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Politique

Editorial

L’extrême droite, un concept galvaudé 5 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Jonas Follonier © Dessin de Nathanaël Schmid pour Le Regard Libre

La récente élection de Javier Milei à la tête de l’Argentine dévoile les limites du qualificatif d’«extrême droite». Entre contradictions et imprécisions, il convient de questionner la pertinence de cette étiquette politique devenue plus infamante qu’informative.

La couverture médiatique de l’élection de Javier Milei à la tête de l’Argentine le mois dernier a apporté la preuve que certains mots n’ont plus aucun sens. Présenté par la presse européenne et la gauche américaine comme un «ultralibéral d’extrême droite», cet économiste excentrique se déclare lui-même anarcho-capitaliste et minarchiste par pragmatisme. Autrement dit, un anarchiste s’en référant au principe de propriété privée, mais qui juge inévitable l’existence d’un Etat minimal pour garantir la protection des droits individuels. Nulle trace de projet xénophobe ou de conception totalitaire du pouvoir chez ce libertarien. Tout au plus une posture anti-système et un style populiste en tant que candidat, qui le rapprochent d’un Donald Trump. A titre personnel, Milei s’oppose en outre à l’avortement – un thème sur lequel il souhaiterait faire voter la population par référendum.

Mais alors, quel point commun avec une autre personnalité politique qualifiée d’extrémiste de droite, Marine Le Pen, très étatiste, y compris en matière économique, et qui n’a rien contre l’avortement? Ne parlons même pas de ces socio-démocrates à qui l’on attribue aussi l’odieux anathème d’extrême droite, parce qu’ils osent critiquer l’écriture inclusive ou le port du voile…

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La notion d’extrême droite est-elle censée désigner une forme extrême de droite? Pas sûr. Aujourd’hui, la droite est globalement libérale et/ou conservatrice. Or, ce à quoi renvoie souvent l’attribut d’ «extrême droite» – en résumé, le rejet des étrangers et une conception autoritaire de l’Etat – est pour le moins éloigné du libéralisme et du conservatisme. L’ «extrême droite» plaide pour une vision illibérale de la société et de l’économie. On ne peut par exemple trouver aujourd’hui plus contraire à l’ «extrême droite» allemande que la droite de ce même pays. Et contrairement aux conservateurs, l’ «extrême droite» ne souhaite pas conserver les structures existantes, mais les renverser au profit d’un ordre nouveau, ou les réformer pour rétablir des structures plus anciennes – en ce sens, les réactionnaires s’opposent aux conservateurs.

Chercher les mots justes

«Extrême droite»: des mots infamants plus qu’informatifs. Dans son dernier livre, l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté assure avoir cherché une définition de cette famille politique, en vain. On en trouve pourtant quelques définitions intéressantes. C’est bien plutôt l’utilisation qui est faite de ce terme qui manque de cohérence. Dès lors, accordons-nous sur la signification de cette notion et tenons-nous-y, ou cessons de l’utiliser.

Cependant, si nous décidions de ne plus parler d’extrême droite, cela ne devrait pas laisser à penser qu’il n’existe aucun politicien extrême, aucune démarche dangereuse pour la paix ou la démocratie. On en trouve bien sûr, à droite comme à gauche. Et nous disposons de suffisamment de vocables pour les qualifier: autoritarisme, racisme, communisme, impérialisme et autres joyeusetés se mêlant les unes aux autres. Pourquoi ne pas profiter justement d’être plus précis dans la critique de ces courants?

Quant à ceux qui contestent l’existence du wokisme (un mouvement qui essentialise certaines minorités, conçues comme des communautés opprimées) parce que ce serait une notion «fourre-tout», on ne s’étonnera pas qu’ils voient l’extrême droite partout, sans jamais la définir. Pour notre part, nous continuerons de chercher les mots justes pour poser les termes de chaque débat. C’est là aussi le rôle du journalisme.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Jonas Follonier était l’invité de Léman Bleu pour parler de ce thème il y a un mois:
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