Archives par mot-clé : érotisme

«Portnoy et son complexe»

Le Regard Libre N° 43 – Jonas Follonier

Dossier spécial Philip Roth (4/4)

Un petit livre incontournable que Portnoy et son complexe, roman de 1969 ayant valu à l’Américain Philip Roth sa sulfureuse notoriété. L’auteur avait déjà publié un recueil de nouvelles dix ans plus tôt, Goodbye, Columbus, qui n’avait pas obtenu le succès. Néanmoins, les thèmes obsessionnels de Roth étaient déjà présents, à commencer bien sûr par la judéité. Obsessionnel, cet écrivain l’est assurément, comme tous les génies. Imaginez un Tarantino qui ne fût pas obsessionnel, de même qu’un Proust, un Polnareff, un Flaubert ou un Kubrick. Et il est une obsession qui parcourt tout Portnoy et son complexe: celle du sexe.

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« Call me by your name » ou l’histoire d’un premier amour

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Été 1983, au nord de l’Italie, le jeune Elio Perlman (Timothée Chalamet), dix-sept ans, passe les vacances avec sa famille dans leur maison isolée. Son père est professeur et spécialiste de l’histoire gréco-romaine, dont la majeure partie de ses objets d’étude se trouvent sur la péninsule italienne. C’est pourquoi il convie son doctorant américain, Oliver (Armie Hammer), à passer six semaines dans sa villa italienne afin d’étudier les quelques statues retrouvées en région lombarde.

Les vacances en Italie sont rythmées par les baignades, les sorties, la musique et la découverte d’une contrée paisible. Cependant, cet été ne va ressembler à aucun autre pour Elio. C’est en effet pendant ces quelques semaines que son identité va évoluer à travers les différentes romances qu’il va expérimenter, notamment celle avec le charmant Oliver.

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Cinquante nuances plus ridicules encore

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Le couple Grey est de retour sur les écrans. Ce troisième et ultime film d’une saga qui – nous l’espérons – finira aux oubliettes, s’ouvre sur le mariage en grande pompe de Christian et Anastasia. S’ensuit un voyage de noces à Paris puis au bord de la plage – devant tant de clichés, on pense immédiatement à Flaubert et son Dictionnaire des idées reçues ou Catalogue des opinions chic : « PARIS : La grande prostituée. Paradis des femmes, enfer des chevaux. […] ITALIE : Doit se voir immédiatement après le mariage. Donne bien des déceptions, n’est pas si belle qu’on dit. »

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Marc Chagall, « L’Anniversaire »

Le Regard Libre N° 28 – Loris S. Musumeci

Regard vers le peintre-poète : Chagall (1/3)

Marc Chagall (1887-1985) est considéré comme l’un des plus grands peintres du XXe siècle. Trois épisodes lui sont consacrés pour caresser son œuvre qui n’est pas que peinture. Elle est aussi poésie. Vers d’un amour ailé et coloré qui se laissent contempler par L’Anniversaire (1915).

Des essais cubistes aux tentations de la violence fauviste, jusqu’au plongeon dans la lumière de l’orphisme, Chagall demeure inclassable. Il est un style, une manière à soi dans ses élans d’évolutions et variations. Son huile sur toile L’Anniversaire s’inscrit dans ce mouvement, bien qu’elle étonne au premier regard. Est-ce vraiment du Chagall ? Point de juif hassidique jouant du violon en louchant, point de chèvre, d’ange déchu ou de Christ. Mais l’amour d’un jeune couple, aussi léger et vivace que le décor de l’appartement. Continuer la lecture de Marc Chagall, « L’Anniversaire »

Cinquante nuances de ridicule

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pas de règles, pas de châtiments, plus de secrets. »

La vie d’Anastasia Steele (Dakota Johnson) a repris son cours. Elle sort avec ses amis, travaille dans une importante maison d’édition et loge dans un charmant petit appartement du centre-ville. Un soir, tout bascule. Lors d’une exposition photographique, le bellâtre Christian Grey (Jamie Dornan) vient retrouver son amour perdu : sa « soumise », la victime de ses pratiques sadomasochistes les plus torrides.

La jeune éditrice paraît vouloir se refuser à son irrésistible amant d’antan. Une parole de la voix grave du mâle, et elle cède. Plus tard, dans la même soirée, l’heure sera au retour de l’union des corps. Mais attention, les deux tourtereaux ont pris la ferme décision d’une relation saine, sans violence sexuelle. Y parviendront-ils, sachant que Christian garde des idées toujours aussi chaudes et qu’Anastasia n’a jamais oublié les douces fessées d’autrefois ?

Il est difficile d’en raconter davantage. L’histoire, si elle peut être nommée ainsi, est vide, totalement. Entre stéréotypes ridicules et schéma on ne peut plus répétitif, tout est révélé d’avance. Dès les premières minutes du film, le spectateur peut aisément quitter la salle de cinéma sans manquer un seul élément digne d’intérêt. Continuer la lecture de Cinquante nuances de ridicule

Fromage, ou la recette de vie

Le Regard Libre N° 25 – Loris S. Musumeci

Après que les doigts eurent caressé les onctueuses mamelles dans une traite intime, le seau fut généreusement rempli de lait blanc, pur et gras. La vache, toute épanouie de son don, meugle un chant nouveau. Le matin se lève : appelant, par la tendresse de ses premiers rayons, un petit-déjeuner qui fournit force et courage pour affronter un jour entier, dans la sueur lancinante des champs et des étables.

Le café est prêt, le lait encore chaud et le pain juste dur de la veille. Les nouvelles à la radiodiffusion, mauvaises et habituelles, tiennent compagnie durant le repas frugal.

Une fois les manches retroussées, le feu crépit déjà sous la casserole abondant du précieux liquide, pour une quantité de trente-cinq litres en exemple. Porté à l’approximative température de trente-sept petits degrés, trois cuillères à café de présure, tirée de la caillette des ruminants, se joignent à la douce boisson. Le mélange doit, à ce point, reposer une heure ; le feu le suit dans un sommeil de la même durée. Continuer la lecture de Fromage, ou la recette de vie

De l’érotisme

Le Regard Libre N° 17 – Loris S. Musumeci

Je voudrais accourir aux pieds de mademoiselle, l’embraser de mes bras de feu, sentir son cou parfumé de grâce, caresser ses seins onctueux couverts d’un fin tissu blanc qui lui sert de robe, découvrir ses lèvres fines et souples, mais je me contente de la regarder, belle qu’elle est, manifestant son être à mes yeux. Pourquoi ce désir brûle-t-il en moi ? Parce qu’Eros l’a insufflé en moi, et il l’a insufflé en chaque homme, en chaque femme. Il y a donc quelque chose de naturel en moi qui accélère le rythme dansant de mon cœur, serre ma gorge et déstabilise mon corps entier par un léger tremblement de jambes lorsque face à moi se révèle, fascinante, la douce colombe.

Si c’est bel et bien Eros qui m’a fait cadeau du désir, il s’agit de le penser par l’érotisme, objet de la présente réflexion. Avant tout, il ne faut pas confondre érotisme et pornographie. Le premier fait délicatement émaner la chaleur de la chair, la seconde crache la froideur de la femme-objet, une poupée dans tous les sens du terme. Le premier chante sotto-voce un léger orgasme, la seconde hurle de douleur. Le premier disparaît, la seconde tue le premier et se déploie malicieusement partout. A l’heure où la pornographie, discrètement escamotée, se trouve à deux « clics » de ma main, soumise au triste voyeurisme, il est essentiel d’établir une nette et rigide distinction avec l’érotisme pour le comprendre. Continuer la lecture de De l’érotisme