La démocratie, 365 jours par an

Le Regard Libre N° 65 – Jonas Follonier

La démocratie telle que nous la connaissons en Suisse est un bien précieux. Elle repose sur une idée simple: la possibilité pour chacun de dire son avis. Mais pas n’importe comment: au contraire, le citoyen suisse est habitué à devoir argumenter, confronter ses opinions avec celles des autres, réfléchir, apporter sa contribution au débat public, ou tout simplement y être attentif. Bref, la démocratie vit, 365 jours par an. Cette chance inouïe, nous en sommes à peine conscients.

Il est pourtant essentiel qu’une démocratie soit vivante. Pourquoi? La démocratie, c’est la souveraineté d’un peuple donné, en l’occurence la population suisse. Qui dit souveraineté dit maîtrise de son destin. Qui dit maîtrise de son destin dit volonté collective. Qui dit volonté collective dit non pas seulement somme de volontés individuelles, mais aussi des choix qui tendent vers la volonté générale.

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Or, la détermination d’une volonté générale suppose une participation active des citoyens. C’est un travail de tous les jours, visant un idéal par définition jamais acquis. Il ne s’agit pas de chercher simplement à atteindre le plus de votants possible, même s’il est bien sûr préférable qu’il y en ait 65 % plutôt que 35 %. Il s’agit davantage de se demander si le climat général est propice à la participation politique – au sens large. D’ailleurs, celle-ci ne se manifeste pas seulement dans les urnes; elle se lit dans l’implication des individus, dès leur plus jeune âge, dans la vie de la cité, à tous les niveaux.

Il est donc légitime de réfléchir à la question suivante: la crise actuelle met-elle en danger la participation politique? Même si personne n’a de réponse définitive à apporter, force est de constater que certains risques se font déjà sentir. Déjà, les derniers scrutins ont été reportés – peut-être le seront-ils encore. Ajoutez à cela l’omniprésence du sujet «covid» dans les journaux, jusqu’aux moindres gazettes de vallées, et c’est un environnement idéal pour une disparition de la politique dans les sujets de conversation. Comprenez par là les thématiques autres que celles ayant trait à la gestion de la crise.

Il suffit qu’on ne la mette plus sur le devant de la scène pour que la politique disparaisse des champs de considération. Comme si, inconsciemment, nous nous faisions à l’idée qu’il n’y a pas de grand sujet du moment à part le Covid-19. Ce satané virus nous aura vraiment contaminés! L’intiative de limitation, sur laquelle nous voterons (probablement) en automne, est un enjeu gigantesque, de quelque sensibilité qu’on soit. La loi sur la chasse n’est pas un non-sujet. Quant aux retraites, à l’aménagement du territoire ou encore à la fiscalité, on en parle si peu…

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Où sont les débats familiaux, amicaux, de bistrot? Si l’absence dans la presse de beaucoup d’objets actuels, brûlants ou banals, se retrouve au niveau de la population, c’est bien que cette absence ne semble pas émouvoir beaucoup de têtes de pipe. Quelques bestioles passionnées comme moi, dira-t-on. Rediscutons-en dans quelques mois, quand nous aurons saisi la mesure de cette anormalité! En attendant, songeons à l’aubaine que représente cette période d’obsession médicale et mathématique pour des médias qui s’adonnaient déjà depuis longtemps à l’uniformisation des sujets; et à la véritable aubaine que serait une prise de conscience des citoyens sur l’importance du débat pluraliste – au niveau des sujets comme des sensibilités.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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