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France

Interview

Omar Youssef Souleimane: «La langue française est devenue ma patrie»6 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Omar Youssef Souleimane: «Le libéralisme est à mon sens le système le plus à même d’accueillir des nouveaux venus dans un pays et de les intégrer.» Photo: Bruno Klein

Défenseur de l’universalisme, l’écrivain syrien réfugié dans le pays de Voltaire et de Molière plaide pour la raison contre les dérives identitaires. Il présentera jeudi à Genève son ouvrage Les complices du mal documentant l’antisémitisme de la France insoumise.

Poète, romancier et essayiste, Omar Youssef Souleimane a fui la Syrie pour la France, où il écrit désormais dans une langue devenue sa «patrie». Fin observateur des fractures idéologiques, il critique l’aveuglement d’une partie importante de la gauche face à l’islamisme et défend un libéralisme fondé sur l’égalité devant la loi. Entretien à quelques jours de sa conférence à Genève*.

Le Regard Libre: Vous écrivez dans l’avant-propos de votre livre que la France est «la terre de la liberté d’expression». Que dire du climat actuel de tolérance intellectuelle dans ce pays?

Omar Youssef Souleimane: Il faut distinguer en effet entre la loi française, qui permet la liberté d’expression, et la société. Je ne suis pas censuré par l’Etat, mais tous ceux qui me critiquent à l’extrême gauche parlent de mes origines syriennes et non du fond de mon propos. Je suis taxé d’«Arabe de service», alors même que l’égalité est censée être un pilier de la gauche. J’ai recoupé des preuves d’antisémitisme en infiltrant des manifestations et j’en ai tiré des conclusions. Qu’ils s’opposent à mon travail par des arguments au lieu de s’en prendre à moi.

Dans un contexte si tendu sur la question du conflit israélo-palestinien, votre ouvrage est-il vraiment utile? Ne prêchez-vous pas des convaincus?

Je pense pouvoir convaincre, bien que cela soit effectivement difficile. Une peur s’est installée et elle est en train de monter. Les personnes dont je critique les discours défendent de plus en plus des émotions, pas des idées. En France aujourd’hui, dès que l’on ne défend pas l’extrême gauche, on est taxé de faire monter l’extrême droite. Si l’on passe dans un média comme CNEWS ou Europe 1, on sera vu comme un idiot utile récupéré par une alliance qui serait celle des milliardaires et des réactionnaires.

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Cela étant, j’ai reçu des milliers de messages depuis la sortie du livre, en particulier de jeunes qui sont intéressées à en savoir plus sur le sujet. Malheureusement, je pense qu’ils sont minoritaires. Mais cela peut changer.

Une actualité est venue se greffer entre-temps aux enjeux que vous décrivez: la révolte iranienne. Est-ce que, comme en Suisse, le service public français a tardé à décrire ce qui se passait, à savoir une lutte contre le pouvoir islamiste?

Oui, totalement. Si, le premier jour, on pouvait décrire les événements comme une révolte contre le pouvoir d’achat, tout a basculé dès le lendemain dans un engagement politique visant à renverser le pouvoir en place. Et, de fait, cette révolution a la particularité de ne pas se dresser contre une tyrannie traditionnelle, mais religieuse. L’Iran fait partie des dernières théocraties au monde, avec l’Afghanistan et, dans une certaine mesure, l’Arabie saoudite. Voilà ce qui a été le plus insoutenable dans cette cécité. Si la révolution iranienne aboutit, elle signera le début de la révolution dans toute la région. Si les Syriens ont réussi à renverser Bachar al-Assad, mais l’ont remplacé par des islamistes, le peuple iranien, lui, se dresse à la fois contre la dictature et contre l’islamisme.

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L’Iran fait du reste figure d’exception dans un monde arabe d’ordinaire si ignorant de son passé non musulman. Les Iraniens forment un peuple éveillé, conscient d’appartenir à 2000 ans d’histoire. Les autres pays arabes sont déconnectés de leur passé lointain. Ils méconnaissent également la culture iranienne. Il est frappant de constater que les militants d’extrême gauche si actifs pour le sort des Palestiniens soient si silencieux sur l’Iran. Ce qui les obsède en réalité est Israël. Dans cette crise, l’Etat juif n’est pas concerné, alors pourquoi en parleraient-ils?

Comment pensez-vous que la polarisation actuelle autour de ces questions, alimentée par l’identitarisme et le communautarisme, puisse se résoudre?

Par l’engagement. Il faut, d’une part, révéler des vérités, réaliser des enquêtes. D’autre part, alimenter le débat, avec des conférences, des discussions avec les jeunes. L’appartenance qui peut nous sauver est celle à la valeur universaliste de la raison.

Depuis quand le français est-il devenu la langue dans laquelle vous rêvez?

Lorsque j’ai découvert l’œuvre de l’auteur et poète français Christian Boban. Son écriture est d’une finesse rare. Ce qui a principalement motivé mon œuvre depuis 2016, c’est la perte de mon pays d’origine, de ma famille, de mes amis. La langue française est devenue ma patrie. Elle signifie beaucoup pour moi. C’est justement la langue de l’universel, des droits de l’homme, de la liberté.

Le libéralisme apparaît d’ailleurs à la toute dernière page de votre livre. Quel sens lui donnez-vous, vous qui vous identifiez comme une personne de gauche?

Le libéralisme est à mon sens le système le plus à même d’accueillir des nouveaux venus dans un pays et de les intégrer. C’est ce que j’ai expérimenté moi-même. Le libéralisme consacre tout simplement l’égalité devant la loi, contrairement à ce que prétend une bonne partie de la gauche.

Diplômé en philosophie et journaliste de profession, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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*Omar Youssef Souleimane présentera son ouvrage Les Complices du mal le jeudi 12 février 2026 à 19h00 à l’école Beit Yossef Girsa, à Genève. Rencontre animée par la journaliste Laetitia Guinand et suivie d’un apéritif dînatoire. Dernières places disponibles: e.chettrit@beityossefgirsa.ch

Omar Youssef Souleimane
Les complices du mal
Plon
Octobre 2025
208 pages

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