L’indécent enfermement de nos aînés

Le Regard Libre N° 68 – Giovanni F. Ryffel (courrier des lecteurs)

Les mesures restrictives dans les maisons de retraite sont un scandale d’inhumanité. Il y a des personnes qui souffrent d’une solitude lacérante, arrachées comme elles le sont à leurs proches; les dépressions les plus mortifiantes ne peuvent être guéries que par le contact et la présence vivante des proches, et c’est précisément ce qu’on limite maintenant au-delà de toute prudence raisonnable; cela débouche en une évidente injustice. Il y a même ceux qui sont en phase terminale de la vie et qui ne peuvent pas être correctement accompagnés par ceux qui les aiment. Est-ce une lutte efficace contre le Covid que de leur imposer une mort solitaire?

La médecine sert à soigner et non pas à empêcher de mourir ou de tomber malade. Que les médecins cantonaux et les gouvernants pensent à guérir. A la mort pensera notre conscience, notre liberté, notre responsabilité, en un mot: notre cœur. Face à la mort, il faut pouvoir être présent: sinon, pourquoi les soldats qui, en la défiant, nous ont libérés dans les guerres du passé se sont-ils battus? A quoi servent les médecins qui ont été en première ligne en mars et, avant, dans les régions où depuis des décennies les épidémies frappaient? A quoi bon travailler et gagner de l’argent si vous ne pouvez vivre les moments décisifs de manière humaine? Et de cela participe le fait d’être accompagné dans les grandes maladies, notamment mortelles!

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Est-ce pour maintenir en vie un grand nombre de cellules que nous luttons contre la pandémie? Est-ce cela, la vie? S’agit-il seulement de l’existence biologique à l’état brut? Non! La vie, ce sont les autres qui vous la donnent par leur présence, sinon ce n’est que la faculté d’un corps de générer son propre mouvement… un peu pauvre pour un humain. Même si les autorités estiment que c’est la seule caractéristique suffisante, cela implique-t-il qu’elles voient comme cela les citoyens? Sommes-nous seulement des sacs d’atomes? Des individus à gérer? Un problème à régler? Voulez-vous simplement vous protéger d’éventuelles représailles lors des prochaines élections pour ne pas avoir géré la poursuite de la pandémie comme «tous les autres» (ce qui voudra dire au fin du compte avec inhumanité)? Trouvez-vous vraiment des raisons de vous féliciter de vos actions dans des mesures qui déchirent des familles, qui anéantissent des personnes psychologiquement faibles, qui tuent la dignité dans la mort?

Je demande à tous ceux qui comprennent la douleur de cette situation de réagir et ne pas maintenir le silence qui nous entoure. Parce que nous nous battons pour guérir et pour que la vie vaille la peine d’être vécue, et non pour un DELIRE sanitaire dans lequel on s’entête comme si on voulait éradiquer chaque virus jusqu’au dernier, mais cela relève de l’utopie, ou pire, du délire d’immortalité. Cela s’apparente plus à une psychose hygiéniste qu’à une gestion politique.

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La politique, c’est l’art du bien vivre ensemble, non pas de la survie, enseignait Aristote. La survie appartient aux sauvages. Or, dans les maisons de retraite on ne s’occupe plus que de la survie nue et crue. Du coup, est-ce encore de la bonne politique ou sommes-nous en train de glisser à l’état sauvage?

Les solutions organisationnelles ne peuvent et ne doivent pas être aussi humiliantes pour tous ceux qui ont déjà suffisamment fait leurs preuves! Quelle compréhension (ou mieux: quelle incompréhension) de l’être humain peut pousser à prendre de tels choix? Seul le calcul à froid rend possible de telles abominations. L’hybris sanitaire. Seul celui qui n’a pas approfondi ce qu’est l’être humain peut être tenté de le traiter par des calculs et des règles de fer. Celui qui n’a jamais affronté la question du sens de manière adulte dans sa vie, c’est celui qui ne comprend pas l’imperfection. Dès lors, il cherche la perfection, mais puisqu’elle n’est pas atteignable, il crée la douleur autour de lui. On voit aujourd’hui à quoi ça mène d’avoir une élite de techniciens qui ignore l’importance des questionnements philosophiques les plus vitaux. Des injustices en découlent et des souffrances inutiles. C’est pourquoi il faut les dénoncer. Il faut que ceux qui ont les connaissances et le pouvoir légal et économique de nous aider à sortir de cette folie puissent s’éveiller et apporter leur aide.

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Et toute personne qui se soucie vraiment des plus faibles devrait pouvoir se remettre en question, voire être en désaccord ou agir contre la propagation du virus de l’extrémisme hygiéniste qui brise les genoux des affects les plus fondamentaux de l’être humain et de la dignité pour laquelle nous vivons.

Giovanni F. Ryffel est professeur de philosophie et d’italien dans un lycée tessinois. Ce courrier des lecteurs nous a été envoyé le 24 octobre 2020.

Envoyez-nous vos courriers de lecteurs par e-mail à redaction@leregardlibre.com ou par voie postale à la revue Le Regard Libre, Rue de l’Orée 98, CH-2000 Neuchâtel. Nous nous réjouissons de vous lire.

Crédit photo: Matej / Pexel

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