Archives du mot-clé solitude

Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

Le Regard Libre N° 31 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

La Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, en Valais, accueille une centaine d’œuvres du maître d’Aix. L’exposition se tient du 16 juin au 19 novembre. Se laissant apprécier pour ses tonalités variées, elle place à l’honneur autant les portraits que les natures mortes ou les paysages de Cézanne. Ces derniers gardent cependant un rôle particulier à jouer : ouvrez grand votre esprit, les terres du peintre se mettent à chanter.

Après un passage des impressionnistes Degas, Manet, Gauguin, Van Gogh, Morisot, Renoir et Monet, c’est Paul Cézanne qui habite les murs de la Fondation artistique. Il est d’ailleurs un emblème de ce mouvement. Père de la modernité picturale, il choqua par son style épais et tacheté. Il permit l’audacieuse innovation d’une lumière qui fait vivre autant les paysages que les visages. Cela ne se déploya pas sans un manque de reconnaissance à son époque, et une grande solitude.

Un titre symphonique

Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition, s’est tout naturellement inspiré de l’état d’âme du personnage pour le choix du titre : Le Chant de la Terre. C’est le nom d’une symphonie de Mahler, dont les liens à Cézanne paraissent parler d’eux-mêmes. Dans un entretien au Figaro, le commissaire expliquait : « Ce sentiment de terrien qui est celui de Cézanne, ce marcheur accroché à sa lande, à sa terre, mort après avoir peint des heures sous la pluie, m’a semblé en profonde résonnance avec Le Chant de la Terre de Mahler. J’ai réécouté cet ensemble de lieder écrit pour voix seule : Cézanne lui aussi est seul, et l’orchestration de ses coloris, de ses panoramas, de ses mondes intérieurs, donne à sa peinture une dimension symphonique. La rencontre avec Mahler m’a semblé naturelle. » Lire la suite Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

« Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », mars 1958 – décembre 1969

Le Regard Libre N° 26 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (5/6)

Embarras, incertitudes et lassitudes pétrissent les missives de Corinna Bille et Maurice Chappaz. Tout particulièrement celles du quatrième chapitre de Jours fastes, « Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », présentant les échanges de 1958 à 1969. Reste, pour la gloire de l’amour, une partie majeure d’affection et de tendresse entre les deux écrivains. Dans un langage toujours aussi vrai ; à eux la parole.

Tourments laboureurs

« Je crois que j’arriverai à sortir des embarras financiers.
Je pense à toi chaque jour. J’espère arriver à une époque où tu seras déchargée. Je n’ai pas toujours de la patience, certes mais je me laisse prendre par les soucis, les obsessions lorsque je ne peux pas retrouver la joie dans la poésie, dans l’écriture.
Mais tu es toujours en moi comme ma plus belle certitude.
Je t’embrasse ainsi que les petits.
Maurice »

C’est un Maurice bien angoissé qui se retrouve tout au long de cette partie de correspondance. Il n’en désire pas moins des lendemains plus sereins, dans une confiance ardente. Lire la suite « Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », mars 1958 – décembre 1969

Du renoncement

Le Regard Libre N° 22 – Sébastien Oreiller

La philosophie orientale, notamment la Baghavad Gita, met souvent en avant le principe du renoncement, renoncement aux désirs et aux attaches matérielles. Hermann Hesse, dans son Siddharta, s’inspire de cette idée du renoncement, tout en l’adaptant à notre optique occidentale, judéo-chrétienne : la conclusion du roman, à travers l’image du fleuve, nous laisse entrevoir le cours de la vie comme étant véritablement le sens du Tout et de l’Un. Exit donc l’idée d’un ermite, à moitié nu, dans une grotte de l’Himalaya. Cette interprétation me paraît attrayante, car elle s’écarte du dessèchement matériel et émotionnel, tout en mettant l’accent sur l’acceptation de son propre sens de la vie, indépendant et pourtant intrinsèquement lié à la vie des autres.

La « Maya » est l’illusion du monde, l’illusion de la réalité des choses. Sans entrer dans un débat platonicien sur les idées, la caverne et autres, restons concrets et disons simplement que la Maya, à notre niveau de tous les jours, peut être l’illusion de l’importance que l’on donne à certaines choses, nous-mêmes, mais surtout les autres. Tous les groupes, qu’il s’agisse de groupes d’âge, de groupes sociaux ou culturels, définissent certains éléments comme ayant plus ou moins de valeur. Sans aller jusqu’à parler d’inconscient collectif pour des faits qui restent, somme toute, bien triviaux, il serait assez justifié de qualifier ces éléments d’habitus, à la suite de Bourdieu, que je n’aime pourtant pas beaucoup. On est bien dans tel groupe, parce que l’on possède ceci, parce que l’on fait cela ; paradoxalement, ceux qui prétendent le plus à l’indépendance, voire à l’irrévérence face aux exigences sociales, peuvent peut-être se le permettre parce que ce sont ceux qui répondent le mieux à ces mêmes critères, des poissons dans l’eau pourrions-nous dire, qui n’ont rien de guérilleros, quoiqu’ils s’en donnent les apparences… Lire la suite Du renoncement

De la solitude

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Léo Ferré la chanta, Charles Baudelaire la proclama, Caspar David Friedrich la peignit, Jean-Paul Sartre la pensa philosophiquement. Il s’agit de la solitude. Cette belle rose piquante qui blesse à s’en saisir, mais dont on ne peut se passer.

« Celui qui n’a jamais été seul au moins une fois dans sa vie », qui est-il ? Existe-t-il du moins ? Si l’homme est, par nature, un être social, il a besoin aussi, par cette même nature, de se retrouver face à son propre mystère, à savoir lui-même.

Je ne prétendrai pas ériger ici une histoire des conceptions et représentations de la solitude à travers les âges, ni de l’expliquer à la lumière des théories de grands psychanalystes. Je désire simplement livrer une brève pensée par la question suivante : la solitude peut-elle être le terreau de l’ouverture à autrui ? Lire la suite De la solitude

François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Loris S. Musumeci

François-Xavier Putallaz est professeur de philosophie à l’Université de Fribourg notamment, membre du Comité national d’éthique et membre du Comité international de bioéthique de l’UNESCO.

Loris S. Musumeci : Nous approchons de la grande fête de Noël. Les rues sont illuminées, les centres commerciaux se transforment en étouffants labyrinthes desquels on ne peut sortir tant que l’on n’a pas trouvé, haletant en folie, tous les cadeaux parfaits pour nos proches. Dans cette période d’affolement, il nous plairait de comprendre le véritable sens du Noël. Pourriez-vous nous décrire ce que cette fête est originellement ?

François-Xavier Putallaz : Noël est inouï ! La naissance d’un être humain, déjà, est magnifique, car c’est l’éclosion d’une vie nouvelle. Alors pensez : une seule fois dans l’histoire, un homme est né, dont la personne est Dieu lui-même. A Noël, Dieu est né en tant qu’homme. Celui qui n’a pas de commencement, Celui par qui tout a été fait, Celui qui tient toute chose au-dessus du néant, le voici qu’il naît petit enfant : pauvre, fragile et dépouillé. Noël, c’est ce mystère de l’amour. Comment ne pas le célébrer chaque année ? C’est l’événement le plus inouï de l’histoire humaine ! Lire la suite François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

Permettons Noël

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Jonas Follonier

« A vous autres, hommes faibles et merveilleux, Qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu. Il faut qu’une main posée sur votre épaule Vous pousse vers la vie, Cette main tendre et légère. » Ainsi s’ouvre la meilleure chanson du monde, Quelque chose de Tennessee. Ainsi s’ouvre notre édition spéciale NOËL 2015.

Les fêtes de fin d’année constituent la période où les familles se réunissent et où l’on clôt l’année en beauté, avec un flot d’amour et d’optimisme. Or au moment où l’on expose ses projets pour l’an prochain, où l’on revient sur les grands moments que nous avons vécus, où l’on s’émerveille des récits d’autrui, il y a des personnes qui souffrent de leur faiblesse, de leur vieillesse, de leur maladie, de leur solitude surtout. C’est le moment où l’homme qui n’a rien (ou croit ne rien avoir) a le plus conscience de ce néant. Lire la suite Permettons Noël

Vivre seul en réaction à une société que l’on n’aime pas ?

Le Regard Libre N° 2 – SoΦiamica

Je suis en ce moment-même sur la terrasse d’un café à Lausanne : deux vieilles dames discutent « du bon temps » à ma droite ; deux jeunes filles se plaignent de leur situation amoureuse à ma gauche ; une autre encore, à peine assise, se met à appeler quelqu’un « pour discuter », en attendant son véritable rendez-vous. Lire la suite Vivre seul en réaction à une société que l’on n’aime pas ?