Pablo l’auteur rencontre et raconte Pablo l’anarchiste

Les bouquins du mardi – Diana-Alice Ramsauer

J’ai lu L’anarchiste qui s’appelait comme moi comme une sorte de livre d’histoire. Sauf que c’était bien plus palpitant. Au travers du personnage réel de Pablo Martìn Sànchez – du même nom donc que l’auteur – on (re-)vit l’une des expéditions révolutionnaires visant à renverser le dictateur espagnol Miguel Primo de Rivera. Un événement qui a bel et bien eu lieu. Mais ce qui est riche dans l’ouvrage, c’est surtout cette plongée dans le monde anarchiste parisien et international du début du XXe siècle. Une aventure de tripes, de cœur et d’idéaux.

«Histoire. Histoire. Et histoire.» Ou plutôt «présent, passé et récit».

Voici la trame narrative qui guide les lignes de L’anarchiste qui s’appelait comme moi.

On débute l’ouvrage avec l’auteur Pablo Martìn Sànchez. Il déprime. Il n’arrive pas à se faire éditer «[rejetant] la faute de son échec à un patronyme trop commun». Il tape alors son nom sur Google – qui ne l’a jamais fait?– et se rend compte qu’il a une multitude d’homonymes. L’un d’eux est un gars né à la fin du XIXe siècle. Ce Pablo Martìn Sànchez est un anarchiste qui a participé en 1924 à une expédition révolutionnaire pour tenter de renverser la dictature espagnole en place. Il est condamné à mort avec d’autres camarades.

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On s’accordera à dire que c’est une bonne trame pour un bouquin. L’auteur Pablo Martìn Sànchez s’en empare et plonge alors dans les documents historiques, journaux de l’époque et autres registres pour nous livrer son récit.

«Vive l’Espagne libre», «vive l’Espagne démocratique»!

C’est là que l’Histoire commence. Car Pablo l’anarchiste que l’on nous présente aux Editions Zulma & La Contre Allée a bel et bien existé. Il naît dans une Espagne industrialisée, empêtrée dans des conflits coloniaux. Une Espagne gouvernée par un Alphonse XIII qui n’est encore qu’un enfant au début du récit. Une Espagne qui subit le coup d’Etat de Miguel Primo de Rivera en 1923, mettant fin au système parlementaire. On est quelques années avant la guerre civile et le régime franquiste.

C’est à cette époque que bon nombre de libertaires, de communistes, de républicains, de catalanistes, de syndicalistes, d’intellectuels et de déserteurs fuient ce régime qui les menace d’enfermement et de torture. Les attentats terroristes se multiplient contre le roi d’Espagne. La répression est violente. Se crée alors une petite communauté d’opposants un peu partout en France, mais surtout à Paris, épicentre de l’anarchisme. Pablo Martìn Sànchez en fait partie.

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Paris, de Belleville à la Rotonde: carrefour des révolutions

C’est dans ce tragique, mais bouillant contexte que l’on suit le jeune révolutionnaire. Un récit délicieux que l’on prend au sérieux tout en doutant à chaque instant de la véracité des détails.

Tout commence dans cette imprimerie, La Fraternelle, dans le quartier de Belleville. Pablo y travaille et frappe un journal révolutionnaire destiné à la communauté espagnole de France.

Opposant notoire depuis que son père se fait assassiner par deux pauvres diables qui ont simplement le ventre vide, il lit Proudhon, Bakounine et tout un tas de penseurs de gauche et fait de la faim son pire ennemi. Travaillant dans ce qui est le meilleur outil de communication de l’époque, l’imprimerie, il se fait embrigader par son ami d’enfance Robinson – végétarien et prônant l’amour libre – accompagné de son fidèle teckel Kropotkine (on parle ici bien d’un clébard).

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Coup de cœur et coup d’Etat

A cette préparation clandestine, s’entremêle, un chapitre sur deux, le récit de la vie antérieure de Pablo l’anarchiste. Les deux histoires anachroniques du même personnage avancent parallèlement jusqu’à se rejoindre en fin de livre. C’est là où l’auteur Pablo Martìn Sànchez est excellent: en mélangeant ces deux niveaux de récit, il réussit à nous faire tourner les pages. Pourtant, la tâche n’était pas si simple, car il y en a tout de même 600. Toutes les critiques de l’ouvrage le mentionnent: c’est bien que cela peut être décourageant. Mais voilà, l’amitié, l’amour et la trahison: une recette qui fonctionne toujours. 

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On rencontre Emma Goldman aux Etats-Unis, on fait un bout de chemin en Argentine, on visite les tranchées de Verdun et finalement on vit les derniers jours d’un condamné. C’est à la fois magnifique et terrifiant. Et on comprend que l’auteur Pablo Martìn Sànchez ait voulu détailler chaque événement. Sous des montagnes d’archives, il semble parfois avoir eu un peu de peine à choisir.

Et pour ne pas faire la même erreur que l’écrivain espagnol, je terminerai cette chronique avant d’avoir pu tout dire. Mais pour continuer le voyage, je vous laisse sur l’une des plus belles citations du livre:

«Un conservateur, c’est quelqu’un qui préfère l’injustice au désordre.» 

Ecrire à l’auteure: diana-alice.ramsauer@leregardlibre.com

Légende de l’image d’illustration: Dans le récit, Pablo Martìn Sànchez travaille pour l’anarchiste Sébastien Faure, propriétaire de l’imprimerie «La Fraternelle». Ici, son école libertaire «La Rûche» du côté de Rambouillet.

Crédit Photo: © Le Provost. Argenteuil

Pablo Martìn Sànchez
L’anarchiste qui s’appelait comme moi
Traduction de Jean-Marie Saint-Lu
Editions Zulma & La Contre Allée
2021

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