Archives par mot-clé : camus

« Mektoub, My Love : Canto Uno »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Tu poses en faisant la meuf mal à l’aise. »

Amin (Shaïn Boumedine) revient à Sète pour les vacances. Il y retrouve sa famille, ses amis et l’ambiance méridionale de la ville au bord de mer. Le jeune garçon a abandonné ses études de médecine à Paris. Il veut se consacrer à la photographie et au cinéma, pour lequel il prépare un scénario. Passionné dans sa nature et son regard tendre, il a soif de découvrir le monde, la vie, les sens. Toujours observateur, toujours innocent, il tombe dès son arrivée sur une union torride entre son cousin Toni (Salim Kechiouche) et Ophélie (Ophélie Bau), une amie d’enfance, somptueuse fille de berger. Amin ne peut s’empêcher de guetter par la fenêtre : le plaisir est trop grand, mais sa timidité et sa confusion aussi.

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Pensées journalistiques (2/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Avant que d’élucider les mystères et les raisons de ce qui fait aujourd’hui le bon journalisme par la sauvegarde d’une identité imprégnée et d’une écriture authentique, il est intéressant de témoigner brièvement de la presse d’hier. Effectivement, il est bel et bon d’invoquer et de vanter une « culture littéraire » au sein d’un journal, mais sans extraire de l’Histoire quelque article des plus marquants à ce sujet, le propos n’a que peu de puissance ; sans être vain néanmoins, le travail n’est, en un certain sens, que réalisé à moitié.

C’est pourquoi, en guise d’illustration, le fameux « J’accuse… ! », article pamphlétaire d’Emile Zola sur l’affaire Dreyfus, un des plus célèbres de la presse française et même mondiale, rend compte d’un journalisme vraiment littéraire. Celui-ci, pour le replacer dans son contexte, fut publié dans L’Aurore, quotidien de l’époque, du 13 janvier 1898 sous la forme d’une lettre publique et ouverte au Président de la République Félix Faure, afin de prendre la défense d’Alfred Dreyfus, un capitaine d’origine juive qui subit une accusation en 1894 pour trahison et complot avec l’Empire allemand – il est clairement condamné pour avoir livré des documents secrets aux Allemands –, dans un contexte d’antisémitisme fort et grandissant. Continuer la lecture de Pensées journalistiques (2/3)

Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

«Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun: n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument: «Je suis heureux». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation: «Ah! vous êtes heureux, mon garçon? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux?» Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur.» – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage: il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer! Gardien de but, on le décrira comme «solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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Méditations syriennes

Le Regard Libre N° 9 – SoΦiamica

« Perte de la vue puis perte de la foi et de la destination : Aussi ma nuit extrême est-elle trois nuits. » Abul Ala Al-Ma’ari

Né en 973 après J.-C. près d’Alep en Syrie, Abul Ala Al-Ma’ari est un des plus grands poètes et penseurs de l’Âge d’or islamique. Il devint aveugle dès quatre ans, ce qui ne l’empêchera pas de faire ses études à Alep, Antioche et Tripoli, et de publier un premier recueil de poésies philosophiques intitulé Saqt az-zand, soit l’Étincelle d’Amadou. Devenu populaire, il est invité par les prestigieuses instances intellectuelles de Bagdad, auxquelles il refuse de vendre une partie de ses œuvres et dont il perdra par conséquent le soutien. Il rentre alors en 1010 en Syrie où il mène une vie d’ascète jusqu’à la fin de sa vie en 1057, retiré dans une modeste maison. À la fois respecté pour ses talents littéraires et blâmé pour l’audace de sa pensée libre, Al-Ma’ari écrit son deuxième ouvrage, la Nécessité de ce qui n’est pas Nécessaire (Luzum ma lam yalzam), suivi de l’Epître du Pardon (Risalat al-ghufran), auquel on comparera souvent la Divine comédie de Dante. Son œuvre se terminera avec le recueil d’homélies Al-Fusul wa al-ghayat, littéralement Paragraphes et Périodes. Une grande partie de ses écrits est aujourd’hui malheureusement perdue.

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