L’UDC à nouveau censurée?

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

En toute fin de semaine dernière, l’entreprise YouTube a supprimé une vidéo de l’UDC zurichoise qui dénonçait l’immigration en Suisse et ses conséquences sur la sécurité et l’aide sociale. Après avoir pris connaissance de la décision de l’entreprise, le parti a immédiatement dénoncé cette décision comme étant de la censure.

Avant de nous enfoncer dans cette polémique, rappelons que YouTube tout comme Facebook, Airbnb ou Amazon sont ce qu’on appelle des plateformes. Ce terme apparaît dans les années nonante et désigne des infrastructures génériques capables de remplir une pluralité de fonctions. La notion de plateforme peut renvoyer à plusieurs sens: cela peut être une infrastructure ouverte à tous, un espace où se tenir pour prendre la parole ou encore une fondation.

Longtemps, les plateformes numériques se sont uniquement considérées comme des plateformes dans le sens d’infrastructures mises à la disposition de tous; dès lors, chacun pouvait y écrire, publier, dire ce qui lui plaisait. L’entreprise ne se considérant pas responsable du contenu puisqu’elle ne fournissait qu’un cadre et n’était pas l’auteure des contenus. On peut prendre l’exemple d’Airbnb qui prétendait n’être qu’une plateforme qui mettait en contact ce que les gens avaient toujours fait, à savoir mettre en location ou louer des logements.

Mais cette position est devenue intenable, car les grandes plateformes du numériques ont oublié que le code informatique qui les compose et les récits qu’elles construisent structurent les activités qui s’y déroulent. En effet, les algorithmes qui structurent les informations sur un site tel que YouTube ne sont pas neutres. Ils influencent fortement l’activité qui s’y déploie. Facebook notamment a appris à ses dépends que toutes les fonctionnalités qu’il proposait pouvaient offrir des possibilités d’action fort peu s pour son image de marque. On peut penser notamment aux scandales liés à la présidentielle américaine: c’est bien parce que Facebook offrait la possibilité à d’autres de se connecter à son réseau de données et d’utiliser son infrastructure par des sites connexes, que des manipulations ont pu avoir lieu. De l’autre côté, ces géants du numérique ont construit leur histoire autour du mythe d’une liberté d’expression sans limites.

Toutes ces plateformes ont dû développer des règlements et des systèmes de contrôle de leur utilisation avec des armées de contrôleurs de contenu et de logiciel d’intelligence artificielle. La plateforme est devenue responsable de ce qui se passe sur son infrastructure. Le récit de la liberté d’expression n’est plus tenable pour des entreprises comme YouTube et Facebook. Et d’ailleurs, la nouvelle rengaine de Facebook n’est plus la liberté d’expression, mais bien la transparence. Il est normal qu’une plateforme publie son propre règlement et il est important que ses utilisateurs comprennent qu’elles ne sont plus simplement des supports à partir desquels chacun peut parler de ce qu’il veut et comment il veut. Ce sont des entreprises qui font des choix, certes encore peu justifiés ou transparents, mais que les utilisateurs doivent connaître.

Et c’est bien ce que l’UDC zurichoise n’a pas compris lorsque sa vidéo a été supprimée de YouTube en raison d’un appel à la haine selon la plateforme. Les auteurs de ce clip auraient dû avoir pris connaissance des règlements qui stipulent notamment que les contenus doivent être mis dans un contexte et expliqués au spectateur, le tout en évitant des mises en scène dont le seul but est de choquer (images en boucle, musique inquiétante, etc.). Allez consulter la vidéo qui est encore disponible sur la page Facebook de l’UDC cantonale zurichoise et faites-vous votre propre avis. Est-ce que cette vidéo a pour but d’informer son public ou de le choquer? Manifestement, toute la mise en scène ne souffre pas d’un manque de cohérence et cherche, sinon à choquer, du moins à faire peur.

Est-ce de la censure? Chaque média doit en permanence faire des choix sur ce qu’il décide de publier ou non. Il ne publie pas tout ou du moins pas sans proposer un contexte préparé dans le calme et dans l’intention d’instruire. La vidéo de l’UDC ressemble plus à une publicité pour un château hanté ou un film d’horreur qu’à une présentation de faits ou d’idées politiques. Si l’UDC zurichoise ne souhaite plus à l’avenir se faire supprimer du contenu, qu’elle garde à l’esprit que son but est de convaincre et non pas de faire peur. Mais aussi qu’elle doit être attentive aux moyens de sa diffusion et au fait que la liberté d’expression n’est pas un droit fondamental absolu. Celui-ci peut, pour une multitude de raisons, être restreint légalement. Et par extension, une plateforme n’est pas une infrastructure neutre sur laquelle aucune règle ne préside. Même Facebook et YouTube l’ont compris, alors pourquoi pas eux?

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.com

Crédit photo: © YouTube

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