Archives par mot-clé : langue française

Philippe Forest : « De certaines expériences extrêmes, on ne peut jamais rien dire »

Le Regard Libre N° 37 – Loris S. Musumeci

Philippe Forest est un homme de lettres reconnu pour ses amples connaissances en la matière. Il est professeur de littérature et contribue à de prestigieuses revues telles que la NRF. Depuis la mort de sa fille, Pauline, arrachée à la vie toute petite par un cancer, Philippe Forest a commencé à écrire des romans, liant la démarche du deuil à celle de l’écriture. Après plusieurs grands succès, comme son premier roman, L’Enfant éternel (1997), ou Sarinagara (2004), l’auteur se livre à une réflexion romanesque sur l’oubli. Nous l’avons rencontré à Fribourg.

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L’écologie du grand remplacement

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie – Pour un revirement intégral » – Clément Guntern

Contrairement aux apparences, la très controversée théorie du grand remplacement de Renaud Camus peut être abordée sous l’angle d’une écologie dite intégrale. Voici un article sans préjugé.

Il ne sera nullement ici question de débattre de la pertinence démographique de la théorie du grand remplacement. De nombreux démographes y ont d’ores et déjà consacré travaux et articles ; essentiellement pour critiquer et dénoncer cette thèse et ses chiffres qui, selon la quasi-totalité des experts, sont totalement exagérés et douteux. Notre but consistera à explorer la dimension écologique de cette théorie. Continuer la lecture de L’écologie du grand remplacement

Le théâtre au cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Lorsqu’une venue du théâtre au cinéma est annoncée, l’heure est à la perplexité : on reste sceptique face à ce nouvel avatar du mélange des genres, dont notre époque est si friande, et dont les exemples ont été parfois catastrophiques… Ne pensons qu’au mélange littérature-musique avec Camus, l’art ou la révolte, un spectacle actuel du rappeur Abd Al Malik faisant côtoyer son slam avec le génie littéraire d’Albert Camus.

Et pourtant, comme une fois sur deux, le préjugé s’avère totalement faux lorsqu’on se rend sur place. Le jeudi 9 février dernier, au Cinéma Rex à Neuchâtel, un public relativement âgé mais pas seulement put découvrir sur l’écran Le Misanthrope de Molière, joué par la Comédie Française, retransmis en direct de la célèbre Salle Richelieu, à Paris. Soyons objectif : ce fut un véritable événement. Continuer la lecture de Le théâtre au cinéma

Une heure avec Marc Bonnant

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Loris S. Musumeci

Marc Bonnant n’est pas seulement un personnage très cultivé et admiré de toutes parts pour sa sublime éloquence, il est aussi un véritable Maître. Avocat depuis 1971, il défend des personnalités d’envergure au niveau international, telle Sa Majesté l’Impératrice Farah d’Iran. De Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Genève à président du Concours d’art oratoire, ses mandats restent très nombreux. Ces derniers voyagent même dans le temps : l’homme de droit s’est amusé notamment à plaider pour Baudelaire dans le procès des Fleurs du mal. Il a par ailleurs reçu différentes récompenses grâce à sa passion du beau verbe : la nomination d’Officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, le Prix du rayonnement français et la consécration de Meilleur orateur francophone vivant. Marc Bonnant, amoureux de la vie et de la langue, nous offre un entretien profond et touchant.

Loris S. Musumeci : Le français a-t-il une culture qui lui est propre ?

Marc Bonnant : On a soutenu que l’Etat est une langue, et que l’Etat est sa langue. Avant d’en venir au français, on peut considérer que la langue est constitutive d’une communauté, et donc d’une nation. On peut dire d’une nation qu’elle étaie des frontières et une langue, donc une culture, et par là une tradition ainsi qu’une verticalité. Je parle de culture et de langue, parce qu’elles sont consubstantielles. On conçoit dans une langue, on pense dans une langue. Ainsi, les lecteurs que nous sommes devraient pouvoir, s’ils voulaient vraiment lire, lire dans la langue originale. La pensée est l’expression d’une culture, la langue en est l’instrument, mais en est aussi la créatrice. Continuer la lecture de Une heure avec Marc Bonnant

Rencontre avec Laurent Pernot, de l’Académie française

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Il nous faudrait plusieurs pages de ce journal pour énumérer le parcours et les différentes fonctions de M. Laurent Pernot. Directeur de l’Institut de grec de l’Université de Strasbourg, il est membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres depuis 2012 et membre sénior de l’Institut Universitaire de France. Le 13 novembre 2014, par décret du Président de la République, Laurent Pernot a été nommé chevalier dans l’Ordre national du Mérite. Nous avons eu la chance de pouvoir l’interroger sur la rhétorique, dont il est un spécialiste internationalement reconnu.

S. O. et J. F. : La rhétorique n’a point de secret pour vous. Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans ce domaine ?

Laurent Pernot : Personnellement, j’aime tout dans la rhétorique : l’élégance de la forme, les belles périodes, les réparties spirituelles, la discipline de l’intellect pour concevoir et ordonner les idées, l’analyse minutieuse des énoncés, la psychologie des auditoires… J’aime aussi l’élan collectif qui porte les rhétoriciens du monde entier et les fait se rassembler dans des sociétés internationales, comme la Société internationale d’histoire de la rhétorique (International Society for the History of Rhetoric), la Rhetoric Society of America, l’American Society for the History of Rhetoric, l’Organización Iberoamericana de Retórica, et tant d’autres. Mais s’il faut faire un choix, ce qui me paraît le plus important est le rôle de la culture rhétorique, des schémas et des modèles rhétoriques, dans le fonctionnement de la vie politique.

Cette passion ne doit pas toujours être facile à revendiquer.

Effectivement. Dans l’usage courant, le mot « rhétorique » est souvent péjoratif. C’est que la rhétorique suscite un double recul. Elle fait peur et elle fait pitié. Pitié, parce qu’elle est associée à une réputation de pauvreté intellectuelle, d’emphase, de sclérose et de scolastique, en raison de l’aridité des listes de figures ou du vide supposé des grilles de « lieux communs ». Peur, parce que la rhétorique est vue comme une arme redoutable, un art de tromper et de manipuler, sans préoccupation de vérité ni de moralité. Continuer la lecture de Rencontre avec Laurent Pernot, de l’Académie française

Des chiffres et des lettres (Rencontre avec Olivier Rey)

Le Regard Libre N° spécial langue française – Loris S. Musumeci

Olivier Rey est mathématicien et philosophe. Diplômé du polytechnique où il a enseigné par la suite, il a été chercheur au CNRS pour la section des mathématiques. Egalement homme de lettres, il s’est forgé une place dans l’univers des humanités. L’intellectuel occupe d’ailleurs toujours un poste au CNRS, mais dans la section de philosophie. Il est, de plus, professeur de cette même discipline à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Olivier Rey est aussi l’auteur de nombreux ouvrages dont le roman Le Bleu du sang ou l’essai Une question de taille, récompensé du prix Bristol des Lumières. En 2015, la Fondation Prince Louis de Polignac lui décerne le grand prix pour l’ensemble de son œuvre. Que voici un homme de taille !

Loris S. Musumeci : Quel fut l’apport de la langue française dans l’évolution des sciences ?

Olivier Rey : La langue scientifique, en Europe, a commencé par être le latin. Au milieu du XVIIe siècle, Pascal, dans une correspondance avec Fermat sur des questions mathématiques, éprouve encore le besoin de changer de langue au moment d’entrer dans le vif du raisonnement : « Je vous le dirai en latin, car le français n’y vaut rien. » Le passage aux langues vernaculaires a été progressif. Le point important, c’est que les scientifiques pensent et pratiquent leur science dans une langue la plus riche possible, et qu’ils maîtrisent le mieux possible. Certes, la science cherche à dégager des notions exemptes des ambiguïtés des langues communes. Mais l’ambiguïté des mots dans le vocabulaire courant, comme la richesse de leurs connotations, jouent un rôle heuristique considérable, et sont aussi ce qui préserve un lien entre la science constituée d’une part, le monde de l’expérience quotidienne d’autre part. L’œuvre scientifique considérable qui a été accomplie en français au cours des trois derniers siècles prouve les ressources qu’offre cette langue pour la pensée scientifique. Quant à son apport spécifique, il est difficile à cerner. Ce que je pense, c’est que la diversité des langues n’est pas un obstacle à l’évolution des sciences, mais au contraire un facteur de fécondité. Continuer la lecture de Des chiffres et des lettres (Rencontre avec Olivier Rey)

Ode à notre langue

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Jonas Follonier

J’aimerais, en ce soir, à l’écoute d’un chant
Et ému par l’éclat de ce soleil couchant,
Rendre hommage à tous ceux qui m’ont transmis leur art,
Qui, sur le tableau noir, m’ont enseigné Ronsard,
Mais aussi à toi-même, objet de mon poème,
Qui m’offres cent façons de te dire « je t’aime » :
Je veux bien sûr parler de la langue française,
La langue de Victor, de François et de Blaise.
Toi qui fus pure antan, pendant presque cent ans,
Toi, ma raison de vivre et de mourir content
De t’avoir ressenti dans mon corps, dans ma tête,
Avec tes mots vaillants, tes charmants épithètes,
Toi, langue de Paris que l’on parle en province,
Toi, sermon des vilains et expression des princes,
Reste ce que tu es, résiste aux anglicismes,
Impose au monde entier tes particularismes.
Fais briller ta splendeur, conserve tes chimères.
De notre identité tu es la digne mère !
Un journal rend public un sentiment intime ;
Ai-je osé exposer cet amour en ces rimes ?
Oui, car c’est le plus simple et le premier qui soit.
Cette édition spéciale est consacrée à toi.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © poesie.tableau-noir.net

« Toute langue évolue »

Le Regard Libre N° 17 – Jonas Follonier

Le français, ce n’est pas n’importe quelle langue. Et une langue, ce n’est pas n’importe quoi. Pourtant, à en croire les linguistes eux-mêmes, si. Je sors d’une conférence académique intitulée « Les Rectifications orthographiques du français ». Avant de pouvoir parler de rectifications, ne faudrait-il pas au moins que les réformes en question fussent justes, et donc justifiées ?

C’est bien là tout le problème : la nouvelle orthographe initiée par quelques individus dans les années 1990 et reconnue en 2016 par le ministère de l’Education nationale nous est présentée comme une évolution normale et utile. Abandonner des structures jugées « archaïsantes » et simplifier des règles « étymologiques » participeraient de l’idée que « toute langue évolue ». Continuer la lecture de « Toute langue évolue »

Le récit de Sion par son président (Rencontre avec Marcel Maurer)

Le Regard Libre N° 16 – Jonas Follonier

Marcel Maurer est le président de Sion depuis janvier 2009. Il finira son mandat en fin d’année 2016 et a déjà annoncé qu’il ne se représenterait pas. Il y aurait beaucoup à dire sur son bilan très positif, mais c’est pour son livre « Sion… La Vie » paru en décembre 2015 que Monsieur Maurer nous a aimablement reçus dans son bureau.

Jonas Follonier : Tout d’abord, d’où est née l’idée de réaliser un ouvrage sur Sion ?

Marcel Maurer : Cela fait longtemps que l’idée me trotte dans la tête. Sion est une belle ville, dotée de bons photographes, et il se trouve que j’aime écrire. Quand j’étais plus jeune, j’écrivais déjà dans des petites revues par exemple. Je prévoyais d’écrire quelque chose à la retraite. Il y a eu ensuite la rencontre avec Claude Coeudevez, et l’aventure est donc arrivée plus vite que prévu. Continuer la lecture de Le récit de Sion par son président (Rencontre avec Marcel Maurer)

Pensées journalistiques (3/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Assurément, le délectable et fin art d’écrire n’a pas disparu. Comme nous l’évoquâmes tantôt, la Toile a détérioré la qualité du journalisme en général, néanmoins elle ne l’a de loin pas détruite. Au crépuscule d’une grandeur, on se prépare déjà à l’aurore d’une immensité. J’évoque une sentence personnelle au caractère typique pour proclamer l’espérance, parce que je crois profondément que, malgré un actuel affaiblissement amer de la pratique de la langue française, et cela se remarque jusque dans les journaux au quotidien, tout se prête à prendre conscience de ce défaut littéraire. Les amants du beau langage sauront tenter d’y remédier ; c’est d’ailleurs déjà le cas chez les véritables hommes de culture d’aujourd’hui. Il en va de même pour ce qui concerne l’engagement honnête et entier que l’on observa chez un Zola dreyfusard ou un Camus résistant. Existe encore, en effet, le philosophe qui serait prêt à donner sa vie pour ses idées, subissant une multitude de blâmes, mais quelques reconnaissances méritées et réconfortantes aussi.

J’aimerais rendre hommage ici à un homme qui, face à des railleries constantes, sut humblement répondre avec grande justesse : « Je suis un homme amoureux, j’ai des amis que j’admire et un fils qui a pris son envol. Comme disait mon père : que demande le peuple ? ». Ces paroles furent prononcées sur le plateau télévision de Des paroles et des actes du 21 janvier 2016 sur France 2, alors que l’on avait dit de lui, par provocation, qu’il aimait le malheur ; en d’autres termes, que ce n’était qu’un vieil aigri tourmenté, comme on a l’habitude de le désigner en ricanant. Il s’agit d’Alain Finkielkraut. Il me plairait de livrer ici un de ses articles qui, à la manière de nos deux articles historiques, témoigne d’un profond ancrage dans le débat d’idées enveloppé d’un style attentionné. Ce dernier parut dans le journal Libération du 9 septembre 2014. Notre philosophe s’immergea dans la plume du Président François Hollande. Voici l’intégralité de l’article : Continuer la lecture de Pensées journalistiques (3/3)