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Pourquoi le nucléaire revient dans le débat3 minutes de lecture

Le peuple suisse a voté en 2017 pour l’abandon progressif des centrales nucléaires, en acceptant la stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral. Mais en cinq ans, beaucoup de choses ont changé.

Le conseiller fédéral Guy Parmelin, alors président de la Confédération, expliquait en octobre dernier qu’un risque de pénurie d’électricité était envisageable à moyen terme, se fondant sur deux rapports élaborés par la Commission fédérale de l’électricité et Swissgrid. Il s’agit du risque du fameux black-out, qui serait évidemment une catastrophe socio-économique. Une telle déclaration publique de la part d’un membre du gouvernement, c’était du jamais vu.

Souveraineté énergétique et développement technologique

La question d’une indépendance énergétique a elle aussi pris de plus en plus d’importance ces derniers mois et années. C’est que le renoncement du Conseil fédéral à l’accord institutionnel avec l’Union européenne (UE) en fin mai de l’année dernière a plus ou moins enterré la conclusion d’un traité sur l’énergie avec l’UE. De plus, les  énergies renouvelables, voulues par la loi de 2017, sont et seront insuffisantes pour garantir une indépendance énergétique. La guerre en Ukraine, enfin, pose la question d’une souveraineté énergétique de manière plus crue que jamais. La situation est telle que si l’Europe ne dépendait pas du gaz russe, Vladimir Poutine ne pourrait probablement pas financer sa guerre.

Et puis, de façon moins visible, les scientifiques continuent de travailler à rendre «industrialisable» et viable la technologie de la fusion nucléaire – la réaction en elle-même est déjà connue (voir notre interview avec un spécialiste du domaine). Le passage progressif de la fission à la fusion nucléaire non seulement relancerait, mais révolutionnerait l’utilisation de l’énergie nucléaire. La fusion n’étant rien d’autre que la reproduction du processus physique le plus générateur d’énergie qui soit, à savoir les réactions thermonucléaires des étoiles qui ne sont pas en fin de vie, où quatre atomes d’hydrogène fusionnent pour donner un atome d’hélium. En outre, cette technologie permettrait de réutiliser les déchets radioactifs, l’une des questions qui fâchent avec les centrales actuelles.

Le retour du débat politique

Au niveau politique, c’est la droite qui, en Suisse, a relancé le débat. D’abord, le conseiller national UDC bernois Erich Hess, membre de la commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie, a déposé le 18 juin une motion demandant la levée de l’interdiction de la construction de nouvelles centrales nucléaires. Il a expliqué dans la presse qu’il ne souhaitait pas voir la Suisse abandonner sa stratégie énergétique 2050, approuvée par la population, mais seulement l’article sur le nucléaire – un article parmi d’autres dans le texte. En février de cette année, les délégués du PLR, réunis en assemblée, ont adopté à l’unanimité une résolution qui laisse ouverte la possibilité pour la Suisse de construire de nouvelles centrales, mais seulement en dernier recours.

Les débats sur l’énergie dépassent largement ce seul domaine; ils touchent aux notions de souveraineté, de progrès technologique, de sécurité, de durabilité ou encore d’anticipation. C’est l’une des raisons pour lesquels ces discussions sont passionnantes. Et quand un tabou saute, c’est l’occasion de tout poser sur la table. Bonne lecture de notre numéro de juin!

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Image: Centrale nucléaire de Gösgen, dans le canton de Soleure, en Suisse © Wikimedia CC By-SA 3.0

Pré-commande du numéro (sortie ce vendredi 10 juin):

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