Ce fut chaud aux Docks avec Stereophonics

Article inédit – Jonas Follonier

Le dimanche 9 février dernier, le groupe de rock gallois Stereophonics est venu fouler les planches des Docks, à Lausanne. Peut-être qu’ils ne l’ont jamais su, mais nous si. Il ressort de cette soirée hivernale un souvenir de grosse chaleur, due à une particularité architecturale. Récit.

19h40, j’arrive aux Docks. Dans la bruine où qu’il fait froid. Dedans, ça va être chaud, que je me dis. Mais je ne sais pas encore dans quelle mesure. Après m’avoir tatoué l’arrière-main comme il se doit, l’établissement m’annonce que le vestiaire est plein. «On peut donc pas prendre ta veste.» Oui, car contrairement à Christophe, j’ai mis une veste. C’est l’hiver. Je vais donc devoir me la trimbaler toute la soirée, dans une salle pleine à craquer. Ça, c’est encore un coup à boire plus de bières que prévu, surtout un dimanche soir. C’est chaud. Parce qu’avec une main qui tient ma chope californienne et un bras opposé qui supporte mon manteau, comment donc puis-je noter des conneries sur mon iPhone surchargé? Heureusement que ma moitié était là; notre paire se transforme soudain en poulpe.

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Cette affaire de vestiaire m’occupe l’esprit une bonne partie de l’attente du groupe. Je me demande si je suis victime d’un complot. Mais un complot contre quoi? Contre la bière américaine? Peu probable, vu la faune anglophone qui peuple le lieu ce soir-là. Et puis, je n’avais même pas encore passé commande quand je suis allé voir le barbu. Contre Le Regard Libre? Mmmmmnon, personne connaît. Contre moi? Bon, j’abandonne cette idée. Sans doute la faute à début février, quand les gens ont dix mille fourrures à mettre à la consigne. Vous savez, les mêmes qui, quand ils sont au restaurant, commandent un jus de cèleri-rave avec un doigt de tabasco, alors qu’ils pourraient prendre un Coca, comme tout le monde. Non, en fait, c’est plus simple que ça: les murs étroits des Docks laissent au vestiaire une place limitée. C’est marqué sur leur site.

Or, quand le groupe arrive, pile à l’heure, et qu’il commence à faire de la musique, aux oubliettes mes chimères de journaleux! C’est la chaleur de la musique qui me fait oublier celle de mon corps. Le résultat sonore est impressionnant. Si le drôle de dispositif lumineux ne convainc pas forcément tout de suite le spectateur, le rendu des instruments, lui, clair, souverain, met tout le monde dans le truc. La première chanson est choisie avec soin et ne donne pas du tout comme sur l’album. Une voix plus intéressante qu’en studio s’offre à nous, à Lausanne, au sein d’un format très rock, du moins au début. Kelly Jones a un grain intéressant, certes semblable à de nombreux autres chanteurs de pop rock, mais touchant quand même. En plus d’être évidemment efficace, de même que les arrangements live.

© Julie Rheme

Dès le deuxième titre, on commence à apprécier aussi la mise en scène. D’originales petites guirlandes de lumière parcourent la scène et même une partie de la salle. Si ce n’est pas éblouissant, c’est au moins sympathique et original. La position du batteur Jamie Morrison en surplomb, une habitude des formations rock depuis des années, n’en reste pas moins une bonne idée. Même lors de son solo, un autre rendez-vous devenu incontournable dans le genre, il n’en fait pas des tonnes. Ça tombe bien, on n’aurait pas supporté. Parce qu’il faut bien avouer que si le début du concert a été excellent, la suite n’est pas à la hauteur de l’événement qu’est la venue de Stereophonics en Suisse romande. Même si ça reste un bon moment.

En cause, le fait que, justement, le groupe ne semble pas attacher beaucoup d’importance au lieu où ils jouent. «Bonjour, Lausanne, ça va?»: si Greta en est capable, vous aussi, les gars. Dommage que vous ne preniez pas la peine d’essayer. Je vous le dis en toute sympathie. Et puis, pardon, mais je n’ai pas compris l’ordre des morceaux à partir du tiers du concert. Aux contrastes du début, vous laissez désormais se succéder une suite de chansons «entre-deux», sans aucune plus-value par rapport aux enregistrements, sans profiter de prendre plus régulièrement le parti-pris du saxophone baryton. Pourquoi commencer par du rock presque progressif pour surfer ensuite sur une pop romantique des années 2000? A chacun ses choix; ce n’est pas du tout mauvais, mais un peu décevant.

© Alain Jordan

Il n’empêche, la soirée est chaude. Des chansons au même rythme se suivent, mais nous suivons. C’est tellement la musique et non les textes qui portent leurs chansons qu’on pourrait chanter «veste veste veste», «chaud chaud chaud». Aussi, on voit que le meneur du groupe est dans son élément. Comme aurait dit un mec à côté de moi, «tu sens que l’mec il est possédé». Et puis, il faut bien passer aux toilettes durant la soirée, ce qui permet de choisir le moment de creux et de revenir avec de l’espoir dans le sac. Il faut avouer enfin que le groupe tente bel et bien à nouveau quelque chose de différent dans les derniers titres, même si c’est un peu tard. Quoi qu’il en soit, on ressort à l’arrivée avec l’impression d’avoir assisté à la prestation d’un des meilleurs groupes de rock britanniques actuels. Mon bémol, au fond, ne les accuse pas eux; c’est la faute aux années 2000.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Photo de couverture: © Julie Rheme

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