Archives par mot-clé : critique

«Dumbo»: vous m’avez rendu mon âme d’enfant

Les mercredis du cinéma – Kelly Lambiel

«Vous, le cowboy infirme, vous m’avez rendu mon âme d’enfant.»

Parole de V.A. Vandevere (Michael Keaton), lorsqu’il découvre que l’éléphanteau qu’il vient de s’offrir est capable de voler. Il s’agit du méchant que, comme souvent chez Disney, on se plaît à détester. Ça tombe bien, on lui enlèverait presque les mots de la bouche. Presque? En effet, avec ce nouveau film, Tim Burton était attendu au tournant. Lui dont les dernières réalisations avaient été plutôt mal reçues par la critique. Alors, grâce à Dumbo, réadaptation éponyme du célèbre dessin animé des années quarante (si, je vous assure!), signe-t-il un retour en grâce ou confirme-t-il les avis de ceux qui prétendent que l’âge d’or de sa carrière est désormais révolu? 

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«Let’s Dance» trébuche, puis se rattrape de justesse

Les mercredis du cinéma – Melisa Oriol

Let’s Dance est le premier long-métrage du metteur en scène et désormais réalisateur Ladislas Chollat. Bien que ses premiers pas dans le domaine du cinéma soient maladroits à bien des égards, il n’en ressort pas que du mauvais!

Dans les films de danse, il est difficile de se démarquer des autres tant les concurrents sont nombreux. Bien souvent, dans les dance movies, les protagonistes évoluent dans des milieux opposés, puis une histoire d’amour un peu niaise vient unir un jeune homme arrogant et urbain avec une jeune femme classique et timide. Let’s Dance ne déroge pas à la règle. La rencontre entre Joseph (Rayane Bensetti) et Chloé (Alexia Giordano) va pousser le milieu du hip-hop dans les bras de la danse classique.

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«Damien veut changer le monde» et s’y essaie par le rire

Les mercredis du cinéma – Lauriane Pipoz

Les parents de Damien sont des manifestants de gauche très actifs. Ils s’engagent pour toute une série de causes telles que la maltraitance animale ou le statut des sans-papiers. Mais lorsque la mère de Damien meurt subitement, l’engagement social de la famille est dissout et chacun prend une route différente. A l’âge adulte, devenu «pion» dans une école, le personnage principal décide de reconnaître un enfant syrien pour qu’il reste scolarisé en France. Le fils de manifestants renoue ainsi avec ses racines. Mais il se retrouve vite dépassé par son envie d’aider son prochain après avoir entraîné d’autres «pères» dans son aventure. 

«Les enfants ne sont ni échangeables, ni remboursables»

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«Us», c’est nous

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Eh bien! – ainsi parle le Seigneur – je vais faire venir sur eux un malheur dont ils ne pourront se tirer. Ils m’appelleront à l’aide, mais je ne les écouterai pas.» Jérémie 11:11

Une petite fille regarde la télévision. Nous sommes en 1986. L’action Hands Across America bat son plein pour plus de solidarité aux Etats-Unis. Une publicité parmi tant d’autres à la télévision qui devrait laisser une enfant indifférente. Coupure. On retrouve la petite fille, avec son papa et sa maman sur la plage de Santa Cruz à la fête foraine. L’angoisse est palpable, alors que les rires et les jeux sont dominants. Un instant a suffi à ce que son père détourne le regard pour que la petite fille s’éloigne. Elle est perdue pendant un petit quart d’heure. Traumatisme. Ses parents la retrouvent et elle ne parle plus.

De nos jours. La situation semble s’être nettement arrangée pour l’enfant qui est devenue désormais une femme, Adelaïde. Elle est mère à son tour. En famille, ils reviennent à Santa Cruz pour les vacances d’été. Mais trop de coïncidences rappellent à la protagoniste le choc de son enfance. Peur prémonitoire car la suite n’a rien de joyeux. Panne de courant. «Y a une famille dans notre allée», remarque Jason, le fils. Et la famille en question n’est pas prête à s’en aller. Ils s’avancent vers la maison, et je vous passe la suite. 

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« McQueen » : un magnifique documentaire intimiste

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« La mode est une petite bulle et, parfois, j’ai juste envie de la faire éclater. »

Qui était Lee Alexander McQueen ? Alors que le nom ne provoquera aucun écho dans la mémoire de certains, il rappellera à beaucoup un couturier révolutionnaire, ayant transposé dans ses créations une énergie vitale habitée de violence, de sang, de traumatismes, et qui s’était ôté la vie en février 2010. Réalisé par Peter Ettedgui et écrit par Ian Bonhôte, le documentaire McQueen rend hommage et surtout justice à l’artiste complet que fut Lee Alexander McQueen.

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The Darkest Minds – Heureusement, nos enfants ne sont pas comme ça

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le film de Jennifer Yuh Nelson – connue pour être la réalisatrice de Kung Fu Panda 2 et 3 – est une science fiction. Dans un monde futur, les enfants et les adolescents se mettent à subir des transformations étranges qui obligent l’Etat, incarné par un Président qui souhaite réagir à la situation « en dehors de toute logique politique, il s’agit de nos enfants, de notre futur », à réagir. La situation est grave, même son propre fils est touché. 

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«American Nightmare 4 : Les Origines»

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Depuis 2013, James De Monaco a surpris avec sa saga American Nightmare qui consiste en une purge annuelle devant réguler la criminalité et le taux de chômage des Etats-Unis. C’est durant une nuit par année que les citoyens américains ont le droit de commettre tous les crimes et exprimer toute leur négativité. Une fois les douze heures passées, les crimes survenus durant la purge ne seront pas poursuivis et la vie reprendra son cours normal. Dans ce quatrième film, le réalisateur Gerard McMurray nous présente l’origine de cette tradition meurtrière qui a eu lieu dans une ville sur une île isolée des Etats-Unis.

Le film de trop

Les « Nouveaux Pères Fondateurs » sont parvenus à la tête des Etats-Unis et décident de mettre en place un projet expérimental visant à baisser le taux de criminalité. Ce nouveau concept vient de la sociologue May Updale et ses idées ont très vite intéressées le nouveau gouvernement des Etats-Unis. Seul problème, Dr. Updale et le gouvernement n’ont pas le même point de vue sur cette expérience qui ne représente qu’un test psycho-social pour la sociologue alors que les politiciens y voient un intérêt économique pour le pays.

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« Trois visages », quand les mots simples d’un paysan iranien mènent au prix du scénario à Cannes

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Et si c’était un canular, Monsieur Panahi ? »

Une vidéo amateur est adressée à l’actrice Behnaz Jafari, dans son propre rôle. « Bonjour Madame Jafari, je suis Marziyeh », salue la jeune fille qui se filme en selfie. Elle annonce ensuite gravement qu’elle est sur le point de se suicider parce que sa famille l’empêche de devenir actrice. Celle qui, pour le coup, est actrice reçoit ces images l’interpellant et vit la panique. Elle se sent responsable, d’autant plus si Marziyeh s’est vraiment donné la mort. Elle part donc contrôler sur place ce qu’il en est vraiment avec le réalisateur Jafar Panahi, lui aussi dans son propre rôle.

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« Amori », ma per favore !

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Plutôt que me remettre avec toi, je préfère me tuer. »

Claudia et Flavio tombent amoureux. Ou plutôt, c’est Claudia, professeur de littérature surexcitée et très sentimentale, qui tombe amoureuse de Flavio, lui aussi professeur de littérature. Le coup de foudre advient lors d’un colloque universitaire. « Je crois que je suis tombée amoureuse de toi », lui dit-elle vite fait bien fait lors de leur première discussion en tête-à-tête dans un restaurant. Surpris, Flavio se laisse séduire.

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«A la dérive»: la reconstitution tanguante d’un drame nautique.

Les mercredis du cinéma – A. B.

Le film s’ouvre sur la scène qui fait office de turning point de l’intrigue: celle du réveil de Tami Oldham au milieu des décombres jonchant le fond, désormais noyé, du luxueux voilier qu’elle et son fiancé ont accepté de convoyer de Tahiti à San Diego. Son fiancé, dans un premier temps, semble avoir disparu.

En dehors du halo blanc que forme la voile autour du bateau amputé de ses deux mats et de ses installations électriques, l’immensité calme d’un océan aux reflets d’acier. C’est ainsi d’une manière plutôt convenue que le réalisateur Baltasar Kormákur choisit d’entamer la restitution de l’histoire du drame maritime qui, en 1983, vit un jeune couple de navigateur, Tami Oldham et Richard Sharp, affronter en plein pacifique une tempête d’une violence impitoyable.

Le synopsis ne manque pas de s’apparenter à celui des classiques du genre: après une rencontre idyllique sur la terre ferme, un jeune couple accepte au bénéfice d’une coquette somme de convoyer un voilier, le Hazaña, de Tahiti aux côtes Californiennes, mais il est surpris en pleine mer par un ouragan de force 12 sur l’échelle de Beaufort. Après le passage de la tempête et la découverte de son ami gravement blessé à la jambe et aux côtes, Tami, âgée de seulement vingt-quatre ans, veille à leur survie et tente de rejoindre Hawaï en utilisant les courants marins et une petite voile d’appoint.

Le choix du scénario coupé

Le récit s’organise autour d’un scénario coupé. Alternant d’une part des scènes précédant le naufrage, caractérisées par la présence de la terre ferme, d’éclats de rire, de musique, de nourriture et de romantisme; d’autre part, des scènes succédant à la tempête qui s’organisent principalement autour d’un élément aquatique sans cesse changeant.

L’eau se fait aussi bien force destructrice, véritable mur d’eau salée au moment où elle balaie Richard du pont ou lorsqu’elle assèche les peaux durant la longue dérive, que douceur et source de vie en procurant aux deux naufragés la nourriture iodée nécessaire à leur survie en mer et qu’elle les accueille pour une baignade en eau douce sur l’île de Tahiti.

L’omniprésence de l’eau est exploitée par le réalisateur aussi bien au travers d’un remarquable travail de bruitage que grâce à la présence de très nombreux plans semi-immergés qui permettent au spectateur de s’assimiler aux personnages et à leurs sensations.

L’amour comme moteur de la survie: une alchimie peu convaincante

Si le choix du scénario coupé peut s’avérer judicieux pour un certain type de narration, il semble que dans la réalisation qui fait l’objet de cette analyse ce parti pris ne serve au contraire pas le récit. En effet, le réalisateur fait reposer la majorité de l’intrigue sur la force des sentiments qui unit le couple de Richard et Tami. Il présente cette relation comme l’unique moteur de la volonté de survie de cette dernière.

En plus d’être peu originale, cette manière d’aborder le récit ne semble pas fonctionner principalement parce que le choix du scénario coupé, notamment, ne nous permet pas de suivre de manière linéaire le développement du sentiment amoureux au sein du couple: à l’image du Hazaña, nous sommes ballotés jusqu’à l’étourdissement entre des scènes antagonistes qui se succèdent de manière peu harmonieuse. De plus, nous n’avons été que peu convaincus par le jeu d’acteurs de Shailene Woodley (Tami) et Sam Claflin (Richard) dont l’alchimie très superficielle se traduit par des phrases mielleuses relevant plus du cliché que d’une véritable recherche scripturale.

On a réellement de la peine à comprendre qu’elles aient pu survivre au montage. On pense particulièrement à des répliques du type: «– J’aurais souhaité ne jamais te rencontrer car alors tu serais en sécurité loin de cette tempête! – Non, parce que je n’aurais pas eu ces merveilleux souvenirs avec toi». Tout ceci fait que, finalement, nous passons totalement à côté de la spécificité de la relation amoureuse, dont la véritable Tami Oldham affirme, dans des articles qui ont fait écho à ce drame, qu’elle lui avait permis de survivre en mer pendant un mois et demi.

On ne comprend en outre absolument pas comment la présence d’un homme pessimiste et dont la blessure se gangrène davantage de jour en jour peut alimenter une volonté de survie chez une jeune femme telle que Tami. Il faut relever encore la maladresse manifestée dans la caractérisation des personnages qui nous sont finalement très antipathiques; du refus de Tami de pêcher du poisson à cause de son régime végétarien aux répliques empruntées aux soap opera pour adolescents ce duo ne nous aura pas conquis.

Un dénouement grossièrement esquissé (attention spoiler!)

Dans les premières minutes du film une scène nous interpelle, l’une des premières en flash-back: Richard est balayé du pont après avoir oublié de s’arrimer avec un harnais de sécurité. On le voit ensuite disparaître dans les profondeurs, inconscient. Cet indice sur le dénouement du film se veut subtil, mais ajouté à d’autres allusions plus ou moins grossièrement amenées, permet rapidement au spectateur de com- prendre la réalité des faits: Richard est mort au moment où il a été jeté par-dessus le pont par une vague scélérate. Dès lors, les septante minutes suivantes montrant les efforts de Tami pour les maintenir elle et son fiancé en vie ne sont que le reflet des hallucinations de Tami, dont Richard explique à Tami, en milieu de film, qu’elles sont fréquentes après plusieurs jours seul en mer.

Lorsque, en fin de projection, la vérité s’impose au spectateur en même temps qu’à Tami qui décide de «laisser partir» Richard, c’est un sentiment de malaise qui prend le dessus dans la mesure ou les septante minutes précédentes deviennent encore plus absurdes qu’elles ne l’étaient déjà. On a en effet de la peine à comprendre, comme nous l’avons mentionné, comment la présence agonisante de Richard peut motiver l’instinct de survie de Tami.

D’autre part, en admettant que nous adhérons à cette explication, il reste le problème du traitement de l’alchimie du couple: n’ayant pas pu s’imposer au spectateur de manière adéquate, cette relation se transforme en imposture et provoque en lui un sentiment de frustration alimenté par les incohérences qui jonchent le scénario. Tout ceci ne nous dérangerait peut-être pas à ce point si ce choix scénaristique ne nous rappelait pas l’histoire très similaire développé dans L’Odyssée de Pi (2012).

Crédit photo: © Impuls Pictures