiment pas le moine?

A seulement vingt-et-un ans, Daniel tue ses journées dans un centre de rééducation pour jeunes. Un quotidien dicté par la violence, les menaces et l’atelier de menuiserie. Une survie possible grâce à sa dévotion; proche du père Tomasz, il occupe le rôle de sacristain et passe ses nuits à prier. Alors que sa sortie définitive du centre approche, il est face à l’impossibilité d’entrer dans les ordres: son casier judiciaire ne lui permettra pas de rejoindre un séminaire. Comme ses codétenus, il est donc invité à tailler des planches à l’autre bout du pays.

Loin de se réjouir de cette perspective d’avenir, Daniel fête dignement sa libération avant de rejoindre, au petit matin, la route vers sa nouvelle prison boisée. Arrivé sur place, il aperçoit, de loin, le clocher du village. Par inadvertance, il profite de l’autorité que lui octroie sa soutane – glissée dans son sac de sport Nike – pour se faire une place dans la communauté jusqu’à remplacer le prêtre alcoolique, cela va sans dire, de la petite bourgade. Une nouvelle vie en sursis commence.

La Gueule de l’emploi

Acteur encore méconnu, Bartosz Bielenia crève l’écran. Il le crève même à en halluciner. La réalisation met à profit, tout en la surexploitant parfois, la diversité des expressions de cette bouille criminelle et juvénile complètement hypnotisante. Car si le protagoniste use de la tromperie pour exercer la profession d’homme d’église, il est en est également victime. Son errance identitaire se cristallise sur son visage: à la fois dégageant les attraits du loubard sans foi ni loi, puis celui de l’enfant touché par la grâce, aux yeux émerveillés. On comprendra alors pourquoi ces deux aspects peuvent cohabiter: sans avenir, sans but, cette opportunité saisie ne peut venir que du ciel.

Un signe, un appel à ne pas renoncer, à s’entêter dans une machinerie que l’on sait pourtant perdue d’avance. La conviction fait le reste. Grand orateur, Daniel met en œuvre ce qu’il a observé en prison, recherche sur son téléphone le déroulement de la messe et improvise brillamment devant des fidèles conquis au fur et à mesure de ses interventions et de ses méthodes… peu catholiques, mais efficaces.

Une communauté pas si chrétienne

Loin d’être la seule caution scénaristique du film, la présence de notre usurpateur permet de révéler les blessures qui rongent le village: le pécheur n’est-il pas le plus à même de reconnaître ses semblables? Par son intrusion dans les affaires de la communauté paroissiale, notre jeune prêtre remet en question les jugements ainsi que les blâmes infligés à certains paroissiens. Il parvient à extirper la haine et les reproches que son prédécesseur avait préféré enterrer. En parallèle, se dessine également la place prépondérante du curé dans la vie du village, freiné par les pouvoirs politiques représentés par le maire et sa menuiserie qui exploite des anciens détenus pour rouler en gros bolide.

Bien que péjoré par une fin expédiée rapidement et abruptement, La Communion brille par l’ambivalence de son personnage principal, dans sa foi comme dans son jeu d’acteur. Il doit certainement beaucoup à l’interprétation ensorcelante de Bartosz Bielenia qu’on se réjouit de retrouver très vite.

Ecrire à l’auteur: fanny.agostino@leregardlibre.com

Crédit photo: © Xenix Film

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