Alexandra Lamy et José Garcia chamboulent tout

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Chamboultout réunit sous la direction d’Eric Lavaine un José Garcia en pleine forme d’acteur et une Alexandre Lamay au sourire plus doux, plus franc et plus tragique que jamais, interprétant une histoire très touchante. Un exemple de plus d’un cinéma français réussi et universel.

Béatrice (Alexandre Lamy) et son mari Frédéric (José Garcia) ont vécu un drame: un beau jour, ils jouaient au tennis, ils étaient bien et, tout à coup, patatras!, Frédéric se fait rentrer dedans par un véhicule. De l’accident s’ensuit un coma de 126 jours. Une longue sieste que Béatrice doit expliquer tant bien que mal à leurs trois enfants. A son réveil, le père de famille ne voit plus. Mais en plus d’être aveugle, il souffre d’un grand déficit cognitif. Dépourvu de mémoire à court terme, Frédéric a aussi tendance à dire tout ce qu’il pense. Ce qui se caractérise souvent par «J’ai faim.»

Cette situation mise en place par un scénario bien écrit donne lieu à toute une série de drôleries qui font de ce film d’Eric Lavaine une véritable comédie. Mais point de franchouillardises à la Dany Boon – sauf peut-être la participation médiocre d’un Michaël Youn incarnant un personnage encore plus nul que lui. Le jeu des autres acteurs comme la plupart des blagues relèvent d’une légèreté travaillée, en phase avec le drame sous-jacent. Chamboultout, en bonne comédie dramatique française encline à plaire à l’auteur de ces lignes, s’érige donc en «voie du milieu», ni beauf ni intello, pour reprendre l’expression de Fabrice Luchini parlant du Mystère Henri Pick sur le plateau de Laurent Delahousse.

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Ce film est une idée de génie pour montrer tous les faux-semblants de la société, les méchancetés quotidiennes, la dictature du futile et du rigolo, le manque de profondeur des gens. Finalement, c’est tout cet attroupement qui est ridicule, pas le malade. C’est la troupe, le groupe, la soupe de la majorité qui ne comprend souvent pas grand chose, qui ment, qui paraît plus qu’elle n’est. Le personnage de Frédéric, lui, incarne l’individu, dans sa souffrance, dans son impuissance, dans sa détresse. «Quand tout ça sera fini, on se fera un joli weekend tous les deux, ça sera bien.»

Mais hors de question pour un long-métrage de cette envergure artistique de s’arrêter à ce diagnostic froid et juste. Il s’agit de porter un message d’espoir et non de désespoir, de piété et non de pitié. Une prière laïque pour la vie, pour l’amélioration individuelle et générale. Et c’est la musique, le piano, qui permet de guérir. De nous guider. De nous aider à y voir plus clair, aveugles que nous sommes. Pas pour rien que le film se conclut sur cette perle d’un fameux Berger, j’ai nommé Michel:

«On se regarde tous avec indifférence
En chiens de faïence
Si on se rapproche, si par hasard on danse
C’est comme une défaillance
Mais moi
Tu vois
J’ai toi
Tu es ma lumière du jour
Tu es mon ultime recours
Et je t’appelle au secours
Perdu dans la nuit qui m’entoure
Mais comment vivre, dans un trou noir
Moi j’ai besoin d’y voir»

Michel Berger, Lumière du jour (1983)

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com


Crédit photo: © JMH Distributions

CHAMBOULTOUT
FRANCE, 2019
Réalisation: Eric Lavaine
Scénario: Eric Lavaine, Bruno Lavaine, Barbara Halary-Lafond
Interprétation: José Garcia, Alexandra Lamy, Michaël Youn, Anne Marivin, Medi Sadoun, Michel Vuillermoz
Production: Same Player, Gaumont, Scope Pictures, TF1 Films Production
Distribution: JMH Distributions
Durée: 1h40
Sortie: 3 avril 2019
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