Archives par mot-clé : éthique

Qu’est-ce que le mal ?

Le Regard Libre N° 36 – Loris S. Musumeci

La question est grave. Les philosophes s’y sont écorchés. Ce qui pose la difficulté majeure pour une interrogation d’une telle ampleur, c’est son mystère inépuisable, le sentiment de frustration qu’elle provoque à ne jamais pouvoir y apporter une réponse satisfaisante. L’article se limitera donc à quelques réflexions, inspirées de maîtres.

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« Ni juge, ni soumise »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Je peux vous jurer que la colère d’Allah, c’est rien à côté de moi. »

Le juge Anne Gruwez voit passer dans son bureau bruxellois des criminels des plus pathétiques aux plus angoissants. Et pourtant, son calme est toujours de la partie, comme son sens de l’humour, teinté d’autorité et de compassion. En bonne entente avec les policiers, elle se rend volontiers sur les lieux des crimes à bord de sa Citroën 2CV. A chacun, elle pose une multitude de questions, suscitant autant d’étonnement que d’admiration.

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Être gentil, est-ce bon ou mauvais pour la survie ?

Le Regard Libre N° 25 – Léa Farine

Nous le savons tous, les abeilles sont kamikazes. Elles meurent après avoir piqué. Cependant, nous ne décelons pas forcément le paradoxe, de type évolutionniste, caché derrière ce comportement. En effet, le cas particulier des abeilles piqueuses contrevient aux lois générales de l’évolution. Nous devons donc l’expliquer si nous voulons conserver ces lois.

Pour bien comprendre, il nous faut d’abord exposer la loi générale évolutionniste, applicable à toutes les espèces animales. Chaque individu est guidé par une mécanique interne qui le pousse à essayer de survivre et de se reproduire. Au sein d’une même espèce, plus un individu vit longtemps et plus il a de petits par rapport aux autres individus de la même espèce sur le même genre de territoire, plus il est viable. Le terme évolutionniste spécifique pour la viabilité est « fitness ». Prenons l’exemple de deux girafes femelles : une girafe qui a vécu dix ans et qui a eu trois petits a une fitness plus élevée qu’une girafe ayant vécu neuf ans et qui a eu trois petits.

Les individus ayant une fitness élevée sont logiquement ceux dont le patrimoine génétique leur permet une bonne adaptation à l’environnement. Admettons que les premières girafes avaient un cou généralement plutôt court, avec des variations entre les individus. Les girafes avec un cou un peu plus long vivaient un peu plus longtemps, parce qu’elles pouvaient mieux manger les feuilles d’acacia, et elles avaient donc plus de petits, transmettant ainsi plus largement le gène responsable de la longueur du cou. Les petits girafons au cou plus long étaient également plus viables et donc, transmettaient à leur tour le ou les gènes responsables de la longueur du coup. Jusqu’aux girafes d’aujourd’hui, parfaitement adaptées à la consommation de feuilles d’acacia grâce à leur très long cou. Continuer la lecture de Être gentil, est-ce bon ou mauvais pour la survie ?

L’éthique du raffinement

Le Regard Libre N° 21 – Adrien Faure

Les valeurs nous meuvent. Elles déterminent nos émotions et nos émotions déterminent nos actes. Par exemple, c’est parce que je pense que la liberté est une valeur importante que je ressens de l’indignation lorsque je vois la liberté d’individus violée. L’indignation (émotion) m’incite ensuite à vouloir mettre fin (acte) à la violation de la liberté (valeur). Parce que les valeurs jouent un rôle crucial dans notre vie en guidant nos actes, il convient de nous demander : quelles valeurs devons-nous adopter dans notre vie pour nous réaliser en tant qu’individus ?

La multiplicité et la diversité des individus rend difficilement envisageable l’idée qu’il existe une éthique, un code moral, adapté à tous. J’ai tendance à penser qu’il existe des types d’individus (et peut-être aussi des phases de vie) pour lesquels certaines valeurs seront plus valables que pour d’autres. La clef réside probablement ici dans la comparaison de différentes éthiques de vie pour que chacun puisse se construire au mieux en sélectionnant ce qui lui correspond. En réfléchissant sur quelles étaient les valeurs les plus importantes pour moi, j’en suis venu à considérer une valeur peu commune (en tout cas rarement considérée, il me semble) : le raffinement. Essayons un peu d’explorer ce que l’on pourrait dire sur cette valeur (considérez cet exercice comme une improvisation intellectuelle – de la même façon qu’au théâtre les comédiens improvisent parfois, je m’élance sur la scène le cœur à nu sans souffleur ou texte prédéfini). Continuer la lecture de L’éthique du raffinement

Le DPI remis en question

Le Regard Libre N° 17 – Christopher Berclaz (notre invité du mois)

Suite à l’acceptation le 14 juin 2015 de l’article constitutionnel ouvrant les portes au diagnostique préimplantatoire (DPI), le projet d’application élaboré par le parlement s’est trouvé au centre de nombreuses critiques quant aux possibles dérives de la loi sur la procréation médicale assistée (LPMA), notamment suite à l’ouverture du DPI à toute personne ayant recours à une fécondation in vitro. Le 5 juin prochain, nous voterons donc à nouveau sur cette question par le biais d’un référendum qui, étrangement, divise les partis, amenant de véritables questions éthiques malheureusement trop souvent écartées des débats politiques mais qui appellent à la conscience de chacun.

Le DPI, sujet de divisions

Si c’est un « oui » clair pour le PBD et le PLR, le PDC accepte le DPI contre la volonté de son comité central. De plus, des politiciens de tous bords s’opposent au texte proposé, comme nous avons pu le constater avec le comité interpartis en faveur du « non ». Il en va de même pour les associations d’entraide dans le monde du handicap qui, divisées lors du vote de 2015, sont cette fois-ci toutes unies face au projet du parlement. Le milieu médical est quant à lui aussi divisé. Continuer la lecture de Le DPI remis en question

Quelques mots sur l’aide au suicide

Le Regard Libre N° 15 – Sébastien Oreiller

Les hôpitaux valaisans voudraient introduire l’aide au suicide dans leur enceinte. L’idée fait grand bruit. Déjà, les politiques réagissent, l’évêque donne son avis, le Grand Conseil est appelé à se prononcer. Dans l’opinion publique, le monde se divise à nouveau entre les forces du bien et celles du mal, suivant que l’on soit pour ou contre. Comme souvent, le risque est grand que le pathos ne prenne le pas sur la réflexion sérieuse, courbant l’échine sous la pression de l’inflation juridique.

On s’inquiète, à juste titre, de la composition de la commission d’éthique. Je m’inquiète déjà de sa seule existence. En dehors du fait que je n’aime guère cristalliser l’éthique dans les mains de certaines personnes, comme une denrée rare dont on aurait le monopole, je trouve assez étonnant, si ce n’est risible, de proclamer tout haut l’aide au suicide comme un droit, puis de la soumettre à l’approbation de quiconque. Ou l’acte est mauvais, ou il est bon. Il n’est pas bon ou mauvais suivant ce qu’en pense la commission d’éthique. Plus grave encore, il s’agit ici de se décharger de sa responsabilité morale en repassant la patate chaude à des « experts », tout en se justifiant aux yeux de soi-même et de la société. Assez lâche, donc, pour un citoyen libre et responsable. Continuer la lecture de Quelques mots sur l’aide au suicide

Ontologie de la beauté

Le Regard Libre N° 12 – Sébastien Oreiller

Quand Nietzsche crut renverser la morale ancienne, la morale du bien et du mal, pour la remplacer par celle, plus exigeante, du bon et du mauvais, il ne fit que remplacer une philosophie du comportement, une philosophie éthique dirions-nous, par une moralité plus froide et plus distante, peut-être même plus dangereuse. Nous semblons avoir pris la fâcheuse habitude depuis vingt-cinq siècles, c’est-à-dire depuis Socrate et surtout depuis Platon, de lier l’essence au bien, de ne plus être capable d’admirer l’être en soi sans le rattacher, d’une manière ou d’une autre, à la perfection de l’acte humain, loin de là l’ingénuité morale qui avait marqué leurs prédécesseurs. Il me semble être une philosophie plus exigeante et plus noble, d’autant plus détachée des médiocrités quotidiennes qu’elle est elle-même intrinsèquement liée à l’être, je veux parler de la philosophie du beau en tant que tel.

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