Archives du mot-clé amitié

« Derniers jours à La Havane » de Fernando Pérez

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Ce qu’il y a de bien avec les cycles de Passion Cinéma, c’est que le spectateur ressort rarement déçu d’une projection. Heureusement qu’ils existent, particulièrement en fin d’année. Ils contrent l’invasion des blockbusters avec leur lot de sensationnel et d’explosions, si loin de la finesse de Derniers jours à La Havane du réalisateur cubain Fernando Pérez.

Dès la scène d’ouverture, la succession des gros plans impose un certain cinéma : intimiste et profond. La caméra suit les expressions faciales de Miguel (Patricio Wood, torturé) alors qu’il fait la plonge dans un restaurant sans histoire. Il sort, traverse les rues de La Havane. Fernando Pérez le filme comme dans un documentaire, le faisant avancer dans le chaos urbain de la ville dans l’indifférence la plus totale.

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Novecento, quand le monologue émeut Fribourg

Le Regard Libre N° 33 – Loris S. Musumeci

« Mon dernier souvenir de lui, c’est une voix. Juste une voix qui parle. »

Le souvenir théâtral que Fribourg garde, en revanche, c’est le festival FriScènes. Où la scène laisse place au verbe, l’illuminant de ses projecteurs, créant le silence autour de lui dans la salle obscure. La voix du jeune comédien Lionel Fournier, notamment, a marqué les esprits. Seul sur les planches, pour interpréter le monologue d’Alessandro Baricco, sous une mise en scène sobre et touchante de Cédric Jossen.

Danny Boodman T.D. Lemon Novecento a été abandonné quelques jours après sa naissance sur un paquebot. Il est adopté par un membre de l’équipage, et à huit ans se retrouve en virtuose au piano de la salle de bal. A vingt-sept ans, il rencontre le narrateur, un trompettiste qui se joint à l’orchestre. « Novecento et moi, là, on est devenu amis pour la vie, pour la mort. » Grâce au lien intime entre les deux musiciens, l’incroyable histoire du pianiste qui n’est jamais descendu de son bateau est offerte au public. Lire la suite Novecento, quand le monologue émeut Fribourg

Luchini – Finkielkraut, quand deux grands hommes s’admirent

Les lundis de l’actualité – Jonas Follonier

Il existe des moments de télévision qui sont de véritables perles en direct, des instants d’intelligence et d’intimité qui rehaussent le téléspectateur. L’émission La Grande Librairie du 26 octobre dernier, sur France 5, m’a particulièrement ému, tant j’assistai à un grand moment du petit écran.

L’émission présentée par l’excellent animateur François Busnel mettait à l’honneur Fabrice Luchini. Ce comédien français devenu incontournable est venu parler de son nouveau spectacle, « Des écrivains parlent d’argent ». Fait étonnant, la star névrotique ne s’est pas emportée jusqu’aux délires hystériques (et délicieux) auxquels il nous a habitués à la télévision. Luchini fut serein, sans pour autant se travestir dans la normalité. Lire la suite Luchini – Finkielkraut, quand deux grands hommes s’admirent

L’amitié est un élan du coeur

Le Regard Libre N° 19 – Sébastien Oreiller

Personne ne sait vraiment ce que c’est. Et pourtant, l’amitié, la vraie, est sans doute l’une des attractions que l’être humain connaît le mieux, celle qui donne à sa vie la valeur d’être vécue. Sujet mille fois rabattu, l’on pourrait se contenter ici de réaliser une anthologie des différentes doctrines. Ce ne sera pas le cas. La première distinction que je serais tenté d’opérer, la plus vitale sans doute, est celle entre l’amitié et l’accointance, entre l’ami et le copain dirions-nous, ou l’ami et le pote. On a des potes, on en perd, on en gagne, on en retrouve, peu importe. Un ami est un, on ne peut pas s’en passer. Comme le résume si bien le proverbe, les amis se comptent sur les doigts d’une main. Je pense qu’on ne peut pas les compter sur plus qu’un doigt, mais cela reste encore à prouver.

Du point de vue ontologique, qu’est-ce que l’amitié ? Je dirais que c’est un élan du cœur. L’amitié ne peut être un acte intéressé en soi, l’ami n’étant pas là pour ravir quelque chose à l’autre ; mais du point de vue inverse, il ne saurait y avoir amitié sans un échange perpétuel. L’amitié ne peut être qu’émulation, pousser l’autre en avant, alors qu’il nous tend lui aussi une main aidante. Emulation : un mot trop souvent oublié à notre époque, si éloignée de l’agôn grec, de la passion d’être le meilleur, mais de ne pas l’être tout seul. Lire la suite L’amitié est un élan du coeur

« L’adversaire »

Le Regard Libre N° 9 – Loris S. Musumeci

« Qu’il ne joue pas la comédie pour les autres, j’en suis sûr, mais est-ce que le menteur qui est en lui ne la lui joue pas ? Quand le Christ vient dans son cœur, quand la certitude d’être aimé malgré tout fait couler sur ces joues des larmes de joie, est-ce que ce n’est pas encore l’Adversaire qui le trompe ?
J’ai pensé qu’écrire cette histoire ne pouvait être qu’un crime ou une prière.
Paris, janvier 1999 »

Jean-Claude Romand : Père de famille idéal, fils consciencieux, grand médecin à succès… et menteur, assassin, fou.

Son histoire est celle d’un homme banal, qui pendant dix-huit ans a menti sur tout à tout le monde. Et tout éclate le 9 janvier 1993, lorsqu’il tue sa femme, ses enfants, ses parents et tente, sans succès, de se suicider. On découvre alors qu’il n’était pas médecin à l’OMS comme il le prétendait. Il n’était rien. Durant toutes ces années, sans l’ombre d’un doute, sa famille, ses amis le crurent dans ce mensonge d’une vie, mais au moment où la vérité s’apprêta à déchirer le voile de l’imposture pour ressurgir à la lumière, Jean-Claude Romand ne trouva d’autre issue que d’assassiner « ceux qu’il aimait », ceux qui eussent été meurtris par cette vérité étouffée, si vieille et nouvelle à la fois. Lire la suite « L’adversaire »

Vivent les langues mortes ! – Conversation avec Albert Praz

Le Regard Libre N° 2 – Jonas Follonier

L’enseignement du latin et du grec ancien est de plus en plus menacé. Il y a cinquante ans, le latin était un sentier emprunté par la majorité des collégiens, et une bonne partie d’entre eux faisaient du grec. Aujourd’hui, au Lycée-Collège des Creusets, à Sion, il n’y a en principe qu’une classe de latinistes par degré de la deuxième à la cinquième année, et la moitié d’entre eux étudient le grec ancien – soit une cinquantaine d’élèves en tout.

Pour discuter de ce sujet qui nous tient à cœur et qui nous concerne personnellement, Sarah D’Andrès et moi-même sommes allés voir la personnalité, l’expérience incarnée, l’homme aux mille anecdotes : notre ancien professeur de grec, aujourd’hui à la retraite, Albert Praz. Lire la suite Vivent les langues mortes ! – Conversation avec Albert Praz