Archives par mot-clé : racisme

Des toilettes non genrées? Allons donc!

Le Regard Libre N° 51 – Danilo Heyer

Ce mercredi 22 mai, Jonas Follonier, rédacteur en chef de la présente revue, partageait sur les réseaux sociaux la photo de la porte des toilettes pour hommes de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Neuchâtel. Sur cette porte figurait une petite affiche masquant le logo masculin et indiquant que «les toilettes avaient été libérées du genre parce que les sigles hommes-femmes affichées sur les toilettes oppressent une partie de la population universitaire». A l’origine de cette action, le «collectif UniNE pour la grève des femmes* et féministe», qui «appelle au boycott de ces codes stéréotypés et moyenâgeux».

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«Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu» pour mériter ça?

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«J’en peux plus de la France; il n’y a plus que des fainéants et des jaloux.»

La fameuse famille qui a accumulé les mariages mixtes est de retour. S’il a fallu que les Verneuil, bons bourgeois catholiques provinciaux un poil racistes, acceptent dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu les conjoints étrangers de leurs quatre filles, à savoir un Algérien musulman, un Juif séfarade, un Chinois et un Ivoirien, ils doivent désormais les convaincre de rester en France. Chacun d’eux veut en effet quitter le pays pour rejoindre sa terre d’origine. La France et ses stéréotypes ethniques les ont lassés. 

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«Green Book: Sur les routes du Sud»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Les Noirs adorent le poulet frit.»

Tony travaille comme videur dans un cabaret; sa carrure est on ne peut plus adaptée au métier. Mais voilà que l’établissement va fermer ses portes. Réputé pour s’arranger en toute situation – parce que c’est un baratineur et surtout parce que c’est un vrai rital – il est recommandé au pianiste virtuose Don Shirley. Il faut à ce musicien noir non seulement un chauffeur pour sa tournée dans le Sud, mais également quelqu’un qui veille sur lui. Nous sommes en 1962, et le racisme est plus que présent. Un rital et un négro sur les routes du Sud, est-ce possible? Il faut croire que oui, puisque Green Book: Sur les routes du sud ne raconte rien d’autre qu’une histoire vraie. 

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Agassiz, censurer le passé?

Le Regard Libre N° 44 – Jonas Follonier

Au bord du lac de Neuchâtel, aux pieds des Jeunes Rives, se niche la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université, sise à l’Espace Louis Agassiz. Cet espace porte le nom d’un grand scientifique américano-suisse du XIXe siècle, Jean Louis Rodolphe Agassiz, devenu professeur à l’académie de Neuchâtel, qui allait devenir ce que les modernes appellent l’UniNE.

Seulement voilà, c’était sans compter les bien-pensants qui peuplent les différentes ramifications étatiques. Louis Agassiz était un raciste, voyez-vous, il fallait donc, d’urgence, ôter son nom de cet espace et le remplacer par celui, plus politiquement correct, de Tilo Frey, qui a – pardonnez mon sarcasme – la triple compétence d’être une femme, une métisse et une «pionnière de l’égalité». La proposition a été formulée par le Conseil général de la Ville de Neuchâtel et s’est vue validée par le rectorat de l’Université.

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«L’Art de perdre»: l’art de réussir à créer des liens

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«Qu’est-ce que vous croyez qu’elles font vos filles dans les grandes villes? Elles disent qu’elles partent pour leurs études. Mais regardez-les: elles portent des pantalons, elles fument, elles boivent, elles se conduisent comme des putes. Elles ont oublié d’où elles viennent.»

Naïma est l’héritière d’une histoire familiale chargée de l’Histoire. Sa famille, d’origine kabyle, est arrivée en France durant l’été 62. Date maudite selon son père Hamid, qui n’a quasiment jamais parlé de l’Algérie à ses filles. Date maudite aussi pour son propre père, Ali, qui avait suggéré aux siens de ne jamais préciser la date de leur arrivée en France, surtout en présence d’autres ressortissants algériens. L’été 62 est en effet le moment où sont arrivés les «harkis», ces Algériens qui ont choisi la France face au FLN.

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« BlacKkKlansman » : l’art comme arme

Les mercredis du cinéma – Virginia Eufemi

Le spectateur de BlacKkKlansman : j’ai infiltré le Ku Klux Klan quitte la salle de cinéma avec la sensation particulière de n’avoir pas uniquement assisté à la projection d’un film, mais d’avoir participé à un événement qui risque de marquer l’histoire du cinéma. Nous avons donc le sentiment qu’il serait judicieux d’analyser la dernière œuvre de Spike Lee sous deux angles, l’un plus formel et l’autre en appréhendant BlacKkKlansman en tant qu’objet socio-politique engagé.

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«American Nightmare 4 : Les Origines»

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Depuis 2013, James De Monaco a surpris avec sa saga American Nightmare qui consiste en une purge annuelle devant réguler la criminalité et le taux de chômage des Etats-Unis. C’est durant une nuit par année que les citoyens américains ont le droit de commettre tous les crimes et exprimer toute leur négativité. Une fois les douze heures passées, les crimes survenus durant la purge ne seront pas poursuivis et la vie reprendra son cours normal. Dans ce quatrième film, le réalisateur Gerard McMurray nous présente l’origine de cette tradition meurtrière qui a eu lieu dans une ville sur une île isolée des Etats-Unis.

Le film de trop

Les « Nouveaux Pères Fondateurs » sont parvenus à la tête des Etats-Unis et décident de mettre en place un projet expérimental visant à baisser le taux de criminalité. Ce nouveau concept vient de la sociologue May Updale et ses idées ont très vite intéressées le nouveau gouvernement des Etats-Unis. Seul problème, Dr. Updale et le gouvernement n’ont pas le même point de vue sur cette expérience qui ne représente qu’un test psycho-social pour la sociologue alors que les politiciens y voient un intérêt économique pour le pays.

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«Sweet Country», un western atypique

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Le film s’ouvre sur de l’eau qui bout. De l’eau qui paraît noire, en raison de la couleur de la casserole. Couleur centrale dans Sweet Country, puisqu’il n’y aura pas d’Indiens ni de grand ouest américain : le western se déroule dans l’Australie des années 1920 et met en scène les tensions raciales de cette époque, entre aborigènes et blancs. Le vocabulaire est rude : « bétail noir », « sale négro », le film ne tarde pas à faire entendre les qualificatifs, rappelant en quelques aspects le dernier Tarantino. Le noir, c’est aussi l’obscurité d’une chambre où se passe un viol.

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«Three Billboards: Les Panneaux de la vengeance»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Vous devez être la mère d’Angela Hayes. »

Il y a neuf mois, tout près de la ville d’Ebbing, dans le Missouri, Angela Hayes a été violée puis assassinée. L’enquête n’a rien révélé. Le criminel rôde toujours sans encombre ; la mémoire de la jeune victime reste sans justice. Sa mère, Mildred Hayes (Frances McDormand), ne l’accepte pas. D’autant que les policiers semblent davantage préoccupés à discriminer les Noirs ou à se balader la mine fière. Mildred rassemble alors ses quelques économies pour louer trois énormes panneaux sur la route du sinistre.

« Violée pendant qu’elle agonisait », affiche le premier, en lettres capitales sur fond orange agressif. Les deux autres interpellent le manque de sérieux de la police en visant directement le shérif Willoughby (Woody Harrelson). Ce dernier, très respecté de tous ses concitoyens, accueille mal l’attaque à son égard. Il est d’ailleurs en phase terminale de son cancer. La situation aussi délicate que passionnelle attire à Mildred l’inimitié des différentes autorités de la ville. Tout spécialement celle de l’officier Dixon (Sam Rockwell), qui prend l’attaque à cœur et veut faire de la vie de la mère vengeresse un cauchemar. Mais il s’affronte à une dure à cuire, prête à la riposte.

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« Le Brio »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Ce qui compte, c’est d’avoir raison ; la vérité on s’en fout. »

La banlieue parisienne, traversée par le métro. Neïla Salah (Camélia Jordana) se rend en Place du Panthéon, à l’Université Assas, pour un premier jour d’études en droit. Son retard de cinq minutes lui coûte cependant l’attention du professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil). Face à une assemblée ébahie, le docte orateur humilie la jeune étudiante sous des jeux de mots et des remarques pointant directement du doigt le faciès sémite de Neïla. Comme si cela ne lui suffisait pas pour s’attirer des problème, il enchaîne avec une critique moqueuse de l’islam. La haine est signée. Pierre Mazard est convoqué par le doyen de la faculté. Seule solution de rachat : préparer la proie de la rentrée au prestigieux concours d’éloquence.

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