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« Demain et tous les autres jours », quand l’amour comprend plus qu’il ne change

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

Dans Demain et tous les autres jours, Noémie Lvovsky incarne une mère qui, doucement, sombre dans la folie. Impressionnante, elle livre une prestation grandiose, vraie, accablante.

Encore en dessous de la dizaine d’années, Mathilde – interprétée par Luce Rodriguez – est une enfant qui laisse rarement le sourire éclairer son visage. Lorsque la première scène débute, l’agitation d’une cour de récréation contraste avec la petite. Contrairement à tous ses camarades, Mathilde est seule. Tout de suite, on comprend qu’elle sera notre héroïne pour la prochaine heure et demie.

La maman de Mathilde (Noémie Lvovsky) fait rire, à sa première apparition à l’écran. Son regard incertain virevolte dans le bureau de la conseillère scolaire de sa fille. La main de Mathilde vient à la rencontre de sa mère, comme pour lui donner courage ; elle ose une parole : « Je ne me souviens plus pourquoi nous sommes là. » Et son visage s’éclaire soudain. Elle n’a pas trouvé pourquoi elle se tient dans ce bureau, non ; mais elle a pu apercevoir, par la fenêtre, un nid d’oiseau au creux des branches, et ne peut s’empêcher de le montrer à Mathilde qui, pour ce faire, doit monter sur le bureau. Lire la suite « Demain et tous les autres jours », quand l’amour comprend plus qu’il ne change

« Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Genia (Mariana Spivak) et Boris (Alexeï Rozin) s’apprêtent à divorcer, chacun étant embarqué dans une nouvelle aventure sentimentale. Leur fils Aliocha (Matveï Novikov), 12 ans, n’en peut plus de leurs disputes et sanglote en silence. Il manque si cruellement d’amour de la part de ses parents que ceux-ci mettront du temps à remarquer sa fugue. Ou son enlèvement, qui sait. Sa disparition ne va cependant rien arranger à la haine que les époux en voie de séparation se vouent l’un pour l’autre.

Faute d’amour, c’est le film que la presse francophone adule en ce moment à une quasi-unanmitié. Il faut dire que ce cinquième long métrage du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes. La force de ce film ? Son réalisme, d’une part, et son art, d’autre part. Deux éléments qui, bien assemblés, donnent lieu à un chef d’œuvre – ne pensons qu’à Flaubert dans le domaine de la littérature, qui a réussi à glisser le plus grand génie littéraire dans Madame Bovary, un roman a priori difficile à lire par l’ennui qui lui est intrinsèque. Lire la suite « Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque

Emir Kusturica nous emmène sur sa voie lactée avec Monica Bellucci

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« D’après trois histoires vraies et une imagination débordante » : ainsi commence On the Milky Road. Dans une Yougoslavie en plein conflit, un petit coin de paysannerie apparaît à l’écran. Des oies, rappelant celles du Capitole qui – selon l’historien latin Tite-Live – prédirent une invasion gauloise, se baignent dans le sang d’un porc que l’on vient de tuer. Un incipit à l’image de tout le long métrage : du tragique et du comique barbouillant dans le même récipient au son de la langue serbe.

Les couleurs, ce sont aussi elles que l’on remarque aussitôt : bien avant le laitier Kosta (interprété par le réalisateur lui-même, Emir Kusturica) et sa sœur Milena (Sloboda Micalovic), c’est le décor qui est le premier personnage du film. Des paysages à couper le souffle, un soleil qu’on dirait divin, des animaux omniprésents. Cet univers est aussi fantasque. Une poule qui sautille devant un miroir, des oiseaux qui dansent, une horloge qui « mord » tous ceux qui veulent la réparer : on comprend que le cinéma de Kusutrica puisse diviser. Lire la suite Emir Kusturica nous emmène sur sa voie lactée avec Monica Bellucci

« Le Cercle », un mauvais scénario pour une bonne thématique

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 7 août 2017, 20h30 – 21h00

Mae (la belle Emma Watson) vie une existence plutôt malheureuse. Son travail d’opératrice de « call center » dans une compagnie d’assurances se joint à la pitié qu’elle a pour son père atteint de scléroses en plaque. Tout s’illumine soudain lorsqu’une amie lui décroche un entretien pour un poste au sein d’une grande multinationale. Elle se fait embaucher.

Commence alors un flot de scènes montrant l’étendue du campus, l’ambiance et les codes qui y règnent. Mae découvre le charisme de Bailey (Tom Hanks), le directeur de The Circle, et se prend au jeu de la communauté, jusqu’à devenir la cobaye la plus dévouée de l’entreprise. Mais les velléités apparemment démocratiques de ce géant américain de la technologie tournent bientôt au cauchemar totalitaire. Lire la suite « Le Cercle », un mauvais scénario pour une bonne thématique

« Everything, everything » : pire, on ne peut pas

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 7 août 2017, 20h30 – 21h00

De tels films sont rares. Ils excellent tellement dans leur nullité qu’on ne peut même pas les qualifier de navets. Les navets sont des films qui ne réussissent pas à atteindre les objectifs qu’ils se sont lancés, des films à l’égard desquels on avait des attentes, qui se sont ensuite avérées insatisfaites lors de la projection. Everything, everything sent le mauvais film jusque dans sa bande-annonce : il n’est pas donné à tous les cinéastes de réaliser cet exploit !

Au fond, le sujet pourrait à la limite constituer un bon scénario : une jeune fille malade condamnée à ne jamais sortir de sa maison et qui s’enamoure d’un jeune Apollon nouvellement voisin, qui va la pousser à braver l’interdit. Oui, mais… pour que le film soit réussi, il faudrait en finir une bonne fois pour toutes avec les bons sentiments, les histoires mille fois répétées et les mimiques insupportables dignes des pires séries américaines. Lire la suite « Everything, everything » : pire, on ne peut pas

« Lion », une ode bouleversante à la fraternité

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 1er mai 2017, 20h30 – 21h00

Bouleversant. Tel est l’adjectif sans doute le plus adapté à ce drame tiré d’une histoire vraie. Lion raconte le destin incroyable du jeune indien Saroo, cinq ans, qui se retrouve enfermé dans un train après avoir perdu de vue son frère Guddu. Les portes du wagon ne s’ouvriront que 1500 kilomètres plus tard, à Calcutta. Après des jours d’errance, le jeune garçon est intégré à un orphelinat avant d’être adopté par un couple d’Australiens.

Vingt ans plus tard, Saroo traverse une crise existentielle et cherche à retrouver son village natal avec l’aide du logiciel Google Earth et des quelques souvenirs qui lui restent de cette fameuse nuit où tout a basculé. Cela fait trop longtemps qu’il est rongé par le désir de retrouver sa mère et son frère biologiques. De tout son coeur, il veut que sa première famille sache qu’il va bien, même après toutes ces années.

La première partie du film, présentant au spectateur l’histoire hallucinante du petit garçon depuis le soir où il a été séparé de son frère jusqu’au jour où il va rencontrer ses parents adoptifs, constitue un chef d’oeuvre à elle toute seule. Les lumières sombres, l’omniprésence de la ferraille, les bruits inquiétants du train, tout est traité sous le regard de l’enfant. Le spectateur se retrouve dans un véritable cauchemar, extrêmement bien mis en scène, où le wagon se transforme en prison ; les hommes en monstres ; et le temps, et la faim, et la soif, en supplices. Lire la suite « Lion », une ode bouleversante à la fraternité

« Un sac de billes », le nouveau classique du cinéma français

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Sachez que, dans ce salon, tout le monde est juif. »

Août 1944, une ruelle de Paris victorieusement ornée de drapeaux britanniques et français. Hitler est tombé ; nous sommes libres. De suite, on revient deux ans auparavant, 1942, l’Occupation commence. Des enfants espiègles jouent en ville, il s’agit de Maurice (Batyste Fleurial) et Joseph (Dorian Le Clech) Joffo : deux juifs, deux frères. Ils se rendent au salon de coiffure de leur père, Roman, dignement interprété par Patrick Bruel. L’ambiance y est joviale, au point de permettre la moquerie des enfants envers deux officiers nazis, venus se dégarnir les côtés.

Le lendemain, c’est le drame qui entre en éruption. Au son du violon de la composition originale d’Armand Amar, on cout l’étoile jaune aux manteaux. L’heure est grave. Clignancourt se transforme en « pogrom ». Il faut partir. Les parents Joffo décident d’envoyer leurs fils en zone libre. Le voyage sera périlleux en persécution ; la famille séparée, mais confiante. A tort ou à raison ?

Un sac de billes, réalisé par Christian Duguay, du témoignage homonyme, s’érige déjà en classique du cinéma français, à deux semaines de sa parution. C’est là le problème selon certaines critiques : trop classique, lance-t-on. J’ajouterais même que le film n’apporte rien de véritablement nouveau, et que son air de déjà-vu se ressent dès la première scène. Lire la suite « Un sac de billes », le nouveau classique du cinéma français