Eloge du travail

Le Regard Libre N° 63 – Jonas Follonier

Il peut paraître vieux jeu de faire l’éloge du travail. Cela peut même sembler gonflé à un moment où tant d’individus ont dû faire des sacrifices pour lutter collectivement contre la crise. Il n’aura cependant échappé à personne que la crise sanitaire due au Covid-19 s’accompagne entre autres d’une crise économique et que celle-ci, selon plusieurs analystes reconnus s’étant exprimés dernièrement, pourrait bien être encore pire que celle-là. Pire, au sens où elle pourrait engendrer davantage de morts.

Quel que soit le sort que le futur réservera à cette hypothèse, une certaine attitude s’impose naturellement à nous: «Retroussons-nous les manches». Eh oui. Un slogan qui, comme a bien fait de le rappeler Franz-Olivier Giesbert dans un éditorial du Point, était jadis scandé par des personnalités de gauche et même radicalement de gauche, comme Maurice Thorez, et qui pourtant sonne aujourd’hui bien de droite – et encore, tout simplement ringard.

C’est que les nouveaux prophètes assurent avoir trouvé le salut de l’humanité dans l’idée d’un revenu de base inconditionnel. Directement versée par l’Etat, cette rémunération à tous les individus sans condition aucune permettrait, selon ses défenseurs, de garantir le minimum vital à tout le monde et de laisser les individus réellement choisir ce qu’ils entendent faire de leur temps libre. Dans l’esprit de ces rêveurs, les gens pourraient en effet s’adonner à la peinture, à la sculpture et à la confection de confitures.

Tout cela est bien beau, sauf qu’une vie humaine ne se remplit pas seulement d’amour et d’eau fraîche; elle suppose aussi le travail. Au-delà de la question de la valeur travail, fort complexe, l’activité rémunérée consiste en ce que les humains ont trouvé de mieux pour que chacun apporte sa pierre à l’édifice de la société tout en étant payé pour cela. La division du travail permet, elle, une répartition des talents et des compétences, mais aussi parfois des intérêts et des envies.

Certes, il y a encore mille progrès à faire en matière de conditions de travail. Le nier serait malvenu. Tout travail mérite non seulement un salaire, mais un choix vraiment libre, c’est-à-dire un contrat réellement volontaire entre les deux parties, mais aussi une certaine transparence du côté de l’employeur comme de l’employé, le respect de critères ayant trait aux externalités négatives, etc. Or, il serait tout autant malvenu de nier que l’individu – quel qu’il soit – doit fournir des efforts, encore plus en période de crise.

Avant même de parler de ce que le Covid-19 aura pu nous apprendre, contentons-nous modestement de remonter la pente tous ensemble. Reprenons notre travail de plus belle si nous l’avions arrêté, poursuivons-le de plus belle dans l’autre cas; entraidons-nous, car nous savons bien que nous n’avons pas tous les mêmes possibilités de pouvoir exercer nos activités en la situation et que nos divers métiers n’ont pas la même pénibilité physique ou mentale.

La complémentarité est une richesse de la société; alliée à la solidarité, elle devient une force. Une force capable de sortir une communauté d’un gigantesque trou. Gardons en mémoire la manière dont l’Allemagne a su se redresser économiquement après les plus sombres heures de son histoire. Rappelons-nous que la plupart des gens, les braves gens, aiment leur travail. C’est un des plus grands sujets de conversation, avec l’amour. Parfois même, pour certains, une raison de vivre.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Laisser un commentaire