«De Gaulle», un navet? Que nenni!

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Il manquait une film consacré à Charles de Gaulle. Gabriel le Bomin l’a fait. En choisissant de retracer les mois d’avril-mai-juin 1940 du point de vue du général et de son épouse, le réalisateur signe avec De Gaulle un film important et émouvant, tant en ce qui concerne le moment historique mis en scène que l’épopée de la famille de Gaulle.

De Gaulle, en dépit de son titre, n’est pas un biopic. Son réalisateur Gabriel le Bomin, connu comme documentariste, a opté pour concentrer le film sur un moment précis de l’histoire de France et de celle de Charles de Gaulle, ne cherchant pas à dresser le portrait de l’Homme d’Etat de façon hagiographique. Nous suivons ainsi ce moment où l’Allemagne dirige ses canons sur Paris et où de Gaulle, promu provisoirement général de brigade et nommé sous-secrétaire d’Etat, essaie de convaincre Paul Reynaud, président du Conseil, de continuer la guerre, contre l’avis du maréchal Pétain qui plaide pour des parlementations avec Hitler et une signature de l’armistice. Suite à la démission de Reynaud et l’arrivée de Pétain à la tête du gouvernement, de Gaulle s’exile à Londres et, de là, vous connaissez l’histoire… ou peut-être pas – dans tous les cas allez voir ce film:

De Gaulle n’est pas un navet, comme on a pu le lire dans certaines colonnes. Ceux qui estiment que Lambert Wilson n’arrive pas à entrer dans l’habit du général n’ont tout simplement rien compris à ce qu’est une interprétation, qui n’est pas une imitation. Il ne viendrait pas à l’idée de critiquer l’interprétation d’Avec le temps par Benjamin Biolay au motif qu’il n’a pas imité Léo Ferré. Biolay n’est pas un imitateur. Et même quand Laurent Gerra imite Fabrice Luchini, ce n’est pas une imitation stricto sensu: Gerra évoque Luchini dans une certaine idée qu’il en a et que nous sommes nombreux à l’avoir – c’est ce qui fait son succès. Ainsi, d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un biopic, Wilson réussit totalement à incarner la sensibilité et le courage de Charles de Gaulle dans ce film comme Jeanne Balibar l’avait fait avec Barbara dans le film éponyme.

Amour de la famille, amour de la nation

Certes, dans les premières scènes, cela sonne un peu faux, ou plutôt le personnage s’interroge s’il va pouvoir y croire. Impression qui s’estompera très vite à mesure que le film avance dans ce qu’il veut exprimer. A savoir la personnalité d’un homme, Charles de Gaulle, qui sitôt promu général va se battre au sein du Conseil des ministres pour que la France continue la guerre et qui, au moment de la démission du président et de la prise du pouvoir par Pétain, va poursuivre son combat à Londres. Par la puissance des mots. Par la radio. Par son amour pour son pays. Par son courage. Et, parallèlement, c’est son amour pour les siens que le film nous donne à voir. Un amour inconditionnel. Qui nous fait pleurer quand il s’agit de sa fille trisomique, Anne, que le couple a choisi d’élever, refusant de la donner à un établissement spécialisé.

«De Gaulle», un film de Gabriel le Bomin © JMH Distributions

Seul point faible du film, les quelques saupoudrées de sentiments en trop. Défaut qui se manifeste principalement par un excès de violons et quelques signes de romance télévisée qui n’ajoute rien à la force du film et contrevient à son esthétique. Le destin familial du général s’en retrouve presque plus important que le destin politique de la France. Ce qui est dommage, car le film est justement glorieux en ceci qu’il montre qu’amour de la patrie et amour de la famille sont liés. Qu’ils ne peuvent entrer en concurrence, puisqu’ils doivent être envisagés comme complémentaires. Notre première patrie, c’est notre famille. Et notre langue, comme le disait Camus. Ah, de Gaulle… Si vous pouviez inspirer nos hommes d’Etat actuels.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédis photos: © JMH Distributions

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