Archives pour la catégorie Théâtre

Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Le Regard Libre N° 31 (pas encore paru) – Jonas Follonier

Dracula : un personnage fameux surtout pour ses diverses apparitions au cinéma. C’est cette fois sur les planches que l’on peut voir le célèbre vampire, et c’est une première. Le roman épistolaire Dracula de Bram Stoker a été revisité par le metteur en scène Stéphane Albelda, bien connu pour son talent en Valais et au-delà.

Le résultat est époustouflant. La troupe de Nova Malacuria a bien atteint les objectifs que se fixe cette institution culturelle depuis plus de trente ans : faire se rencontrer les différents arts de la scène. Mais c’est avant tout à la frontière des genres que se situe cette création.

Passant des larmes les plus glacées au rire le plus entier, le public peut assister jusqu’au 2 septembre à un spectacle total sous la lune des jardins du Collège des Creusets, à Sion, du mercredi au samedi, à 20h30. Portés par une musique décapante composée par Baptiste Mayoraz et interprétée en direct, les acteurs, jeunes pour la plupart, témoignent d’un jeu subtil, réaliste et tragique. Rencontre avec l’un d’entre eux, Thibault Hugentobler. Lire la suite Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Le théâtre au cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Lorsqu’une venue du théâtre au cinéma est annoncée, l’heure est à la perplexité : on reste sceptique face à ce nouvel avatar du mélange des genres, dont notre époque est si friande, et dont les exemples ont été parfois catastrophiques… Ne pensons qu’au mélange littérature-musique avec Camus, l’art ou la révolte, un spectacle actuel du rappeur Abd Al Malik faisant côtoyer son slam avec le génie littéraire d’Albert Camus.

Et pourtant, comme une fois sur deux, le préjugé s’avère totalement faux lorsqu’on se rend sur place. Le jeudi 9 février dernier, au Cinéma Rex à Neuchâtel, un public relativement âgé mais pas seulement put découvrir sur l’écran Le Misanthrope de Molière, joué par la Comédie Française, retransmis en direct de la célèbre Salle Richelieu, à Paris. Soyons objectif : ce fut un véritable événement. Lire la suite Le théâtre au cinéma

« Le Misanthrope », une amère comédie

Promenades théâtrales (6/6)

Le Regard Libre N° 19 – Loris S. Musumeci

« ALCESTE. Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre
Le fond de notre cœur dans nos discours se montre
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
Ne se masquent jamais sous de vains compliments. »

C’eût été bien dommage de ne pas trouver de place à l’inimitable Molière dans au moins un des épisodes consacrés à l’art théâtral. Me voici alors avec Le Misanthrope, un chef-d’œuvre présenté à la cour du bon Roy Louis en 1666. Mais quelle pièce étrange ! On ne sait s’il faut rire ou s’inquiéter. Les éléments du ridicule y sont en effet soigneusement estompés, pour laisser place à de plus sérieuses questions, telles que la mesure de l’honnêteté, la valeur de l’amitié ou encore le comportement adéquat en société.

Il semble superflu de raconter la trame du grand classique de Molière encore et encore, toujours et sans cesse. Pour ceux qui de leurs souvenirs scolaires subissent aujourd’hui quelques oublis, Le Misanthrope raconte l’histoire d’un misanthrope authentique, en pensées et actes : Alceste. Ce dernier vit dans une société plus mondaine que les mondanités, où le compliment mignon et respectueux a toujours sa place, où la trahison est une coutume, la médisance un jeu et le sourire un masque. Lire la suite « Le Misanthrope », une amère comédie

« Rhinocéros » ou le totalitarisme

Promenades théâtrales (5/6)

Le Regard Libre N° 18 – Loris S. Musumeci

« BERENGER. […] Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !
Rideau »

Certaines pièces de théâtre expriment quelque chose de tellement fort, violent ou dur, qu’elles laissent le spectateur abasourdi, collé au siège, ne sachant que dire, que faire, hésitant entre le rire ou la larme. Le Rhinocéros d’Eugène Ionesco incarne justement ce type de théâtre ; aussi la lecture seule de la pièce suffit-elle pour rester muet de stupeur et hurlant à la révolte.

L’histoire est ambiancée dans une typique petite ville de province. Le début est calme, paisible, il sent le pastis sur une terrasse ensoleillée. Midi approche, les compagnons Jean et Bérenger apparaissent sur scène chacun de leur côté pour prendre un verre au café proche de l’épicerie. On entend, par dessus la discussion des deux ainsi que des autres habitants du quartier, le silence estival de la chaleur qui craquèle le sol immobile et sec. Lorsque soudain, s’impose à l’ouïe de plus en plus fort le bruit dévastateur d’un animal qui semble être toujours plus près ; le tout accompagné d’un long barrissement. Un rhinocéros ! Lire la suite « Rhinocéros » ou le totalitarisme

L’« Orestie », une tragédie familiale

Promenades théâtrales (4/6)

Le Regard Libre N° 17 – Loris S. Musumeci

« ELECTRE. Ô souci bien-aimé du foyer de ton père, espoir longtemps pleuré d’un rejeton sauveur, va, fais appel à ta vaillance et tu recouvreras le foyer paternel. Ô doux objet, qui retiens quatre parts de ma tendresse ! le Destin veut qu’en toi je salue un père, à toi revient l’amour dû à ma mère – elle, je la hais de toute mon âme – et à ma sœur immolée sans pitié ; et voici qu’en toi je trouve le frère fidèle qui va me rendre le respect des mortels ! Que seulement, avec la Force et le Droit, Zeus très grand me prête aussi son secours ! »

Le roi Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie ; Clytemnestre, femme de ce premier, tue son mari pour venger sa fille ; Oreste, fils du roi, revient de son exil pour venger la mémoire de son père en assassinant sa mère ; et les Erinyes, déesses partisanes de Clytemnestre, persécutent Oreste pour la mémoire de leur protégée. Si les drames d’Agamemnon, des Choéphores et des Euménides, qui dans l’ensemble font une seule tragédie, l’Orestie, peuvent se résumer en ces meurtres familiaux, le chef-d’œuvre d’Eschyle présenté dans la noble et haute Grèce du printemps de l’an 458 avant Jésus-Christ demeure plus profond et important qu’il ne semble. Lire la suite L’« Orestie », une tragédie familiale

Dérèglements de contes

Promenades théâtrales (3/6)

Le Regard Libre N° 16 – Loris S. Musumeci

« LE BARDE. Si j’abonde dans le sens de Javotte, certains d’entre vous veulent que les contes changent et d’autres non ? »

[…]

« LE BARDE. On pourrait combiner les deux. On garde les mêmes histoires pour que la tradition soit maintenue. Et en contrepartie vous vous échangez les costumes et les rôles. Comme ça, ceux qui veulent changer, vont pouvoir vivre des aventures qui ne sont pas les leurs et ceux qui ne veulent pas changer vont se retrouver avec des histoires qui perpétuent la tradition. Et les générations à venir vont continuer à lire les contes de fées qu’on a toujours lus ! »

Loin des enjeux vitaux et graves d’une tragédie, nous passons à la légèreté d’une comédie inédite : Dérèglements de Contes à Pergrimland. Cette pièce a été écrite dernièrement par Cédric Jossen, un valaisan passionné de théâtre, qui, peu à peu, est en train de devenir un véritable professionnel. Quatre représentations sillonnèrent le Valais entre février et mars de cette année à la plus grande joie du public qui ne manqua pas de passer un beau moment de rires et de divertissement. Lire la suite Dérèglements de contes

En pleines « Forêts »

Promenades théâtrales (2/6)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

« EDMOND. Ma mémoire est une forêt dont on a abattu les arbres. »

Forêts. Une quête tragique pour retrouver les arbres abattus et ainsi reconstruire l’histoire de femmes, d’hommes, de fils, de pères, de frères : d’une famille à l’héritage en ruines, tel un crâne fracassé dont il faut recomposer les morceaux.

La pièce appartient à la tétralogie du Sang des promesses de Wajdi Mouawad. Elle en est la troisième tragédie, réalisée en 2006 ; la première étant Littoral (1997), la deux-ième Incendies (2003), la quatrième Ciels (2009). Selon l’auteur, sans comporter « une suite narrative, ces histoires, puisqu’il s’agit d’histoires avant tout, abordent, de manière différente et, j’ose l’espérer, de manière à chaque fois plus complexe et plus précise, la question de l’héritage. Celui dont on hérite et celui que l’on transmet à notre tour. » Lire la suite En pleines « Forêts »