Escapade baroque au « Bal des Laze »

La richesse de la chanson française (2/6)

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

Ce n’est pas un hasard si la période baroque de l’histoire littéraire, qui s’étend de 1580 à 1640, a été redécouverte dans les études des années 1960 : des thèmes comme le changement, l’artifice et la singularité qui caractérisaient la poésie de Chassignet et le théâtre de Viau s’avèrent être aussi les principales revendications du mouvement de mai 68.

Ce n’est donc pas un hasard non plus si l’on retrouve l’esthétique baroque dans la musique des années 60. La chanson française avait besoin de sortir des sixties et de trouver un nouveau support musical qui fût plus élaboré que celui des yéyés, ces chanteurs débutants. Au rockabilly, au rock ‘n’ roll, au folk rock et à la naissante pop rock succéda un genre musical passé inaperçu et pourtant fondamental : la pop baroque.

Rien de tel pour découvrir cette mine d’or que d’écouter le second album de Michel Polnareff, paru comme par hasard en 1968 : Le Bal des Laze, trente-trois minutes de pur génie. Dès le premier morceau, Jour après jour, les thèmes baroques s’invitent dans la musique : « Jour après jour / Je change de visage / Comme de paysage / Oh ! mon amour ». Le temps qui passe, l’inconstance et l’amour sont transcendés par un piano, des cordes et des cuivres rappelant la musique baroque et par le talent de Polnareff pour les mélodies.

Cependant, cet album invite aussi à jouir des plaisirs de la vie. Les grands sentiments humains expriment le mépris de la jeunesse envers les codes de la vieille société ; Jacques Vallée des Barreaux, poète libertin et épicurien, aurait pu écrire quatre siècles plus tôt les paroles de la chanson : « Il faut essayer avant de se marier / Elle est loin, la mode de la virginité / Il n’y a pas de paradis sans amour. »

Troisième titre emblématique, Mes regrets laisse sans voix. Construite sur un thème musical joué au clavecin, la chanson aborde à nouveau la source d’inquiétude qu’est le mouvement et sublime le tracas amoureux : « Il faut dire que tout change si rapidement / Je dois fermer les yeux pour te voir comme avant. » Mais c’est la dixième chanson de l’album qui pousse l’art à sa perfection ; Le Bal des Laze met à l’honneur l’orgue Hammond – accompagnée d’une basse – et aborde la thématique du meurtre passionnel. Polnareff aurait enregistré son chef d’œuvre avec cinq mille bougies dans son studio, afin d’obtenir une atmosphère angoissante et mystique. Mythe ou réalité ? A vous de juger !

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com


Crédit photo : © Monsieur Vintage

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