La crise de la politique

Il s’est passé en politique exactement ce qui s’est passé dans l’art: en Occident, la représentation est en crise. De la même façon que, lentement mais sûrement, la peinture se dirige vers de moins en moins de représentation du monde et de plus en plus d’abstrait, voire d’absurdité, la démocratie représentative est sur une pente savonneuse. Une part non-négligeable de la population ne se retrouve plus dans ce que proposent les musées, réservoirs de tableaux, ou les partis, réservoirs de politiciens.

Ce constat est largement partagé par les analystes comme par les politiciens eux-mêmes.  En Suisse, terre de la démocratie semi-directe enviée partout dans le monde, la problématique prend peu à peu de l’importance. A droite, les élus relativisent souvent le problème, s’en remettant aux institutions existantes, même s’ils sont prêts à réfléchir à des mesures à prendre. A gauche, au sens large, des pistes de changement sont évoquées: il s’agit d’aller vers «plus de démocratie». Droit de vote à seize ans, structures citoyennes en tous genres, droit de vote des étrangers… Certains, jusqu’à une poignée de jeunes libéraux-radicaux, évoquent même la question de l’habillement: si le peuple suisse ne se reconnaît plus dans ses représentants, c’est qu’ils vivent dans leur monde – l’ancien. Qu’ils tombent donc la chemise!

Ce qui est considéré comme un excès d’officialité ne serait-il pas en réalité l’inverse, à savoir un manque de prestige? Il suffit de songer à quel point les vœux télévisés de la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga dans sa petite boulangerie le 31 décembre dernier ont fait ricaner l’Europe entière, comme si l’épisode du «rire c’est bon pour la santé» n’avait pas suffi. C’est précisément en voulant jouer aux gens simples que les politiciens se ridiculisent! François Hollande, qui se vendait comme un «président normal», a gouverné sous les moqueries et les insatisfactions, avant même qu’il ne commence son mandat. Normal: la présidence d’un Etat n’a rien de normal.

Le manque de vision de nos politiques est ce qui devrait nous préoccuper en premier lieu: ils ne sont pas seulement des gestionnaires. Qu’ils nous montrent un début d’itinéraire pour notre communauté, fût-ce dans une boulangerie! Quand l’exécutif ne remplit pas ce rôle, le législatif qui l’a élu perd lui aussi en crédibilité. C’est malheureusement à peu près ce qui se passe. La question du droit de vote dès seize ans est au fond aussi secondaire que celle de l’habillement. Toutes deux ne concernent que la surface. Va-t-on un jour reparler de fond dans ce pays?

Le droit de vote des étrangers au niveau national, l’un des sujets actuellement en discussion, démonterait un lien précieux: celui entre la nationalité et la citoyenneté. Si elle n’offre plus le droit de participer à la vie politique, que devient une nationalité? Est-elle condamnée à n’être que la détention d’une origine? Laquelle, celle du père du père du père…? Du point de vue d’un étranger, à quoi bon chercher à obtenir la nationalité suisse si l’on peut déjà prendre part aux élections et aux votations?

Les défenseurs du droit de vote des étrangers se satisfont sans doute de cette issue, puisqu’en fait, ils ne sont pas attachés à la notion de nationalité. Leur projet ultime, même pas dissimulé, est de ringardiser ce vieux monde, comprenez par là le monde moderne, les concepts de nationalité, d’état de droit, de laïcité, de système de milice, et jusqu’aux institutions. Or, une nation, cette réalité qui fait peur, est plus qu’un pays: par-delà ses paysages, elle est depuis le XVIIe siècle un Etat, et depuis le XIXe siècle un Etat de droit.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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