«La haine et la vengeance ne seront jamais pour moi»

Le Regard Libre N° 73 – Tribune de Max Lobe

Le romancier suisse d’origine camerounaise, multilingue et auteur notamment de 39 rue de Berne (2013), Loin de Douala (2018) et La Promesse de Sa Phall’Excellence (2021), publie une tribune en réaction aux dernières manifestations d’anti-racisme… raciste (voir édito de Jonas Follonier).

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Quel dommage de penser que la réponse à la discrimination (quel que soit le type de discrimination, mais surtout le racisme) est de devenir racistes.

Mes amis, ce n’est absolument pas mon choix. Et croyez-moi: en tant qu’homme noir gay, je connais l’odeur du racisme, de la haine, de l’amertume. Ma mère m’a toujours dit de répondre par l’amour. C’est difficile, mais possible.

Je me souviens d’une vieille femme blanche dans un bar à Zurich, qui m’a demandé de retourner dans mes forêts. Je n’étais pas seul. Mes amis étaient choqués. La fille (je crois) de cette vieille femme était choquée. Et vous savez quoi? Je n’ai pas été choqué. Je suis habitué à la haine. Une haine inutile. Je peux la sentir de loin. Non. J’ai attendu quelques minutes et puis, en allant aux toilettes, je me suis arrêté et j’ai pris la vieille femme dans mes bras. J’ai murmuré à son oreille: «Je serai bientôt de retour dans ma forêt. Mais ce n’est pas encore le moment. Eh mami!?» J’ai rigolé en allant uriner. La vieille femme, tomate rouge, était choquée. 

Si je suis ce que je suis devenu aujourd’hui, c’est parce que je préfère rire. Parfois, j’apprends à rire des racistes, des homophobes, des misogynes, etc. Mais je ne peux pas les haïr.

La haine et la vengeance ne seront jamais pour moi.

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(La version française, qui précède, est une traduction, le texte original, ci-après, étant en anglais.)

What a pity to think that the answer to discrimination (no matter what kind of discrimination but especially racism) is to become racists. 

My people, that’s definitely not my choice. And believe me: as a gay black man, I know the smell of racism, of hate, of bitterness. My mum always taucht me to answer with love. It’s difficult but possible. 

I remember an old white women in a bar in Zurich who asked to go back to my forests. I wasn’t alone. My friends were shocked. The daughter (I think) of that old woman was shocked. And you know what? I wasn’t shocked. I’m used to hate. Useless hate. I can smell it from afar. No. I waited a few minutes and then, on my way to toilets, I stopped and hugged the old woman. I murmured in her ear: I will be back soon in my forest. But it’s not yet the time. Eh mami!?” I laughed on my way to pi. The red tomato old woman was shocked.

If I’m what I’m becoming today, is because I prefer to laugh. Sometimes, I learn to laugh at racists, homophobic, misogynistic, etc. I just can’t hate them. 

Hate and revenge will never be my portion.

Crédit photo: © Niels Ackermann

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Max Lobe
La Promesse de Sa Phall’Excellence
Editions Zoé
2021
144 pages

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