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« Les Heures sombres », de Joe Wright

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

10 mai 1940, Winston Churchill devient le Premier Ministre du Royaume-Uni. Mais il n’est pas le premier choix, et l’heure est grave, car l’Europe est en guerre. C’est un Gary Oldman métamorphosé qui a eu la tâche exigeante, mais très réussie, d’endosser le rôle de l’indomptable et déterminé Churchill. L’acteur rend un hommage inimaginable à cette figure à la fois forte, mais aussi en proie à des moments de faiblesse et de vulnérabilité que le film met en scène avec brio.

En effet, le réalisateur Joe Wright a su insister sur le fait que Churchill est aussi un homme qui demeure seul dans ses idées et ses actes. Personne ne le soutient en ce début mai 1940. Ces heures sombres sont esthétiquement présentes, la plupart des scènes politiques se déroule en intérieur, avec des lumières tamisées et dans des pièces étroites. Du côté privé, Churchill se trouve dans de grands espaces avec de hautes fenêtres qui laissent généreusement le soleil illuminer le visage de ses proches. Lire la suite « Les Heures sombres », de Joe Wright

« Anna Karenina » : La névrose est plus belle en VO

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le langage claque aux oreilles. La sécheresse du russe, langue originale du film, laisse au spectateur la mission délicate et exigeante de s’imaginer l’équivalent dans sa langue. Ce qui, bien qu’aidé par les sous-titres, représente un exercice ardu. Ce film est sans doute une source de motivation inégalable pour apprendre l’alphabet cyrillique, tant la spontanéité des échanges semble prégnante et juste. La magie se perd quelque peu dans la traduction, mais l’essentiel reste.

Le charme des acteurs principaux, Elizaveta Boïarskaïa dans le rôle d’Anna Karénine et le renversant amant, Maxime Matveïev, qui se glisse parfaitement dans les habits du Comte Vronski, est indiscutable. En face, le mari éconduit, d’une froideur saisissante, Vitaliy Kishchenko, ravira les fans de Poutine, tant sa ressemblance est saisissante. Lire la suite « Anna Karenina » : La névrose est plus belle en VO

« La Villa », un petit chef d’œuvre

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

« Pourquoi tu es venue ?
– Le docteur a dit qu’il le fallait.
– Tu es venue juste pour ça ?
– Ouais. »

Telle est la première réplique de La Villa, un film racontant l’histoire de frères et de sœurs sexagénaires allant rejoindre leur père atteint d’une attaque, dans une calanque de la région marseillaise. Un film sur la famille, donc, mais aussi sur le temps qui passe et sur la manière de rester fidèle à des idéaux familiaux de bien commun et d’altruisme dans une société aujourd’hui capitaliste.

Ces questions peuvent paraître banales, et ce n’est pas la première fois que Robert Guédiguian les traite dans ses films. Cependant, La Villa a le mérite d’aborder ces problèmes de manière fine et économe, le tout dans des couleurs et des situations enveloppées de lyrisme. Quant aux acteurs, c’est l’excellence même : Ariane Ascaride dans sa tristesse, Jean-Pierre Darroussin dans son cynisme naturel, Anaïs Demoustier dans sa beauté, Gérard Meylan dans son humanité. Lire la suite « La Villa », un petit chef d’œuvre

Rencontre avec Guillaume Gallienne, pour son nouveau film « Maryline »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Guillaume Gallienne est un comédien et cinéaste qui s’est forgé une place de premier choix dans le paysage cinématographique français. Sociétaire de la Comédie-Française, il a été récompensé de deux Molières en 2010 et en 2011 ainsi que de quatre Césars en 2014 pour son premier film, aussi touchant qu’hilarant, Les Garçons et Guillaume, à table !. Cette année, Guillaume Gallienne livre un second long métrage puisant dans la veine dramatique, avec toujours en arrière-fond la thématique du jeu d’acteur. Rencontre à Lausanne quelques jours avant la sortie de Maryline.

Jonas Follonier : Maryline est un film sur le cinéma, sur le mutisme et sur l’alcoolisme notamment. Vous êtes-vous inspiré d’éléments réels, que vous avez vus ou vécus, pour la conception de ce film ?

Guillaume Gallienne : Ce film m’a été inspiré par une femme que j’ai rencontrée il y a quinze ans. Il s’agit d’une personne d’une grande humilité, qui m’a beaucoup touché. Elle m’a raconté sa vie. Son histoire m’a bouleversé, je la porte en moi depuis quinze ans. C’est avant tout l’histoire d’une femme qui n’a pas les mots pour se défendre et qui, malgré les humiliations et grâce à la bienveillance, va trouver son envol. J’ai choisi le cinéma et le théâtre comme un contexte, qui m’a permis d’exacerber mon propos. C’est en effet l’un des rares métiers où l’on vous dit : « Il faut tourner ici et maintenant, action ! »

Qu’est-ce qui vous a fait choisir Adeline d’Hermy, elle aussi sociétaire de la Comédie-Française, pour le rôle principal ?

J’ai rencontré Adeline lorsqu’elle est entrée à la Comédie-Française il y a six ans. Ce qui m’a d’abord impressionné chez elle, c’est l’humilité du personnage. Je pense que c’est quelque chose qui ne se compose pas. Ensuite, le film est construit comme une chronique, mais je visais le drame. Je savais qu’Adeline porterait ce drame de part en part et qu’elle tirerait le fil dramatique jusqu’au bout. Aussi, Adeline vient de la danse ; elle peut donc exprimer sans parler, et elle a l’art de s’exprimer dans le minuscule : dans un cou qui se tend, dans un mouvement d’épaule, dans une position du corps. Enfin, on sent que c’est une personne qui vient de sa campagne. Lire la suite Rencontre avec Guillaume Gallienne, pour son nouveau film « Maryline »

« Au revoir là-haut »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« – C’est une longue histoire compliquée.
– On a tout notre temps. »

Les visages masqués d’une sombre et épaisse poussière sont ceux des soldats dans les tranchées en 1918. La fatigue, la peur et la misère les replient dans leur uniforme bleu. Un seul regard contrastant est aussi assuré que satisfait, élevé par la fumée d’une cigarette : le lieutenant Pradelle (Laurent Lafitte). Sa fougue le pousse à envoyer des hommes au massacre.

Parmi eux, le jeune Edouard (Nahuel Pérez Biscayart), qui s’amuse à dessiner secrètement son supérieur de manière caricaturale, ainsi qu’un comptable plus âgé, Albert (Albert Dupontel), cachant les dessins de son camarade. En pleine attaque des Allemands, ce dernier se retrouve coincé sous la terre, affolée dans l’éclat d’une bombe, avec le cadavre d’un cheval. Son compagnon le sauve héroïquement, avant de n’être à son tour éjecté par une balle. Son visage est défiguré, en sang. La forme de sa bouche se découvre cruellement envahie par l’absence de mâchoire. Dès lors, les deux amis ne se quittent plus. Lire la suite « Au revoir là-haut »

Les bons sentiments s’invitent dans « L’Atelier »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Olivia (Marina Foïs) est un écrivain parisien reconnu. Elle se voit rémunérée pour donner un atelier d’écriture au Sud de la France à des jeunes à l’avenir incertain, des jeunes en errance. Parmi eux, des personnes de différentes origines reflétant la France d’aujourd’hui. Le travail d’Olivia ne va pas s’effectuer facilement, car l’entente au sein du groupe va rapidement s’effriter.

L’un des participants, Antoine (Matthieu Lucci), va s’attirer la méfiance de ses camarades par son attitude provocatrice et ses propos « d’extrême-droite ». C’est sans aucun doute aussi la jalousie qu’il engendre : les textes qu’il rédige pour le cours se dotent d’une forme aboutie et d’un contenu intéressant aux yeux de l’animatrice, bien que peut-être trop macabre. Cette tension entre le jeune homme sensible aux questions identitaires de son époque et les autres élèves va laisser place à une fascination ambigüe dont va être éprise Olivia pour Antoine. Lire la suite Les bons sentiments s’invitent dans « L’Atelier »

« Demain et tous les autres jours », quand l’amour comprend plus qu’il ne change

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

Dans Demain et tous les autres jours, Noémie Lvovsky incarne une mère qui, doucement, sombre dans la folie. Impressionnante, elle livre une prestation grandiose, vraie, accablante.

Encore en dessous de la dizaine d’années, Mathilde – interprétée par Luce Rodriguez – est une enfant qui laisse rarement le sourire éclairer son visage. Lorsque la première scène débute, l’agitation d’une cour de récréation contraste avec la petite. Contrairement à tous ses camarades, Mathilde est seule. Tout de suite, on comprend qu’elle sera notre héroïne pour la prochaine heure et demie.

La maman de Mathilde (Noémie Lvovsky) fait rire, à sa première apparition à l’écran. Son regard incertain virevolte dans le bureau de la conseillère scolaire de sa fille. La main de Mathilde vient à la rencontre de sa mère, comme pour lui donner courage ; elle ose une parole : « Je ne me souviens plus pourquoi nous sommes là. » Et son visage s’éclaire soudain. Elle n’a pas trouvé pourquoi elle se tient dans ce bureau, non ; mais elle a pu apercevoir, par la fenêtre, un nid d’oiseau au creux des branches, et ne peut s’empêcher de le montrer à Mathilde qui, pour ce faire, doit monter sur le bureau. Lire la suite « Demain et tous les autres jours », quand l’amour comprend plus qu’il ne change