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Société

Edito

L’attitude libérale4 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Jonas Follonier, rédacteur en chef du Regard Libre © Nathanaël Schmid pour Le Regard Libre

Il ne sera question ici ni d’un système économique ni d’une philosophie politique: il sera question d’une attitude, l’attitude libérale. Si le libéralisme classique se base sur les principes de propriété privée, de responsabilité individuelle et de consentement collectif, il n’est garant d’une société ouverte – nous ne parlerons pas de société «inclusive», adjectif prisé par les progressistes de tout poil – que s’il pose comme autre condition à la vie en commun le principe de tolérance.

La tolérance, contrairement à ce que l’on peut croire, surtout actuellement, ne revient pas à tout accepter; au contraire. Etre d’accord avec le fait qu’autrui pense différemment, ce qui est typique de l’esprit de tolérance, n’implique pas d’être d’accord avec sa pensée. C’est précisément l’inverse: on tolère par définition une chose que l’on n’approuve pas, ou une personne aux idées ou aux agissements différents des siens. Il ne me viendrait pas à l’idée de «tolérer mes propres convictions» ou de «tolérer des gens admirables en tous points».

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La tolérance est donc la prise en considération de ce que l’on récuse. Elle est la condition du débat et de la vie en société. Le concept de tolérance avait été forgé et brandi par des personnalités telles que Locke ou Voltaire pour justifier une attitude critique face à l’Eglise et à son pouvoir sur les esprits. La libre pensée, voilà la grande avancée des Lumières. Et la libre pensée suppose que l’on puisse critiquer des croyances, des institutions, des religions, des idéologies. Comme l’écrit le penseur israélo-suisse Carlo Strenger, la tolérance implique l’idée d’un certain «mépris civilisé», le contraire absolu du politiquement correct.

La tolérance ainsi définie peut être considérée comme une caractéristique de l’attitude libérale. L’homme libéral est non seulement tolérant, mais aussi curieux, généreux, si possible élégant, et tout simplement aimable. Il est hélas aussi rare dans notre société qu’une panthère des neiges. Et c’est pour cela qu’il est précieux. Il est celui-là même dont nous avons la nostalgie quand nous nous trouvons au milieu d’une plèbe dégoulinante d’irrespect dans un métro lausannois. Tandis que l’esprit illibéral est un égoïste sans intérêt ni respect pour l’autre, l’authentique esprit libéral assume sa condition d’animal social et s’intéresse donc à autrui, aussi bien en le respectant qu’en se donnant le droit de critiquer ses paroles et ses actes.

Ainsi – si, si! – l’attitude libérale permet de prévenir les dérives de l’individualisme. C’est le grand drame de notre époque: nous sommes entrés dans un monde capitaliste et mondialisé sans nous assurer que les gens endossent une attitude libérale. Cela peut paraître philosophique; ça l’est. Mais c’est une réflexion philosophique qui nous concerne tous – et tous les jours: il s’agit de dire que lorsque nous discutons autour d’une table, il ne devrait pas y avoir de camps du bien et du mal; que l’amabilité, la prise au sérieux des gens, la civilité valent mieux pour construire une société saine que la méchanceté que nous connaissons trop; que nous avons le droit de critiquer une religion, quelle qu’elle soit, ou d’en avoir peur; que la critique et le débat ne sont pas des tares, mais des conditions nécessaires à la connaissance, à la vie collective et même au bonheur.

Le débat, encore le débat, toujours le débat. Voilà comment nous nous en sortirons. Pour cela, il faudrait que l’université et les grands médias, bastions contemporains de la pensée unique, se remettent en question sur l’abandon du débat qui a été le leur. Mais hors de question d’établir une distinction nette entre base et élites: le manque d’attitude libérale concerne toutes les couches de la population. Puissions-nous donc tous en faire preuve!

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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