Archives par mot-clé : albert camus

Eduardo Nunes : « Vous pouvez composer un film comme vous composez une musique »

Le Regard Libre N° 38, dossier spécial FIFF 2018 – Loris S. Musumeci

« Tu verras, il est adorable », m’avait-on dit au service de presse. Cela s’est confirmé. Le réalisateur brésilien Eduardo Nunes a mis toute sa tendresse dans les images délicates et les sons précis d’Unicorn (Unicórnio) qu’il a présenté au Festival International de Films de Fribourg. Rencontre autour d’un café à l’Ancienne Gare, quartier général du festival.

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Matthias Sindelar, le Mozart du football

Le Regard Libre N° 34 – Nicolas Jutzet

Les grands héros se trouvent parfois sur un simple rectangle vert. Sindelar, précis face au but et courageux ailleurs, en fait assurément partie. Son histoire est celle d’un homme qui aura su lutter contre l’évidence, en assumant l’importance de son statut.

Le football, sport le plus pratiqué au monde. Sport du peuple par excellence. Praticable partout, tout le temps. Le football regorge d’histoires et d’anecdotes laissant supposer que, contrairement à la plupart des huées condescendantes que lui réserve une partie de la population, qui croit s’élever en critiquant sans comprendre, il est question de bien plus que des vingt-deux pantins qui courent après un ballon. Nous nous trouvons face à un véritable fait social.

Certains, comme Georges Haldas, passeur d’émotions à la plume soyeuse, écrivent sa légende. Albert Camus dira de son côté : « Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois ». Vouloir opposer l’élite et le ballon rond n’est donc point pertinent. Prenons pour preuve les tribunes officielles lors des grands événements, garnies par les huiles politiques, économiques et culturelles. Mais avant d’en arriver au sport business quelque peu aseptisé que nous connaissons, le football a eu le temps de se créer sa légende. Focus sur un acteur de ce grand conte. Continuer la lecture de Matthias Sindelar, le Mozart du football

Simone Weil et le sentiment national

Le Regard Libre N° 29 – Jonas Follonier

En cette veille du mois d’août et de la célébration de notre belle Suisse, jetons un regard sur une grande femme du XXe siècle, qui à travers sa vie et son œuvre a marqué à jamais la philosophie européenne. Simone Weil, avec un W, à ne pas confondre avec la femme politique qui vient de nous quitter.

Née d’une famille juive-alsacienne, Simone Adolphine Weil côtoie dès son plus jeune âge la réalité de la Première Guerre mondiale. Son père étant chirurgien militaire, elle se trouve confrontée à la misère humaine, à laquelle elle se montre très vite sensible. Son combat, toute sa vie durant, se réfèrera au sort des plus faibles, des opprimés, des déracinés.

Le déracinement : l’un des grands thèmes, si ce n’est le plus central, de la pensée de Weil. Convaincue qu’il s’agit de la principale cause des tragédies qui sont celles de son temps, nazisme en tête, la jeune philosophe française consacra à cette question un ouvrage renversant de lucidité et d’autorité, qui fut hélas également son dernier : L’Enracinement. Continuer la lecture de Simone Weil et le sentiment national

Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

« Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun : n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument : « Je suis heureux ». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation : « Ah ! vous êtes heureux, mon garçon ? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux ? » Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. » – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète ; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage : il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer ! Gardien de but, on le décrira comme « solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe ». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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