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«En salle», l’envers des fast-foods 

5 minutes de lecture
par Ivan Garcia
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en salle © Kajaanifoto, Wikimedia CC BY-SA 4.0

Avec son premier roman, Claire Baglin livre un regard intime et perçant sur le travail dans le monde des chaînes de fast-foods.

«En salle». Le titre présage un récit sur les salles de fitness, mais il n’en est rien. C’est d’un autre sport dont Claire Baglin nous entretient dans son premier ouvrage. La salle en question est celle d’une chaîne de fast-food bien connue. L’héroïne du récit, une certaine Claire, y travaille en tant qu’employée à côté de ses études.

Gravir les échelons

Le fast-food, justement, c’est le lieu où tout débute et où tout s’achève. Divisé en quatre parties (L’entretien, En Salle, Dans l’huile et Au Drive), le récit suit le cheminement de Claire à travers les différents postes du fast-food. Le début de l’ouvrage mêle l’entretien d’embauche de Claire à ses souvenirs, lorsqu’elle était enfant et qu’elle venait en ces lieux avec sa famille. Ainsi, dans En salle, deux histoires, complémentaires, sont contées: celle de Claire, serveuse dans un fast-food, et celle de Claire enfant, témoin d’un père ouvrier, Jérôme. Celui-ci, sous ses airs de bricoleur et de «franchouillard», vit une véritable aliénation dans son travail à l’usine: métier dangereux, stress, fatigue… Une aliénation qui, bien sûr, a impacté l’héroïne et toute sa famille, dont sa mère, Sylvie, et son frère Nico.

Stress et fatigue, c’est aussi les deux sentiments que ressent Claire lors de son travail. « L’équipière » doit apprendre vite et être opérationnelle. Dans ce milieu, où les collègues n’ont même pas le temps de se parler, elle devra faire ses preuves pour accéder à de nouveaux postes : le Graal étant de pouvoir travailler au «drive», poste de travail privilégié. Mais Claire devra composer avec sa formatrice, Chouchou, qui est bien décidée à ne pas la laisser quitter son poste en salle. Pour ainsi pouvoir continuer à se la couler douce…

«Après trois semaines au drive, je suis désormais en salle, le royaume dont personne ne veut, constitué du lobby intérieur où mangent les clients, de la terrasse, des toilettes et du local poubelle. Je suis en salle parce que je viens d’arriver et que les nouveaux servent à être là où personne ne veut travailler. Je comprends que je vais rester à ce poste. Lorsque je sers un des plateaux posés sur le comptoir, je sais que les équipières de l’autre côté se sont battues pour être derrière le rectangle en béton du comptoir, planquées.»

Au royaume du travail

Ecrire sur le travail, écrire depuis le lieu de travail… La littérature de langue française, peut-être plus que toute autre, entretient un rapport fécond avec le travail. A défaut de se sentir «libéré[s]» par le travail, pour reprendre les mots d’un certain Nicolas Sarkozy, les individus s’en nourrissent et produisent des récits qui témoignent de leurs conditions et, parfois, de l’absurdité de leurs tâches.

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Parmi les auteurs qui ont traité du labeur, on pense, évidemment, à Zola, mais aussi, plus près de nous à l’ouvrage A la ligne (2019) de Joseph Ponthus, auteur qui nous livrait un témoignage sur le travail dans des abattoirs ou une fabrique de fruits de mer. Pensons aussi à l’écrivain fribourgeois Michel Simonet, balayeur de rues qui se confie dans Une rose et un balai (2016), ou encore à L’Etabli (1967) de Robert Linhart, livre dans lequel l’auteur narre le quotidien d’un ouvrier dans une fabrique d’automobiles.

En salle s’inscrit dans cette lignée des récits sur le travail, décrivant ses joies et ses peines, et le vécu des employés qui, dans le cadre de cet ouvrage, apparaissent plutôt déshumanisés, sortes d’automates ayant pour unique souci de servir le client. Un récit à lire, pour découvrir l’envers des fast-foods.

«J’ai rédigé mon CV et ma lettre de motivation avec l’aide de maman, mon père les a relus, mais n’a pas commenté. Il a froncé les sourcils et ajouté le boulot c’est pas toute la vie, on doit garder des loisirs, des passions, avoir des activités le week-end et il ne faut pas se laisser engloutir sinon c’est foutu. Je ne comprends pas ce qui est foutu et mon père répète attention, attention au travail.»

Crédit photo: © Kajaanifoto, Wikimedia CC BY-SA 4.0

Ecrire à l’auteur: ivan.garcia@leregardlibre.com

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Claire Baglin
En salle 
Editions de Minuit 
2022 
160 pages 

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