Archives du mot-clé politique française

Que penser de l’affaire de Villiers ?

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

A bout de souffle, il déclare : « La France est en guerre. Les moyens ne sont pas à la hauteur. » Dans des conditions qui se sont présentées à lui comme intenables, le chef d’état-major aux armées a démissionné mercredi dernier. Une première sous la Ve République.

Le général de Villiers, soixante-et-un ans, s’était vu demandé humblement par Emmanuel Macron de renouveler son mandat, le 30 juin dernier. L’âge de la retraite est aux aguets, mais l’honneur militaire l’emporte. Le charisme du président n’a pas manqué de se mettre en œuvre au maintien du général. L’engagement pour élever la fortune des armées à hauteur de 2% du PIB, de surcroît, demeure. Lire la suite Que penser de l’affaire de Villiers ?

Emmanuel Macron : derrière le sourire, la main qui tremble

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Quand son principal argument de vente est le renouveau, la jeunisme, faire de la vieille politique une fois élu est au minimum gênant. C’est oublier bien vite qu’une partie de son électorat, celle qui ne votait pas contre Marine Le Pen, mais pour son projet, le soutenait car il incarnait cela. Une idée de la France. La promesse de mettre ces vieilles pratiques au placard. Définitivement. Quelle déception !

Voir cette main qui se veut ferme et conquérante face à Donald Trump trembler au moment de débrancher le pathétique Richard Ferrand, c’est simplement affligeant. Pouvoir à ce point pavoiser à l’internationale, se voir en « leader du monde libre » et refuser de renvoyer d’où il vient ce vieux personnage, ancien frondeur qui, à défaut d’une éventuelle faute judiciaire (qui reste à prouver), est clairement coupable d’une faute politique, celle d’instiller le doute. Lire la suite Emmanuel Macron : derrière le sourire, la main qui tremble

Manuel Valls, symbole d’un monde qui meurt

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Le grand perdant de la primaire de la gauche, qui avait pris ses distances avant même le premier tour avec sa famille politique, semble perdu. Isolé. Lâché par son ancien parti, logiquement courroucé pour son infidélité, le voici (à nouveau) refoulé par En Marche! qu’il pensait rejoindre, empruntant un tapis rouge. Mais rien n’y fait, le prétendant ne trouvait pas, et ne trouve toujours pas, malgré son passé, son expérience, ses relations, son rôle de Premier Ministre, grâce aux yeux du symbole du renouveau. Pris entre le marteau et l’enclume, Manuel est seul, abandonné.

Triste sort pour celui qui avait milité auprès du Président sortant pour faire entrer ce technocrate ambitieux dans son gouvernement. Avec lui, il allait faire des réformes, pouvoir se profiler comme le « Schröder » français. Quelques mois et quelques impertinences distillées dans une presse complaisante plus tard, voilà Valls dépassé. Ringardisé par ce nouveau venu qui contrairement à lui sait convaincre, sait plaire et écouter. Bref, incarner ce renouveau qu’il voulait porter. La loi Macron, qui avait une majorité pour la faire passer par simple votation, servira de réponse. Valls emploie le 49-3 pour torpiller l’image et le travail de titan fourni en coulisse par le jeune arrogant. Mais rien n’y fait, la dynamique ne s’inverse pas. Valls est piégé. Entre un Président en disgrâce et la coqueluche des médias, il ne reste que peu de place pour celui qui se rêvait en synthèse des deux. Il voit l’étau se refermer. Lire la suite Manuel Valls, symbole d’un monde qui meurt

L’Empereur Macron

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

« Mais en même temps », il « veu[t] nous dire : merci », le cher Monsieur Macron. Après une prestation catastrophique de Marine Le Pen au débat de mercredi dernier, le nouveau Président de la République a été élu sans trop d’étonnement.

Eh oui, quoiqu’en disent maintenant les lepénistes, amers, la violente vacuité ne paie pas en France. Jouer les Trump n’est pas encore de bon augure au pays de Racine, Hugo et Flaubert. Ce n’étaient pourtant pas les heureuses occasions qui manquaient à la belle blonde, à commencer par un programme radicalement opposé à celui de son adversaire. Elle aurait pu miser sur l’identité, le droit des travailleurs, l’agriculture ou l’école, exposés avec intelligence et pragmatisme dans la liste de ses engagements. Elle a cependant préféré ricaner à coups de « vos amis socialistes », en lançant d’imprécises fléchettes sur ce qu’incarne le méchant « mondialiste ». A se demander si elle ne regrettait pas, soudain, d’accéder éventuellement au trône. Peut-être que l’opposition sied simplement mieux, à elle et son front. Lire la suite L’Empereur Macron

Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

Le Regard Libre N° 27 – Jonas Follonier

Nous l’attendions, au Regard Libre, cette fin de l’ancien clivage gauche-droite, tant désuet. Nous l’attendions, ce coup de poing aux partis traditionnels français, surtout au PS. Quels que soient ceux des onzes candidats que nous aurions voulu voir accéder au second tour, une joie nous saisit. Celle de voir enfin s’affronter deux candidats autour de la vraie opposition idéologique qui marque notre temps : le libéralisme contre la souverainisme ; le progressisme contre le conservatisme.

J’ai pour ma part la particularité, ou peut-être la naïveté, de penser que ces deux tendances ne sont pas inconciliables. Oui, je crois au progès, et oui, j’estime qu’il existe des choses à conserver urgemment. De la même façon, je suis convaincu que les étiquettes de « libéral » et de « réactionnaire » ne sont pas antinomiques, mais peuvent former une position très intéressante. Qu’y aurait-il d’incohérent à soutenir le libre marché tout en militant pour revenir en arrière sur des questions liées à l’éducation, par exemple ? Lire la suite Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

François Mitterrand, prince de l’ambiguité

Le Regard Libre N° 26 – Nicolas Jutzet

La vie du Charentais de la Nièvre est assurément romanesque, faite d’intrigues et de manœuvres machiavéliques. Il laisse une image brumeuse, avec des zones d’ombres vite oubliées par ceux qui, aujourd’hui encore, parviennent à s’enorgueillir d’être mitterrandistes. Une constante apparaît : son action est inlassablement guidée par une soif de pouvoir qui finira par le voir triompher de la mort. Clairement, la politique prime sur l’idéologie ; il n’a pas l’esprit de système. Bien souvent chez lui, la fin justifie les moyens.

Mitterrand ne serait pas Mitterrand si son parcours n’était que manigance et coup bas. Cet homme fit preuve de bravoure et d’éloquence, n’hésitant pas à affronter le peuple ou l’opposition quand l’intérêt supérieur de la France semblait le mériter. Un courage qui fait aujourd’hui défaut à ceux qu’il présupposait comme insignifiants en affirmant : « Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables ». Il importe de tordre le cou à cette allégation. En effet, Valéry Giscard d’Estaing, son prédécesseur, était déjà ce qu’on peut appeler un comptable-financier qui, en plus d’autres qualités reconnues, excellait dans les domaines de l’économie et des finances qui suscitent au mieux le mépris dans l’esprit de son successeur. Lire la suite François Mitterrand, prince de l’ambiguité

Fillon est le meilleur des candidats

Un article de Nicolas Jutzet et Jonas Follonier paru dans Le Regard Libre N° 22

La primaire de la droite et du centre est lancée. Chacun y va de son livre, de son programme, de ses idées « pour la France ». Chacun croit être la personne providentielle. Malheureusement, en y regardant de plus près, malgré le large panel, l’offre est plus au moins la même, à de rares nuances près. Les candidats sont d’accord entre eux sur les principaux sujets : suppression des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, alignement des régimes privés et publics de retraite. Hormis Nathalie Kosciusko-Morizet (et encore), personne n’a le courage de proposer une réelle révolution. Les débats porteront sur des détails, pas sur des convictions profondes.

On parle par exemple très peu de la vision européenne des candidats, qui bottent en touche ; on promet de faire appel au référendum, ou pas, mais on évite surtout ce sujet glissant. Il en va de même sur le sujet explosif des syndicats – rappelons qu’en France, ils vivent grâce aux subventions publiques et se permettent tout de même de bloquer le pays, alors qu’ils ne représentent plus personne. Plus de courage par contre quand il s’agit d’aborder la thématique du voile et de l’islam dans sa globalité. Mais on regrette rapidement la surenchère sécuritaire qui mène à l’escalade. Sarkozy parvient même à proposer des expulsions sur « soupçons ». La démagogie est telle qu’on en vient à saluer la réponse de Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, qui refusent d’interdire le port du voile à l’université, ces derniers estimant juste que les personnes fréquentant une université sont capables de décider par elles-mêmes de l’habillement qui leur sied. Lire la suite Fillon est le meilleur des candidats