Baron de la drogue à 19 ans, il raconte son histoire sur Netflix

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Plus de 900 kilos de drogue en tous genres: c’est ce qu’a vendu en quatorze mois l’Allemand Maximilian Schmidt pour la somme de 4,1 millions d’euros avant de se faire arrêter par la police. Tout se passait depuis sa chambre d’ado. Lui, la police et quelques autres interlocuteurs témoignent sur son histoire abracadabrante dans un documentaire Netflix sorti ce 3 août.

Créer un empire de la drogue depuis son PC à l’âge de 19 ans. Il en faut de la confiance en soi, des compétences numériques et de vide moral pour faire un tel coup. C’est ce qu’on comprend devant le documentaire Shiny_Flakes: le Petit Baron du Darknet co-réalisé par Eva Müller et Michael Schmitt. Son intérêt? C’est le jeune criminel lui-même qui parle face caméra. Alternant avec les interviews de son avocat, de son psychologue et d’un responsable de la police.

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Nonchalance et amorale

Il suffit d’un peu de temps et d’indépendance, d’une chambre jamais visitée par les parents, d’une entrée dans le darknet, d’une vitesse d’apprentissage, de mégalomanie et le tour est joué. Ou presque. Pour créer sa propre plateforme en ligne de vente de drogues – cocaïne, crack, ecstasy, LSD, haschich – et gérer ça tout seul, il faut surtout se dire à un moment donné: «j’y vais, je bascule dans l’illégal». C’est ce que le long-métrage biographique montre bien, en suivant les pensées – basiques et vides – d’un boutonneux qui franchit des étapes pour en franchir.

Mais le documentaire énerve passablement. Parce que Max lui-même est énervant. Ses petites phrases du genre «Je ne me suis jamais dit que je pourrais faire du mal à quelqu’un» ou dans ses petites mimiques en mode sourire niais de geek cynique sont d’autant plus rageantes qu’il les porte naturellement à l’écran. Le plus pathétique, c’est le côté sympathique avec lequel le jeune malfrat ressort du film, malgré l’esthétique relativement sobre de celui-ci et le final judiciaire qu’il réserve aux spectateurs patients. Le film a une forte dimension netflix-cool-attitude-adofriendly, qui est insupportbale.

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Toutefois, visionner ce long-métrage revient à se donner les chances de deviner les coulisses psychologiques d’une telle affaire, mêlant timidité, écrans, solitude, absence d’idéal, inculture et peut-être besoin de reconnaissance. Or, ne pouvant en savoir grand-chose sur l’environnement familial du jeune Allemand, le spectateur se demande si une fiction n’aurait pas eu davantage d’effet. Seulement, c’était déjà fait en 2019 avec How to Sell Drugs Online (Fast), websérie allemande inspirée de cette affaire.

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A l’arrivée, ce contenu Netflix se présente donc comme un coup de pub pour un autre contenu Netflix, tirant un fil qui cartonne (il ne faut pas oublier que le thème des narcotiques est à la base d’un des plus gros succès de la plateforme de streaming, la série Narcos). Au moins, le peu d’émotions ressenties face au documentaire se confond avec ce qui semble être l’esprit de Max. Comme une mise en garde.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédits photos: © Netflix

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