Au-delà du clivage gauche-droite, la querelle de l’universel

Le Regard Libre N° 77Jonas Follonier

Le clivage gauche-droite existe encore sur certains sujets. Parmi eux, citons le salaire minimum, la caisse unique ou encore, de manière générale, la question de savoir par quels moyens une société peut, doit, réduire la pauvreté. Certains observateurs de la vie politique suisse, comme l’historien vaudois Olivier Meuwly, voient même dans les prises de position sur la gestion du Covid-19 une opposition générale entre ceux qui privilégient l’égalité et ceux qui la font passer après la liberté. La définition même de la gauche et de la droite selon le penseur libéral-radical.

Mais d’autres clivages essentiels ont cours au sein de la société et dans les débats intellectuels, politiques, académiques, idéologiques. Les pro- et les anti-mondialisation, par exemple, ne recoupent pas exactement la gauche et la droite. Typiquement, il existe une droite souverainiste hostile à la globalisation qui, sur cette question, peut se retrouver main dans la main avec une partie de la gauche syndicaliste. Le récent dossier de l’accord-cadre de la Suisse avec l’Union européenne l’a montré.

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L’un des nouveaux clivages à l’échelon occidental dont il est urgent de saisir l’importance oppose les républicains aux communautaristes. Faut-il être indifférent, sur le plan civil, à l’origine ethnique, au genre ou encore à l’orientation sexuelle et considérer que la seule communauté qui vaille est une union politique? Ou faut-il ne voir dans une société que des Blancs, des Noirs, des hommes cisgenres, des lesbiennes, des véganes non binaires et créer des lois pour lutter contre le «racisme structurel» et la «culture du viol» de ladite société?

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C’est une certaine gauche actuelle qui fait sienne cette seconde idée, faisant rejaillir les études «raciales», les réunions non-ouvertes à l’un des deux sexes – bref, du différentialisme, de la discrimination («positive»). A bien y réfléchir, ce n’est pas surprenant, tous les totalitarismes du XXe siècle ayant, à la base, quelque chose à voir avec la gauche.

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L’anti-racisme est un bonne porte d’entrée dans cette discussion indispensable; le féminisme également. On compte aujourd’hui au moins deux genres de féminismes, radicalement différents l’un de l’autre. D’un côté, le féminisme universaliste, défendant simplement la spécificité de l’être humain, les droits de l’individu quel qu’il soit. De l’autre, le féminisme intersectionnel, où il s’agit de défendre la femme en tant qu’entité oppressée et politique, au même titre que le (post-)colonisé ou la «personne LGBT».

Or, si ce combat d’idées opposant les républicains aux clanistes peut avoir lieu, c’est bien parce que les premiers ne l’ont pas (encore?) perdu. Défendre le modèle de la démocratie libérale, c’est défendre le pluralisme des sensibilités se tolérant les unes les autres. Et c’est défendre un régime politique où nulle revendication n’est censée pouvoir empiéter sur les libertés individuelles.

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Le sociologue québecois Mathieu Bock-Côté a choisi son camp, montant au créneau contre le «régime diversitaire». Son analyse, passionnante, est évidemment sujette à débat. Et c’est en vertu de la démocratie libérale, républicaine, elle-même que les adversaires de cette vision seront libres de la critiquer.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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