Cinquante nuances de ridicule

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pas de règles, pas de châtiments, plus de secrets. »

La vie d’Anastasia Steele (Dakota Johnson) a repris son cours. Elle sort avec ses amis, travaille dans une importante maison d’édition et loge dans un charmant petit appartement du centre-ville. Un soir, tout bascule. Lors d’une exposition photographique, le bellâtre Christian Grey (Jamie Dornan) vient retrouver son amour perdu : sa « soumise », la victime de ses pratiques sadomasochistes les plus torrides.

La jeune éditrice paraît vouloir se refuser à son irrésistible amant d’antan. Une parole de la voix grave du mâle, et elle cède. Plus tard, dans la même soirée, l’heure sera au retour de l’union des corps. Mais attention, les deux tourtereaux ont pris la ferme décision d’une relation saine, sans violence sexuelle. Y parviendront-ils, sachant que Christian garde des idées toujours aussi chaudes et qu’Anastasia n’a jamais oublié les douces fessées d’autrefois ?

Il est difficile d’en raconter davantage. L’histoire, si elle peut être nommée ainsi, est vide, totalement. Entre stéréotypes ridicules et schéma on ne peut plus répétitif, tout est révélé d’avance. Dès les premières minutes du film, le spectateur peut aisément quitter la salle de cinéma sans manquer un seul élément digne d’intérêt.

Cinquante nuances plus sombres n’est cependant pas seulement une logorrhée de niaiserie, elle s’abaisse également à une insulte artistique, un gâchis sentimental et une catastrophe psychologique. La dernière critique s’adresse à Christian, Anastasia, mais encore à tout personnage dont l’apparition reste des plus infimes. Chaque acteur fait pitié ; aucun n’est un tant soit peu convaincant.

La riche famille du sadomasochiste, pour l’exemple, tâche de s’ériger en noble gent. Empêtrée dans les affaires d’une haute bourgeoisie, forcément corrompue et bienfaisante, elle voudrait laisser transparaître à quel point ses membres sont fins et mentalement subtils. Il n’en est rien toutefois ! Grace Grey, mère du protagoniste, s’essaie à la grandeur d’une femme de bonnes mœurs, d’une élégance parfaite et d’une tendresse maternelle immaculée. Pourtant, son personnage sue de mièvrerie à épaisses gouttes. Même lorsqu’elle pleure de déception vis-à-vis de son fils rebelle, elle ne sait susciter qu’un rire las du public. C’est dommage, car la précieuse ridicule est interprétée par Marcia Gay Harden, riche d’un Oscar.

Christian, malgré son langage exclusivement – ou presque – à l’impératif, ne possède pas plus de caractère que sa mère. On peut retenir de lui qu’il est extrêmement possessif et plutôt colérique. Autrement, il ne demeure qu’une machine à sexe et à ordres. Que ses sentiments lui soient laissés : il prétend tout de même fondre d’amour pour Anastasia. Heureusement que le scénario l’indique maladroitement, et que Jamie Dornan réussit à le réciter de manière compréhensible – son jeu laisse fortement à désirer.

Anastasia, quel délice de femme moderne ! Elle est mignonne, elle parfume de séduction aux narines de tous les hommes. Et elle est surtout très intelligente. Bien sûr, puisqu’elle travaille dans l’édition. Ses références littéraires ne sont malgré tout aucunement évoquées. Un vrai salut : c’eût été un massacre, au su du style sublime de chaque dialogue. En fait, le terme exact pour définir Anastasia, au-delà de son statut social et professionnel, n’est autre que : cruche.

La jeune soumise ne s’impose pas. Elle reçoit, toujours et encore, les fantasmes de Christian. Parfois elle a l’air de se mettre en colère, mais tout est résolu après trente secondes car son bien aimé est quand même trop craquant. Les seuls moments durant lesquels l’archétype de Barbie parle avec un peu d’assurance ouvrent un bal de désespoir : « Je suis beaucoup trop couverte. Déshabille-moi. », plus délicatement : « Je te veux toi, toi, tout entier », et la crème de la crème : « Je veux que tu me donnes une fessée ». Une personnalité impressionnante, un vrai modèle de femme !

Quant à l’amour, le (trop)-long métrage n’offre rien de satisfaisant. Est-on censé donner matière à rêver en exposant une Cendrillon malmenée par un prince tout sauf charmant ? Une relation alimentée par la seule fornication peut exciter un certain temps. Non plus que cela. En réalité, même si le film se présente sous le genre de la romance érotique, il n’est ni romantique, par son absence totale d’amour, ni doté d’un minimum d’érotisme.

L’érotisme ne peut avoir lieu que dans la mesure où il repose sur un contenu artistique. Or il n’est pas question d’art dans Cinquante nuances plus sombres. Les scènes d’attouchements virent, en un instant, du feuilleton pitoyable – une référence adéquate serait celle de Top Models – à la pornographie d’une vidéo d’amateur. Les orgasmes exagérés, les joyeuses sodomies et autres usages pervers en sont la cause. Le spectateur en quête d’aphrodisie reste sur sa déception.

Il convient enfin d’accorder à James Foley quelque compliment. Ne serait-ce que par son succès à dépenser tout l’argent dont il avait à disposition pour réaliser un tel déchet. Aussi, le choix des deux acteurs principaux n’est évidemment pas complètement manqué : les corps musclé et svelte de Christian et Anastasia respectivement demeurent agréables à regarder. L’allure alléchante de l’un comme de l’autre mériterait une meilleure mise en scène. Leurs personnages, en effet, leur retirent tout charme tant ils hurlent de stupidité.

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © img.bfmtv.com

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