Archives par mot-clé : beaufs

« Momo » : mauvais, mauvais…

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Dans la comédie Momo, à l’affiche depuis le 27 décembre, Christian Clavier endosse une fois de plus le rôle d’un bourgeois français, bohème ou bourru, peu importe. Oui, car on connaît la chanson. Après un Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? d’une grande qualité qui tournait en dérision les mariages cosmopolites et un A bras ouverts moyennement apprécié où le jardin de Clavier se faisait envahir par des Roms, le nouveau fond de commerce du célèbre interprète de Jacquouille semble suivre une pente de la mort.

A présent, place à l’arrivée d’un sourd dans la vie du riche. Un sourd ridicule que personne ne comprend et qui apparaîtra bien vite comme le fruit d’une des relations extra-conjugales de Clavier. On peine à rire devant cette énième comédie franchouillarde ne reposant sur rien d’autre que l’adage « on peut rire de tout ». Certes, tout objet est un sujet risible en puissance, mais encore faut-il qu’il soit servi avec goût, surtout au cinéma. Les chefs-d’œuvre Le dîner de cons ou La soupe aux choux ont beau être des comédies françaises à la sauce beauf, elles ne peuvent cependant pas être vues comme de simples copies de brèves de comptoir. Il y a un art de la beaufitude. Continuer la lecture de « Momo » : mauvais, mauvais…

« Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

Le Regard Libre N° 33 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Ploukitudes donne matière à penser. L’ouvrage est bouleversant tant il touche un point intime de l’homme, à savoir son côté plouc. Il a fallu qu’un philosophe (Jean Romain) et un journaliste (Stéphane Berney) travaillent ensemble pour peindre la société dans ses revers les plus absurdes et tragiques, à travers leur analyse sociologique. Rencontre dans un café plouc de la gare de Genève.

L. M. et J. F. : Qu’est-ce qui vous a poussés à écrire ensemble le livre Ploukitudes ?

Jean Romain : Je publiais des billets sur Facebook, pour constituer une sorte de manuel pratique de ploukitudes par petits épisodes. Stéphane Berney m’a alors contacté pour m’exposer son idée de transformer cette succession de billets assez disparates en un ouvrage plus structuré.

Stéphane Berney : Il y avait quelque chose de très puissant dans ses billets. Je trouvais que c’était dommage de ne les laisser qu’à Facebook, car ce sont des idées qui résument beaucoup de choses sur la société actuelle, et on voit d’ailleurs que le livre est en train de prendre son envol.

L’idée de base, c’est le plouc. Qui est-il ?

J. R. : Le plouc n’est ni le beauf, ni le con. C’est une personne qui essaie de se mettre à la mode parce qu’elle se sent larguée. Continuer la lecture de « Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

« Everything, everything » : pire, on ne peut pas

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 7 août 2017, 20h30 – 21h00

De tels films sont rares. Ils excellent tellement dans leur nullité qu’on ne peut même pas les qualifier de navets. Les navets sont des films qui ne réussissent pas à atteindre les objectifs qu’ils se sont lancés, des films à l’égard desquels on avait des attentes, qui se sont ensuite avérées insatisfaites lors de la projection. Everything, everything sent le mauvais film jusque dans sa bande-annonce : il n’est pas donné à tous les cinéastes de réaliser cet exploit !

Au fond, le sujet pourrait à la limite constituer un bon scénario : une jeune fille malade condamnée à ne jamais sortir de sa maison et qui s’enamoure d’un jeune Apollon nouvellement voisin, qui va la pousser à braver l’interdit. Oui, mais… pour que le film soit réussi, il faudrait en finir une bonne fois pour toutes avec les bons sentiments, les histoires mille fois répétées et les mimiques insupportables dignes des pires séries américaines. Continuer la lecture de « Everything, everything » : pire, on ne peut pas

« Jour J » ou l’honneur sauvé du cinéma comique français

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

« La jolie brune Juliette (Reem Kherici, ex-membre de la “Bande à Fifi”, révélée par Canal plus) a fondé avec sa copine Clarisse (Sylvie Testud) une entreprise qui organise des mariages (“Wedding planning”). Un soir, dans un bal costumé, Juliette drague Mathias (Nicolas Duvauchelle) et se le tape dans une calèche. Elle lui laisse sa carte de visite. Mais le lendemain, lorsque la copine de Mathias, la blonde Alexia (Julia Piaton, fille de Charlotte de Turkheim), tombe par hasard sur la carte, le jeune homme, pris de court, prétend qu’il voulait lui faire une surprise : il désire se marier avec elle. Alexia est folle de joie, mais Mathias va désormais devoir organiser un mariage qu’il ne souhaitait pas avec sa petite amie et sa maîtresse d’un soir… » (Les Inrocks)

Il y en a eu suffisamment, ces derniers temps, des comédies ratées servies par nos voisins cinéastes français. Jour J fait exception à la règle. Dieu soit loué ! L’honneur du cinéma comique français est sauf. Si ce second long-métrage de l’élégante Reem Kherici n’est pas un film qui restera dans les mémoires, il réussit néanmoins à faire rire de bon coeur, et c’est tout ce que l’on demande quand on va voir une comédie. Continuer la lecture de « Jour J » ou l’honneur sauvé du cinéma comique français

Gauche et droite ne veulent rien dire

Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

Gauche et droite. Les gentils et les méchants. Les pauvres et les riches. Les laxistes et les autoritaires. Que n’entend-on pas au café du commerce.

Depuis la Révolution française, la place des députés dans les rangs du sénat a figé pour ainsi dire les politiques en deux camps. Or il ne faut pas se leurer : la droite d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui, de même que la gauche a bien changé. La raison est simple : gauche et droite renvoient au contexte du moment.

Comme depuis quelques décennies, l’économie détient une grande place au sein de la politique, la gauche et la droite renvoient à deux attitudes face au capitalisme : l’une critique, l’autre conservatrice, encore qu’il faille nuancer selon les partis. Continuer la lecture de Gauche et droite ne veulent rien dire