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France

Interview

«La gauche a bétonné la Seine-Saint-Denis pendant cinquante ans»6 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Ferréol Delmas, qui sillonne la France avec son groupe de réflexion Ecologie responsable, en est convaincu: l’écologie peut et doit être ancrée dans les territoires et fondée sur l’entrepreneuriat. Bref, de droite. Entretien.

Directeur général du groupe de réflexion Ecologie Responsable, qu’il a fondé en 2018, Ferréol Delmas veut réconcilier la droite avec l’écologie. A travers une valorisation d’initiatives locales, le jeune Vauclusien proche du parti Les Républicains (LR) défend une écologie enracinée, fondée sur l’innovation, le bon sens et la responsabilité. Son think tank, financé par l’association Nuances d’Avenir (quatre cinquièmes), alimentée par des fonds privés, et la Fondation Européenne pour le Climat (un cinquième), entend créer un «grand mouvement climat de droite».

Le Regard Libre: En quoi consiste le «Tour de France» que vous avez lancé en partenariat avec Nuances d’Avenir et qui bat son plein en ce moment?

Ferréol Delmas: Ecologie Responsable veut proposer une écologie de droite, fondée sur deux piliers: l’enracinement et l’innovation. Comme la plupart des organisations non gouvernementales sont très parisiennes, nous avons voulu faire l’inverse: parcourir la France pour observer ce qui fonctionne localement et le valoriser.

En un an, nous avons couvert une vingtaine de départements, des grandes villes comme Grenoble ou Rennes jusqu’à de minuscules communes de 200 habitants, à l’image d’Avoise dans la Sarthe. Nous rencontrons des élus, des pêcheurs, des forestiers, des agriculteurs. L’idée est de repérer des solutions concrètes et efficaces pour l’environnement.

Par exemple?

La municipalité d’Amboise, dans le département d’Indre-et-Loire, plante un arbre au nom de chaque enfant né dans la commune: c’est un geste simple et symbolique d’enracinement. A Goeulzin, dans le Nord, un ancien moulin a été transformé en petite centrale hydroélectrique. Cette démarche allie innovation énergétique et préservation du patrimoine. Autre exemple, à Etrepagny, en Normandie, des méthaniseurs transforment les déchets végétaux en énergie verte, revendue à Enedis.

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Comment faites-vous remonter ces initiatives?

Nous préparons un rapport rassemblant 100 propositions issues du terrain. Il sera présenté en janvier, devant environ 200 maires. L’idée est de leur offrir une «boîte à outils» pour inspirer leurs politiques locales.

Visez-vous également un débouché politique au niveau national?

Oui. Nous prévoyons la création d’un caucus parlementaire du think tank pour porter certaines propositions au niveau national. Mais à court terme, l’objectif est d’aider les élus locaux de droite à valoriser leur action écologique. Beaucoup d’entre eux font déjà de l’écologie sans le dire: ce sont un peu les Monsieur Jourdain de l’écologie.

Votre organisme remet chaque année un prix Simone Weil. Quel est le lien entre cette philosophe française et l’écologie?

Simone Weil, qui a vécu de 1909 à 1943, a défendu dans son ouvrage L’Enracinement l’idée que «l’enracinement est le premier besoin de l’âme humaine». Aimer son terroir, c’est en prendre soin. Le beau, disait-elle, est intrinsèquement écologique. Protéger notre patrimoine, c’est aussi lutter contre les effets du réchauffement climatique.

Dans une récente vidéo, vous avez affirmé que le président des Républicains, Bruno Retailleau, était plus écologique que Sandrine Rousseau, figure des Verts. Pourquoi?

Bruno Retailleau a mis en place la loi sur le préjudice écologique après la marée noire du pétrolier Erika. Il a aussi développé les énergies renouvelables dans les Pays de la Loire: hydraulique, solaire, etc. Et puis, son mode de vie sobre et enraciné contraste avec le mode de vie très urbain et militant de Sandrine Rousseau. Cette publication sur les réseaux sociaux a choqué certains, mais le but était de rappeler que la droite aussi agit pour l’environnement, souvent sans le dire. Et que la gauche agit parfois contre l’écologie. Rappelons que c’est elle qui a bétonné la Seine-Saint-Denis pendant cinquante ans, comme me l’a résumé un jeune sur place.

Parfois, dans ce dossier comme d’autres, le meilleur moyen d’agir en politique est de ne rien faire, non? C’est-à-dire, permettre des initiatives spontanées au lieu de trop les réglementer, laisser du capital aux gens au lieu de les taxer…

C’est vrai, oui. Il s’agit également de dépenser mieux, pas plus. En France, on dépense énormément, mais l’efficacité est faible. Je suis pour la dépense écologique, à condition qu’elle soit utile et contrôlée. C’est une question de bonne gestion, pas d’idéologie. En outre, je suis partisan d’un certain protectionnisme. Par exemple, taxer les produits importés qui ne respectent pas nos normes environnementales au lieu d’imposer nos propres citoyens et entreprises. C’est une forme de libéralisme intérieur mais pas extérieur, proche de la pensée de Richelieu.

Quels sont vos objectifs à long terme?

Créer un grand mouvement climat de droite. Aujourd’hui, selon notre sondage réalisé avec Parlons climat et Nuances d’Avenir, 80% des jeunes de droite se disent écolos, mais 60% ne se reconnaissent pas dans les discours écologistes dominants, souvent très moralisateurs. Nous voulons leur offrir une alternative: une écologie enracinée, responsable et non culpabilisante.

Selon vous, quelle personnalité politique incarne le mieux votre vision?

David Lisnard. Maire LR de Cannes, il allie autorité, enracinement et écologie locale. Il a d’ailleurs reçu notre Prix de l’Enracinement l’an dernier. Pour moi, cet élu local incarne parfaitement cette écologie de droite que nous défendons.

A lire aussi | David Lisnard, le maire en guerre contre l’incivisme

Vous avez travaillé un an au ministère du Logement. Qu’en retenez-vous?

Une expérience très formatrice. J’étais conseiller de Valérie Létard, en charge des territoires ruraux. J’ai tenté de relancer une aide à la rénovation des anciens logements communaux, mais sans succès. C’est frustrant, car l’administration est très puissante, surtout quand la situation politique est instable.

Diplômé en philosophie et journaliste de profession, Jonas Follonier est le rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com.

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