«The Peanut Butter Falcon» ne compte pas pour des cacahuètes

Les mercredis du cinéma – Kelly Lambiel

Un trio atypique, quelques miles à parcourir (sur l’eau, certes) et un rêve à réaliser. C’est là la définition presque parfaite d’un road movie comme on les aime. Ode à la liberté, The Peanut Butter Falcon ne marquera probablement pas l’histoire du cinéma mais possède ce qu’il faut pour se faire une petite place dans les cœurs.

Individu et société

Zak (Zachary Gottsagen) n’a qu’un souhait: devenir catcheur professionnel. De son côté, Tyler (Shia Laboeuf) peine à retrouver une vie stable suite au choc provoqué par la mort de son frère. Alors que ce dernier cherche à fuir les ennuis, il trouve, caché sur son bateau, un jeune homme en culotte. Zak, sans famille et atteint du syndrome de Down, a lui aussi décidé de quitter l’institution dans laquelle il est interné pour rejoindre l’école de catch dirigée par son héros, Saltwater Redneck.

En compagnons de fortune, ils voguent à travers les sublimes paysages des Outer Banks et traversent les bayous enchanteurs de la Caroline du Nord. Au fil des péripéties auxquelles s’est jointe Eleanor (Dakota Johnson), la référente de Zak, un lien se crée, chacun apportant à l’autre ce dont il avait justement besoin. Un but, une attache et des responsabilités pour Tyler. La confiance en soi, le goût de vivre et la liberté pour Zak: la possibilité de mener une vie «normale», en somme.

Mais The Peanut Butter Falcon n’est pas seulement le récit du voyage initiatique de deux individus en marge de la société, c’est aussi une atmosphère. Tyler Nilson et Mike Schwartz, les réalisateurs, nous plongent au cœur de l’Amérique profonde, pauvre. Celle des laissés pour compte et des oubliés du système qui, certes peinent à survivre, mais ont soif de vivre. Les images sont belles, les personnages improbablement vrais.

Des héros picaresques

Si l’histoire comporte des airs de déjà-vu, le scénario touche, sans jamais tomber dans le mélodrame ou la caricature, par la tournure imprévue et drôle de certaines scènes. Pas question d’apitoyer le spectateur sur le sort des protagonistes en insistant sur leur lourd vécu ou leur handicap, ils nous sont donnés à voir comme ils se voient: deux jeunes hommes en quête de liberté. Des losers, oui. Mais de ceux qui font sourire, la larme à l’œil.

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En quittant la route pour le fleuve, c’est comme si on se délestait du poids de la critique sociale souvent associée au genre du road movie dont la fin, synonyme de l’échec de l’individu, est d’ailleurs généralement pessimiste. On gagne ainsi en légèreté, en authenticité. The peanut butter falcon serait donc ce qu’on appelle (je le découvre aussi) un feel good movie, un peu à l’image de Little miss sunshine (2006) ou de Captain Fantastic (2016). Une bouffée d’air frais, une parenthèse de bonnes ondes. Et ça, entre le confinement et la canicule, on adore!

Ecrire à l’auteur: kelly.lambiel@leregardlibre.com

Crédit photo: © Impuls Pictures

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