Le centre n’a pas le monopole de la recherche d’équilibres

Le Regard Libre N° 70 – Jonas Follonier

Dans l’entretien-débat que nous vous proposons en pp. 8-11 de ce numéro, Sascha Zbinden (PBD) et Nathan Bender (PDC) ont été questionnés sur leur vision quant à la fusion de leurs deux partis et à la nouvelle dénomination «Le Centre». Pour les âmes peu acquises aux idées centristes, deux problèmes sautent aux yeux dans les propos aussi bien de l’un que de l’autre.

Premier problème: le flou qui règne dans leur philosophie politique. La démocratie chrétienne a pourtant une longue tradition. On attendrait d’un jeune PDC, qui plus est attaché à la notion de «chrétien», en tout cas de «démocrate-chrétien», qu’il défende un héritage philosophico-politique, en allant puiser dans l’histoire. Construction européenne, fédéralisme… la formation politique de M. Bender ne se résume sans doute pas à sa politique familiale, comme il le dit lui-même. Sauf qu’il ne nous donne guère de pistes pour comprendre cette hypothétique plus-value.

C’est justement le second problème; cette idée que la moelle des actions à mener (car MM. Zbinden et Bender défendent ici la même ligne) résiderait dans la recherche d’équilibres et du bien commun, peut – doit – être brandie par tous les partis! Bien curieux le député qui affirmerait éviter d’atteindre des équilibres, ou y être indifférent, préférant la défense d’un secteur, ou d’une tendance, ou d’un canton, au détriment des autres. Bien curieux le député qui dirait vouloir servir ses intérêts plutôt que ceux de la société. De tels profils ne pourraient même pas être élus. Le centre, majuscule ou non, n’a jamais eu et n’aura jamais le monopole de la recherche de compromis. Celle-ci étant tout simplement la définition de la culture politique suisse, qu’elle soit législative ou exécutive.

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Quand on questionne un jeune centriste sur son idéologie, il répond au moyen de cette parade: «l’absence d’idéologie». De deux choses l’une. Soit une idéologie est définie avec Hannah Arendt comme un système d’endoctrinement propre aux totalitarismes, et alors il est évident que le Centre ne s’en réclame pas, mais c’est le cas bien sûr de tous les partis. Soit l’idéologie est définie comme une vision du monde permettant d’analyser la réalité avec des concepts, et alors une idéologie politique est une vision du monde permettant d’analyser la réalité avec des concepts politiques, ce qui est quand même pratique – voire indispensable – pour fonder une action… politique.

Le cap anti-idéologique des centristes est donc au mieux une impasse, au pire une gigantesque fumisterie. Avec, dans tous les cas, un danger pour la démocratie. Car, à bien y réfléchir, ce qui n’est qu’une posture, consciente ou inconsciente, naïve ou maligne, est le parfait reflet de l’air du temps. Non seulement la «fin des idéologies» est une idée qui séduit le monde intellectuel contemporain, mais le «laissez-moi en dehors de tout ça, je ne souhaite pas prendre parti» est bien présent dans la population. Cette position est tout à fait permise, elle est même recevable. Mais elle ne peut définir l’identité d’une formation politique. Sinon au risque d’être la porte ouverte à l’inaction ou à l’inconstance, ou pire, à la corruption.

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Beaucoup se demandent comment on peut être un jeune centriste. Qu’est-ce qui le fait vibrer? Quelles sont ses convictions? Celle d’en avoir aucune, peut-être. Gare aux postures: elles pourraient bien contribuer au phénomène de la perte de repères.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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