Archives de catégorie : Théâtre

« Amour et Psyché » d’Omar Porras, un voyage dans l’empyrée

Le Regard Libre N° 38 – Thierry Fivaz

Les 27 et 28 mars derniers était présenté au Théâtre du Passage, à Neuchâtel, Amour et Psyché. Première création d’Omar Porras pour le TKM (2017) : retour sur un moment d’émerveillement.

Il y avait une fois une jeune femme qui s’appelait Psyché. Fille de roi, Psyché était si belle et si pure que son insolente et incomparable beauté en vint à provoquer la colère de Vénus, déesse de l’amour et de la beauté. Responsables du courroux divin : les charmes de la jeune femme. Ces derniers étaient si rares et si merveilleux qu’ils en allaient jusqu’à faire perdre la raison à ceux qui les avaient contemplés. Emerveillés, les hommes en vinrent à croire qu’ils tenaient en la jeune femme une Vénus nouvelle – et mortelle. C’est ainsi que, progressivement, les autels de la divinité furent délaissés au profit de ceux que l’on érigea en l’honneur de Psyché.

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Van Gogh, si près du théâtre albeldien

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

La pièce a été créée par la Compagnie Hussard de Minuit au Théâtre Interface, à Sion, du 2 au 11 mars 2018. Son sujet ? Les lettres épistolaires que se sont envoyées un certain Vincent van Gogh et son frère Théo. La mise en scène est signée Stéphane Albelda ; le célèbre peintre est incarné par Stéphane Liard. Ce spectacle visuel « si près de la nuit étoilée » sera rejoué du 5 au 17 juin 2018 à Lausanne.

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Einstein raconté par l’union des arts

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

Ponctué d’extraits de lettres écrites par Einstein, la pièce éponyme a mis à l’honneur le scientifique et sa folie créatrice le 1er mars dernier au Théâtre du Crochetan. Mis en scène par Stéphanie Boll, le spectacle a réuni théâtre, danse et musique. Impressions.

Une faible lumière apparaît peu à peu sur le plateau. Un homme court sur pattes s’avance sur la scène, très hésitant. On reconnaît Einstein aux cheveux bouclés du jeune comédien ainsi qu’à sa moustache. Il se met alors à dessiner ce qui ressemble à la courbe d’une fonction sur l’immense tableau noir qui trône parmi le décor. Puis, des symboles mathématiques aussi complexes que mystérieux, à une rapidité de plus en plus effrénée, au son d’une musique qui ne va pas s’arrêter.

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« Frankenstein » revisité dans « La Fabrique des monstres »

Le Regard Libre N° 36 – Jonas Follonier

Jean-François Peyret, metteur en scène important dans le théâtre français des dernières décennies, tient depuis longtemps à proposer un théâtre sur le thème du destin technique de l’homme. Après avoir notamment monté les spectacles Le Traité des formes ou Ex vivo/In vitro avec le biologiste Alain Prochiantz, c’est une réadaptation du roman Frankenstein de Mary Shelley qu’il a montée en février dernier au Théâtre de Vidy à Lausanne. Rencontre.

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Un fan de Thiéfaine sur les planches

Le Regard Libre N° 36 – Jonas Follonier

La pièce J’arriverai par l’ascenseur de 22h43 propose un monologue comme on en voit peu, où le comédien vaudois Philippe Soltermann rend hommage au chanteur Hubert-Félix Thiéfaine et interroge le rapport fan à idole. Neuf représentations ont eu lieu en Suisse romande en janvier-février. Le Regard Libre a assisté à une supplémentaire au Théâtre du Crochetan, à Monthey, le 3 février dernier. Notre article grand format. Continuer la lecture de Un fan de Thiéfaine sur les planches

« Frank V » au Théâtre de la Cité à Fribourg

Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Une thématique aussi dramatique que l’esclavage à l’argent peut-elle faire rire ? Oui, chez Dürrenmatt. Sa pièce, Frank V, met en scène le banquier Gottfried, dit le Philanthrope. Il est le cinquième de sa dynastie à diriger la richissime et malhonnête banque des Frank. Cependant, celui-ci s’intéresse davantage à la philosophie et à la poésie qu’aux finances. Continuer la lecture de « Frank V » au Théâtre de la Cité à Fribourg

Novecento, quand le monologue émeut Fribourg

Le Regard Libre N° 33 – Loris S. Musumeci

« Mon dernier souvenir de lui, c’est une voix. Juste une voix qui parle. »

Le souvenir théâtral que Fribourg garde, en revanche, c’est le festival FriScènes. Où la scène laisse place au verbe, l’illuminant de ses projecteurs, créant le silence autour de lui dans la salle obscure. La voix du jeune comédien Lionel Fournier, notamment, a marqué les esprits. Seul sur les planches, pour interpréter le monologue d’Alessandro Baricco, sous une mise en scène sobre et touchante de Cédric Jossen.

Danny Boodman T.D. Lemon Novecento a été abandonné quelques jours après sa naissance sur un paquebot. Il est adopté par un membre de l’équipage, et à huit ans se retrouve en virtuose au piano de la salle de bal. A vingt-sept ans, il rencontre le narrateur, un trompettiste qui se joint à l’orchestre. « Novecento et moi, là, on est devenu amis pour la vie, pour la mort. » Grâce au lien intime entre les deux musiciens, l’incroyable histoire du pianiste qui n’est jamais descendu de son bateau est offerte au public. Continuer la lecture de Novecento, quand le monologue émeut Fribourg

Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Le Regard Libre N° 31 – Jonas Follonier

Dracula : un personnage fameux surtout pour ses diverses apparitions au cinéma. C’est cette fois sur les planches que l’on peut voir le célèbre vampire, et c’est une première. Le roman épistolaire Dracula de Bram Stoker a été revisité par le metteur en scène Stéphane Albelda, bien connu pour son talent en Valais et au-delà.

Le résultat est époustouflant. La troupe de Nova Malacuria a bien atteint les objectifs que se fixe cette institution culturelle depuis plus de trente ans : faire se rencontrer les différents arts de la scène. Mais c’est avant tout à la frontière des genres que se situe cette création.

Passant des larmes les plus glacées au rire le plus entier, le public peut assister jusqu’au 2 septembre à un spectacle total sous la lune des jardins du Collège des Creusets, à Sion, du mercredi au samedi, à 20h30. Portés par une musique décapante composée par Baptiste Mayoraz et interprétée en direct, les acteurs, jeunes pour la plupart, témoignent d’un jeu subtil, réaliste et tragique. Rencontre avec l’un d’entre eux, Thibault Hugentobler. Continuer la lecture de Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Le théâtre au cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Lorsqu’une venue du théâtre au cinéma est annoncée, l’heure est à la perplexité : on reste sceptique face à ce nouvel avatar du mélange des genres, dont notre époque est si friande, et dont les exemples ont été parfois catastrophiques… Ne pensons qu’au mélange littérature-musique avec Camus, l’art ou la révolte, un spectacle actuel du rappeur Abd Al Malik faisant côtoyer son slam avec le génie littéraire d’Albert Camus.

Et pourtant, comme une fois sur deux, le préjugé s’avère totalement faux lorsqu’on se rend sur place. Le jeudi 9 février dernier, au Cinéma Rex à Neuchâtel, un public relativement âgé mais pas seulement put découvrir sur l’écran Le Misanthrope de Molière, joué par la Comédie Française, retransmis en direct de la célèbre Salle Richelieu, à Paris. Soyons objectif : ce fut un véritable événement. Continuer la lecture de Le théâtre au cinéma

« Le Misanthrope », une amère comédie

Promenades théâtrales (6/6)

Le Regard Libre N° 19 – Loris S. Musumeci

« ALCESTE. Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre
Le fond de notre cœur dans nos discours se montre
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
Ne se masquent jamais sous de vains compliments. »

C’eût été bien dommage de ne pas trouver de place à l’inimitable Molière dans au moins un des épisodes consacrés à l’art théâtral. Me voici alors avec Le Misanthrope, un chef-d’œuvre présenté à la cour du bon Roy Louis en 1666. Mais quelle pièce étrange ! On ne sait s’il faut rire ou s’inquiéter. Les éléments du ridicule y sont en effet soigneusement estompés, pour laisser place à de plus sérieuses questions, telles que la mesure de l’honnêteté, la valeur de l’amitié ou encore le comportement adéquat en société.

Il semble superflu de raconter la trame du grand classique de Molière encore et encore, toujours et sans cesse. Pour ceux qui de leurs souvenirs scolaires subissent aujourd’hui quelques oublis, Le Misanthrope raconte l’histoire d’un misanthrope authentique, en pensées et actes : Alceste. Ce dernier vit dans une société plus mondaine que les mondanités, où le compliment mignon et respectueux a toujours sa place, où la trahison est une coutume, la médisance un jeu et le sourire un masque. Continuer la lecture de « Le Misanthrope », une amère comédie