Archives par mot-clé : bonheur

« Love, Simon » : mais comment faire son coming out ?

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Donc, comme je le disais, je suis comme toi. J’ai une vie totalement, parfaitement normale. »

Il est plutôt cool comme mec et il est beau garçon. Au lycée, tout roule. En famille, rien de quoi se plaindre. Et son groupe de potes est soudé et génial. Simon mène donc une vie « totalement, parfaitement normale ». Mais il y a un secret dont le jeune a omis de faire part à son entourage : il est homosexuel. Bien sûr, il est sorti avec des filles pour faire genre, comme on dit dans le jargon de la jeunesse, mais ce sont les garçons qui lui donnent les papillons aux ventres.

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« 3 jours à Quiberon » pour 3 contrastes de Romy Schneider

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pour certains vous êtes une sainte tragique ; pour d’autres, une putain. »

Un cerf-volant de toile blanche vole dans le ciel blanc. Il s’y noie. Egaré par le vent. Çà et là. Poussé par les vagues célestes. Retenu par les nuages. « Regarde, il monte. » Romy Schneider est en cure au Sofitel de Quiberon, en Bretagne. La vedette tâche d’y soigner les contrastes de sa vie. L’alcoolisme souffert, la sobriété désirée ; l’inconstance affligeante, la constance affligée ; le malheur réel, le phantasme du bonheur.

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Pour en finir avec l’été

Thierry Fivaz – Le Regard Libre N° 38

Il suffit de prendre le bus, le train ou simplement de déambuler dans les rues pour savoir qu’elle est arrivée. Le parfum laiteux de la crème solaire et l’odeur acidulée de transpiration laissaient peu de place au doute ; sa venue était imminente. Défiant l’entendement, les habitudes et les statistiques, c’est sans aucun respect des saisons qu’avril et ses températures estivales enfoncèrent le clou. Le mal était fait et plus tôt qu’à l’ordinaire. Aucun moyen d’y échapper ; nous voilà contraints et forcés, comme chaque année, de la supporter : l’effervescence de l’été.

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L’été 86

La citation de la semaine – Loris S. Musumeci

« Tout autour on se trouble, s’inquiète, soupçonne un hic, perçoit un aveu de mes trop virulentes dénégations. Ça cache quelque chose, une plaie, une écorchure, une entorse incurable au bonheur.

Toujours j’ai donné le change, mais aujourd’hui me trouve las d’esquiver et pressé d’admettre qu’en effet il y a quelque chose qu’il ne faut pas tarder à raconter.

Le temps est venu quoi qu’il en coûte de remonter à la blessure.

De remonter à 86.

A l’été 86. »

François Bégaudeau, La blessure la vraie

© Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre

« Amoureux de ma femme » : les phantasmes de Daniel Auteuil et de ces Messieurs

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« J’ai envie de rire, voyager, baiser. »

Daniel (Daniel Auteuil) sort de sa maison d’édition. Il marche  d’un pas décidé et rapide, dossiers sous le bras. Au coin de la rue, il croise Patrick (Gérard Depardieu), son vieil ami. « Il faut qu’on s’organise un dîner », déclare ce dernier. Enchanté, Daniel lui propose même de venir samedi à la maison. Soudain, il pense à la réaction de sa femme, Isabelle (Sandrine Kiberlain), lorsqu’il lui annoncera la nouvelle : catastrophe. Patrick a en effet quitté Laurence, meilleure amie d’Isabelle, pour se mettre avec la jeune et sensuelle Emma (Adriana Ugarte), qui n’arrive sans doute pas à la moitié de son âge.

Finalement, entre la maladresse de Daniel, qui cherche à repousser la date sans conviction, et l’insistance de Patrick, le dîner est fixé à samedi. Isabelle accepte après quelque opération rhétorique de la part de son mari. Le grand soir arrive. Ambiance tendue. Patrick et Emma font leur apparition. Daniel est hébété. Il est séduit par Emma comme un adolescent qui découvre l’amour. Et là, malaise pour lui : non seulement, la différence d’âge est énorme, mais la jeune femme est déjà en couple avec Patrick. Le dîner s’annonce prometteur en gaffes et en phantasmes.

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Les Journées photographiques de Bienne

Article inédit – Marina De Toro

Du 4 mai au 27 mai 2018, ce sera l’occasion de découvrir la 22e édition des Journées photographiques de Bienne dont la direction a été reprise par Sarah Girard depuis février de cette année. Ces Journées consistent en des expositions réparties dans six endroits différents de la ville de Bienne : le Photoforum Pasquart, le Nouveau Musée, la Gewölbe Galerie, la Farelhaus, Le Grenier ou encore la Schule für Gestaltung.

Cette année, c’est le bonheur, ou plutôt la représentation qu’on s’en fait, qui est questionné par les nombreux photographes professionnels. Ils viennent des quatre coins du monde, mais on retrouve aussi des photographes suisses comme Thomas Brasey, Calypso Mahieu et bien d’autres encore. En plus des expositions, divers événements vont animer ces quatre semaines photographiques avec des conférences, ateliers, projections, concours et visites. A l’occasion d’une rencontre avec Sarah Girard, nous avons pu discuter plus amplement de l’événement, mais aussi des usages contemporains de l’image dans notre société.

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Sarah Girard, directrice des Journées photographiques de Bienne depuis février 2018

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« Et les mistrals gagnants », une leçon de bonheur

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

Un film sur l’instant présent, sur le bonheur, sur l’enfance, sur l’humanité, sur la maladie. Et les mistrals gagnants est tout cela à la fois. Ce documentaire signé Anne-Dauphine Julliand réunit toutes les qualités d’un bon documentaire, et propose un regard non pas sur les maladies graves touchant les enfants, mais sur les enfants touchés par les maladies graves. Des enfants respirant la joie de vivre. Un chef d’oeuvre que cette mise en lumière d’enfants gravement malades mais heureux.

C’est justement ce mais qui est questionné dans le long métrage. Centré sur cinq enfants malades ayant entre six et neuf ans, le film ne les porte pas pour autant. C’est eux qui portent le film. Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual donnent tout simplement une leçon bouleversante au spectateur. Une leçon de vie. Le bonheur est à la portée de chacun, et il ne consiste pas en la somme maximale de plaisirs : il est une foi dans l’existence, avec tout ce qu’elle comporte. Continuer la lecture de « Et les mistrals gagnants », une leçon de bonheur

La ballade de Jim Harrison

Le Regard Libre N° 27 – Léa Farine

« Le plus souvent, rien de particulier ne me tracasse, du moins rien qui ne soit aussitôt rectifiable, rien d’autre que le besoin de faire un pas de côté loin de ma vie pendant un ou deux jours et de marcher en pays inconnu. Peu après l’aube, équipé d’une carte de la région, je me promène dans les champs déserts, les canyons, les bois, mais de préférence près d’un torrent ou d’une rivière, car depuis l’enfance j’aime leur bruit. L’eau vive est à jamais au temps présent, un état que nous évitons assez douloureusement. » (Jim Harisson, En Marge)

Le temps présent – voilà peut-être ce qui caractérise le mieux l’œuvre de Jim Harrison. Cet écrivain et poète américain, né en 1937 dans le Michigan et mort en 2016, use du langage comme d’un matériau brut, presque physique, qui fait voir et fait sentir sans jamais verser dans une esthétisation trop artificielle.

Son confrère Yann Queffelec écrit dans Le Nouvel Observateur en 1981 : « Le style est à lui seul un chef-d’œuvre, une leçon pour auteurs français plus habiles à sodomiser les mouches de la ponctuation, à sacraliser des arguties qu’à livrer une inspiration urgente. » Que l’auteur décrive les grandes plaines et forêts américaines, ses parties de chasse en solitaire, les grandes beuveries qu’il affectionne, ou l’existence et les rêves de ses personnages, c’est toujours avec chair, avec sang, avec bruits et odeurs – ça vit. Continuer la lecture de La ballade de Jim Harrison

Exit, un joyeux suicide

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Il y a aujourd’hui dix nuits de cela, Monsieur « O. » se donnait la mort, dans la solitude de son domicile. Il se sentait « fatigué de vivre », disait-il. Le suicide est sombre et dramatique. Il n’est rien de plus horrible que de perdre son corps en le regardant ridé et marqué d’une vie qui n’a encore jamais cessé. C’est toujours la première fois que l’on meurt. Assister au dernier instant de l’existence, sa propre existence, donne le frisson de la nouveauté, de la grandeur, de la fin. L’ultime frisson : inutile, oublié, mort.

Monsieur O. fut toutefois victime. Ses hostiles frères, Bernard et Claude, ainsi que l’injuste justice genevoise s’étaient opposés à son envie de partir paisiblement. Alors même que l’association Exit avait proposé la solution idéale : un joyeux suicide accompagné. Qu’y avait-il de mal à respecter le choix individuel d’un homme simple et normal ? On en appelle sans cesse à la très sainte liberté pour mener une vie heureuse. Dès qu’il s’agit cependant d’expirer, une bonne fois pour toutes, le souffle des douleurs et du mal-être, la liberté n’est plus prise en considération. Pis encore lorsqu’une telle corruption prend sa source tragique au sein de la justice et de la famille. Apparaît là un second suicide, celui de la compassion. Continuer la lecture de Exit, un joyeux suicide

Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

« Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun : n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument : « Je suis heureux ». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation : « Ah ! vous êtes heureux, mon garçon ? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux ? » Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. » – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète ; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage : il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer ! Gardien de but, on le décrira comme « solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe ». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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