Archives de catégorie : Musique

Un album philosophique signé Francis Cabrel

La richesse de la chanson française (3/6)

Le Regard Libre N° 15 – Jonas Follonier

Après un passage plus musical à travers un album de Michel Polnareff, nous nous intéresserons ce mois-ci aux textes d’un autre chanteur français digne de louanges, Francis Cabrel. Et plus spécifiquement au caractère philosophique des paroles de trois chansons issues de son avant-dernier album, Des roses et des orties, sorti en 2008.

La chanson éponyme débute avec des interrogations existentielles qui se retrouveront dans les deux autres chansons. « Vers quel monde, sous quel règne et à quel juge sommes-nous promis ? / A quel âge, à quelle page et dans quelle case sommes-nous inscrits ? » Le chanteur tire de ces questionnement une conclusion que je partage, et ce dans le refrain : « On est lourds / Tremblant comme les flammes de bougies. / On hésite à chaque carrefour / Dans les discours que l’on a appris. / Mais puisqu’on est lourds / Lourds d’amour et de poésie / Voilà la sortie de secours. » Ne commentons pas, apprécions.
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Escapade baroque au «Bal des Laze»

La richesse de la chanson française (2/6)

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

Ce n’est pas un hasard si la période baroque de l’histoire littéraire, qui s’étend de 1580 à 1640, a été redécouverte dans les études des années 1960: des thèmes comme le changement, l’artifice et la singularité qui caractérisaient la poésie de Chassignet et le théâtre de Viau s’avèrent être aussi les principales revendications du mouvement de mai 68.

Ce n’est donc pas un hasard non plus si l’on retrouve l’esthétique baroque dans la musique des années 60. La chanson française avait besoin de sortir des sixties et de trouver un nouveau support musical qui fût plus élaboré que celui des yéyés, ces chanteurs débutants. Au rockabilly, au rock ‘n’ roll, au folk rock et à la naissante pop rock succéda un genre musical passé inaperçu et pourtant fondamental: la pop baroque. Continuer la lecture de Escapade baroque au «Bal des Laze»

«Stratégie de l’inespoir», une sublime lucidité

La richesse de la chanson française (1/6)

Le Regard Libre N° 13 – Jonas Follonier

Connaissez-vous Hubert-Félix Thiéfaine? Né en 1948 dans le Jura français, véritable trésor de la chanson française de sa génération, Thiéfaine peut être considéré comme le maître absolu du mariage entre le rock (parfois dur) et la poésie française. Pour commencer ce feuilleton consacré à la richesse de la chanson française, nous nous intéresserons à son dernier album en date, Stratégie de l’inespoir, sorti en 2014.

Pesons nos mots: cet album est exceptionnel. C’est tout d’abord sa musicalité qui relève de l’exception. Arrangé et co-réalisé par son fils Lucas, cet opus déclaré disque d’or peu après sa sortie s’appuie sur des instrumentations qu’il fallait oser: moderne mais modeste, électrique mais esthétique, le genre de rock auquel nous avons affaire marque un grand pas dans la carrière de l’artiste, alors même que son dernier album avait reçu un succès fou. Faire mieux n’était pas gagné! Le défi a été réussi. Continuer la lecture de «Stratégie de l’inespoir», une sublime lucidité

Il était une fois un chef-d’œuvre


Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

L’année 1968 marqua l’histoire des idées, de la chanson, mais aussi du cinéma. En effet, avec Il était une fois dans l’Ouest (C’era una volta il West), Sergio Leone n’avait plus à prouver la force du western italien apparu cinq ans plus tôt et dont il fut sans conteste le plus grand réalisateur.

Le bon, la brute et le truand, en 1966, avait déjà amorcé l’apogée du genre. L’apparition de gros plans au tout début du film suffisait à considérer l’art de Sergio Leone comme une révolution cinématographique. Toutefois, il serait fou de ne pas expliquer ces chefs d’œuvre, du moins partiellement, par la musique d’Ennio Morricone.

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Le métal et le baroque, deux genres que beaucoup rapproche

Le Regard Libre N° 10 – Corentin D’Andrès 

Au début du XVIIe, avec l’Orpheo de Monteverdi, émergea un genre musical nouveau, en révolte contre les canons de la Renaissance, rebaptisé dans les années 1990 comme le mouvement architectural et pictural en vogue à son époque, le baroque. En 1970, le groupe Black Sabbath, avec son album éponyme, va créer un genre lourd et sombre, eux aussi en révolte contre la musique de leur temps qu’ils jugeaient trop euphorique. Le genre, lui, a été baptisé d’après un journaliste du New York Times qui décrivait ainsi le jeu de Jimi Hendrix: «like hearing heavy metal falling from de sky». Mais alors, bien que ces genres aient plusieurs siècles d’écart et qu’ils aient émergé dans des contextes très différents, qu’est-ce qui peut les rapprocher?

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Les polnarévolutions

Article partagé par Michel Polnareff sur sa page Facebook officielle le 4 août 2016.

Le Regard Libre N° 8 – Jonas Follonier

Qui est Michel Polnareff ? Que peut-on retenir de son œuvre, de ses révolutions musicales ? Tels seront les deux grands défis de cet article, auxquels je vous invite naturellement à vous intéresser : le jeu en vaut la chandelle. En effet, méfiez-vous de l’image que vous vous faites de cet homme, qui, bien au-delà de ses lunettes et cheveux blonds ondulés qui le caractérisent pour un public large, n’est rien d’autre qu’un génie.

C’est dans la froideur et la tristesse d’une enfance rythmée par le ceinturon facile de son père et la pression qu’il subissait quant à son niveau musical que le jeune Michel, très bon élève, s’avéra très vite (et dut surtout s’avérer) être un pianiste virtuose. La rigueur extrême et étouffante de son cadre familial le poussa à claquer la porte de son foyer à l’âge de vingt ans pour aller, beatnik, jouer de la guitare sur les marches du Sacré-Cœur.

Il est donc très important de bien prendre en compte l’ambivalence qu’il y eut durant son enfance entre le bagage musical classique qu’il acquit et la cruauté du père : par exemple, son fils lui ayant demandé qu’il lui achète une fleur pour l’offrir à une jeune fille qu’il convoitait, L. Polnareff alla acheter un cactus pour son fils pourtant très sage. Ce dernier pointant une mine surprise, l’autorité paternelle lui jeta le cactus à la figure. Continuer la lecture de Les polnarévolutions

L’orgue de Valère

Le Regard Libre N° 7 – Corentin D’Andrès

Peu de Valaisans se rendent compte de la chance qu’ils ont d’habiter un canton avec un tel patrimoine. Et s’il y a bien un élément remarquable parmi celui-ci, c’est assurément la basilique de Valère et l’orgue qu’elle renferme en son sein. Quelle renommée ingrate ! Le Valais si catholique oublierait-il ce que l’on trouve dans ses églises ? Remédions donc à cette situation en examinant l’histoire de cet instrument :

On ne sait pas grand-chose sur les débuts de cet orgue. L’instrument est de facture inconnue. Les seules choses qui ont pu être datées avec certitude sont les peintures des volets, datant de 1435, et réalisées par le peintre Peter Maggenberg qui a aussi orné le reste de la basilique. Cette origine incertaine a donné lieu aux hypothèses les plus farfelues. Une théorie assez en vogue dans les milieux musicaux au siècle passé affirmait même que cet orgue a été amené par les Valaisans à Valère après leur victoire sur les Savoyards en 1475-1476. Mais cette théorie est facilement contestable grâce à la datation des peintures citée plus haut. L’appellation « plus ancien orgue jouable du monde » semble alors usurpée, comme on ne sait rien sur les débuts de celui-ci.

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Le grand Charles a nonante ans

Le Regard Libre N° 4 – Jonas Follonier

Ce mois-ci marque l’anniversaire d’un des plus grands noms que la chanson française ait jamais connus ; Charles, le grand Charles, a fêté ses nonante ans le 22 mai 2014. Nonante ans, et toujours toutes ses dents !

C’est cela même qui caractérise la teneur incroyable de ce phénomène : il est toujours là. A l’instar de Johnny Hallyday, Aznavour fascine par sa longévité imperturbable, son amour pour la vie et pour la passion qui l’anime, cette fameuse passion plus forte que la mort. Or contrairement à Johnny, son jeune disciple septuagénaire, Charles a maintenu durant toute sa carrière une ligne qui lui est propre – les deux situations sont admirables, il suffit d’en retenir le positif : la curiosité artistique et l’évolution chez l’un, la constance et l’authenticité chez l’autre. Continuer la lecture de Le grand Charles a nonante ans