Archives du mot-clé marine le pen

L’Empereur Macron

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

« Mais en même temps », il « veu[t] nous dire : merci », le cher Monsieur Macron. Après une prestation catastrophique de Marine Le Pen au débat de mercredi dernier, le nouveau Président de la République a été élu sans trop d’étonnement.

Eh oui, quoiqu’en disent maintenant les lepénistes, amers, la violente vacuité ne paie pas en France. Jouer les Trump n’est pas encore de bon augure au pays de Racine, Hugo et Flaubert. Ce n’étaient pourtant pas les heureuses occasions qui manquaient à la belle blonde, à commencer par un programme radicalement opposé à celui de son adversaire. Elle aurait pu miser sur l’identité, le droit des travailleurs, l’agriculture ou l’école, exposés avec intelligence et pragmatisme dans la liste de ses engagements. Elle a cependant préféré ricaner à coups de « vos amis socialistes », en lançant d’imprécises fléchettes sur ce qu’incarne le méchant « mondialiste ». A se demander si elle ne regrettait pas, soudain, d’accéder éventuellement au trône. Peut-être que l’opposition sied simplement mieux, à elle et son front. Lire la suite L’Empereur Macron

Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

Le Regard Libre N° 27 – Jonas Follonier

Nous l’attendions, au Regard Libre, cette fin de l’ancien clivage gauche-droite, tant désuet. Nous l’attendions, ce coup de poing aux partis traditionnels français, surtout au PS. Quels que soient ceux des onzes candidats que nous aurions voulu voir accéder au second tour, une joie nous saisit. Celle de voir enfin s’affronter deux candidats autour de la vraie opposition idéologique qui marque notre temps : le libéralisme contre la souverainisme ; le progressisme contre le conservatisme.

J’ai pour ma part la particularité, ou peut-être la naïveté, de penser que ces deux tendances ne sont pas inconciliables. Oui, je crois au progès, et oui, j’estime qu’il existe des choses à conserver urgemment. De la même façon, je suis convaincu que les étiquettes de « libéral » et de « réactionnaire » ne sont pas antinomiques, mais peuvent former une position très intéressante. Qu’y aurait-il d’incohérent à soutenir le libre marché tout en militant pour revenir en arrière sur des questions liées à l’éducation, par exemple ? Lire la suite Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

Le paradoxe du succès de Jean-Luc Mélenchon

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

C’est le nouveau rebondissement qui s’ajoute à cette campagne présidentielle hors du commun. Devancé par Benoît Hamon il y a quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon est désormais le troisième homme dans la course à l’Elysée (de 18% à 20% selon les sondages), derrière les deux favoris Marine Le Pen et Emmanuel Macron qui peinent à se maintenir à leur hauteur et devant François Fillon qui se situe à environ 17%. Bien que les sondages – cela s’est avéré ces derniers temps – peuvent être démentis le jour de l’élection, ils donnent néanmoins de bonnes indications sur la tendance du moment.

Cette tendance, nous pouvons la comprendre. Jean-Luc Mélenchon mène en effet une campagne très intelligente, et plusieurs éléments semblent susceptibles d’expliquer sa rapide remontée. Tout d’abord, sa constance et sa précision : tenant le même discours depuis le début de la campagne, Mélenchon est le premier à avoir présenté son programme aux Français et à l’avoir chiffré. Sa franchise aussi. S’il s’avère impossible de sortir d’une manière ou d’une autre des traités européens, son plan B est clair : la France quittera l’Union européenne. Sur ces sujets, la candidate frontiste est par exemple plus ambiguë. Lire la suite Le paradoxe du succès de Jean-Luc Mélenchon

Les trois petits cochons

Le Regard Libre N° 24 – Jonas Follonier

Le 29 janvier dernier, Benoît Hamon a donc été choisi pour être le candidat socialiste à la présidence de la République française, devançant de beaucoup son adversaire, Manuel Valls. Cet événement atteste que les nostalgiques d’une gauche bien à gauche ne sont pas tous partis du Parti socialiste français pour aller rejoindre Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Ils se trouvent également à l’intérieur même du parti. On les appelle les frondeurs. Et cette élection nous montre qu’ils sont majoritaires au sein de leur camp.

Je déplore le choix des militants socialistes.Manuel Valls, malgré tous ses défauts, incarnait la réunion de deux tendances : un certain libéralisme sur les questions économiques et une approche très ferme en ce qui concerne les valeurs républicaines. En somme, tout comme Hollande, Valls semble regarder la réalité d’aujourd’hui telle qu’elle est. Pendant ce temps, Benoît Hamon croit être moderne en promettant un revenu de base universel. Lire la suite Les trois petits cochons

Vers la suppression de l’argent liquide ?

Un article de Nicolas Jutzet paru dans Le Regard Libre N° 17

Sorti le 12 avril dernier, le nouveau billet de 50 francs est la première coupure de la neuvième série mise en circulation par la BNS. Cette dernière nous promet un passage par étape de la huitième série à la neuvième d’ici fin 2019. En plus de l’inévitable débat sur son esthétique, une question de fond émerge : avons-nous encore besoin d’argent liquide ? Et si, finalement, à l’heure du tout numérique, ces encombrants bouts de papier étaient devenus anachroniques ? Cachés derrière un amour de la transparence, certains profitent de l’occasion pour dénoncer la dangerosité de l’argent liquide. Il permettrait de transporter discrètement d’énormes montants et de faciliter ainsi la circulation d’argent sale, la corruption et le financement d’activités illégales. Alors, ces devises, menace réelle ? ou s’agit-il d’un prétexte fallacieux cachant des intentions moins avouables ? Tour d’horizon de ce qui se fait dans le monde, et de ce que nous réserve le futur.

Les transactions en espèces ont mauvaise presse. Le phénomène est ancien, mais il semble s’être considérablement accéléré avec les récents attentats en France. Croyant bien faire, la politique s’est emparée de la problématique. Cette croisade contre le cash connaît ses premières victimes : la Banque centrale européenne va cesser d’imprimer le billet de 500 euros à partir de 2018 ; en France, on retiendra l’interdiction de tout paiement en liquide de plus de 1’000 euros, ou l’obligation pour les établissements bancaires de signaler toute personne qui effectue des dépôts ou retraits d’espèces supérieurs à 10’000 euros par mois. Beaucoup plus avancée, la Suède est en passe de devenir « cashless ». Au pays des espèces en voie de disparition, seul 20 % des achats dans le commerce se règlent encore en cash. Le montant de couronnes (monnaie suédoise) en circulation avoisine à peine les 9 milliards de francs. En comparaison, notre chère Confédération paraît outrageusement conservatrice. Les billets en circulation représentent 67’412’087’130 de francs suisses. Et la limite pour les paiements en espèce est fixée à… 100’000 francs ! Lire la suite Vers la suppression de l’argent liquide ?

« Marine Le Pen vous dit MERCI ! »

Le Regard Libre N° 5 – Jonas Follonier

On ne peut qu’espérer que le succès du Front national aux élections européennes déclenche une puissante dynamique d’auto-questionnement de la part des différents partis politiques français, surtout PS et UMP. Cela fait maintenant plusieurs décennies que nous assistons en France au creusement d’un intervalle de plus en plus significatif entre les élites politiques et la population. Tout ce que le peuple ne peut plus supporter – en particulier les dérives du néocapitalisme financier et les abus du libertarisme soixante-huitard – les partis traditionnels n’en tiennent pas compte, bien trop bien dans leur bain constant : à la gauche dure un anti-capitalisme purement et naïvement économique qui ne tient pas compte des exagérations de la gauche bobo-libertaire ; à la droite dite « classique », un « conservatisme libéral » qui leur fait s’exprimer sur des problèmes sociétaux (la laïcité ou la sécurité par exemple) mais qui se satisfait d’un libéralisme exclusivement financier et copieusement critiqué par les citoyens.

Tout cela, Jean-François Kahn, journaliste et essayiste, le dénonce et le développe dans son dernier ouvrage « Marine Le Pen vous dit MERCI ! ». Il explique notamment en quoi les abandons respectifs des différents partis ont érigé un escalier au parti lepéniste ; un escalier roulant, puisque le FN n’avait presque pas besoin de s’avancer pour gagner !

Personne ne présentait une véritable alternative à ce ridicule bipolarisme UMP-PS, une alternative qui eût une vision complète et cohérente. Personne ne s’intéressait aux maux des citoyens ; on leur expliquait que l’insécurité n’existait pas, qu’il y avait seulement un sentiment d’insécurité; l’intelligentsia politico-médiatique les traitant en somme d’imbéciles. Car c’est bien la gauche petite-bourgeoise qui est la grande responsable de ce qui devait arriver, à savoir 25% de voix à la voie frontiste pour les élections européennes.

Cette problématique gauloise est passionnante en soi ; elle l’est encore plus pour nous, Suisses, qui nous intéressons à la politique française mais ne nous trouvons pas dans un aussi piètre état que nos voisins. Cette analyse peut donc nous servir d’avertissement, d’anticipation, de préparation à une catastrophe qui pourrait bien aussi arriver dans nos contrées. Que nos partis (re)trouvent une ligne sociétale et socio-économique, voilà mon souhait ! Et puisse en particulier quelque mouvement éclairé sortir de son sommeil, afin qu’il redirige l’homme vers la responsabilité et le sens du bien commun.

Voici, pour vous faire goûter au style tordant et à la réflexion excellente de Jean-François Kahn, un florilège de son dernier essai « Marine Le Pen vous dit MERCI ! » :

« Le changement, c’est maintenant. Le changement du changement, c’est après. »

« Pourquoi a-t-il voulu être président ? Pour être président. »

« Marine Le Pen chauve-souris clame d’un côté : écoutez ce que je dis sur l’immigration et l’insécurité, je suis plus à droite que l’UMP, voyez mes poils ; et, de l’autre : écoutez ce que je dis sur l’Etat, le social, la mondialisation néolibérale, je suis plus à gauche que le PS, voyez mes ailes ! »

« [Hollande] se rengorge et (applaudi en cela par sa petite cour) proclame à la camarade cantonade : « Je suis social-démocrate. Je veux prendre exemple sur eux. Ce qui a échoué partout ailleurs, je vais le faire. » L’héritière n’avait plus qu’à engranger. Inespéré. La soupe lui était servie toute chaude. Ave César, ceux par qui tu vas mourir te saluent ! »

« Hollande, hyperprésident mais de carton-pâte, fait du Sarkozy sans la folie ni le talent. »

« Comment, en outre, a-t-on pu lier dans le même paquet cadeau – c’est à se les mordre ! – d’un côté, les mesures de restriction de dépenses publiques et de l’autre, les allégements d’impôts et de charges en faveur des entreprises ? »

« Des socialistes, qui sont au socialisme ce que DSK est à l’abstinence et qui ont remplacé « L’internationale » par « Viens poupoule ! », tombent le masque et redécouvrent les vertus d’Antoine Pinay ; sur Internet, les réseaux sociaux trouvent peu à peu leur équilibre entre haine de l’autre et détestation de soi. »

« On fait obsessionnellement la chasse aux expressions incorrectement déviantes, mais interdire la mendicité dans les wagons du métro serait le début du totalitarisme. »

« Leur vote a donc, d’abord, la signification d’un crachat. D’un rot de dégoût. »

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © France Info