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Rencontre avec Philippe Zumbrunn, l’homme le plus fou de jazz

Le Regard Libre N° 28 – Jonas Follonier

Cheveux blancs tirés en arrière, lunettes jaune rétro sur le nez, moustache et, si on a de la chance, cravate extravagante. Les milieux de la radio suisse-romande et du jazz le reconnaissent aussitôt. Philippe Zumbrunn, huitante-six ans, est une véritable mémoire vivante. Passionné de jazz et de radio, il est l’initiateur technique de RTN, le fondateur de Radio Framboise (et des annonces radars), mais aussi un photographe bien connu pour avoir immortalisé les grandes figures du jazz il y a plus de soixante ans. Durant tout le mois d’avril, on peut découvrir une sélection de ses plus belles photographies exposées à la Galerie YD, à Neuchâtel, dans le cadre de Jazzzed, un festival construit sur le surnom de Philippe Zumbrunn : Z. Rencontre dans les lumières sombres du Bar King à Neuchâtel.

Jonas Follonier : De quelle époque datent les photographies que vous exposez en ce moment à la Galerie YD ?

Philippe Zumbrunn : Ce sont surtout les photographies de mes débuts. Pour une raison simple : ce sont les plus rares. Elles mettent en lumière des monstres du jazz, qui tous sont morts actuellement, à savoir Louis Armstrong, Billie Holiday ou encore Lionel Hampton. J’ai eu la chance de les côtoyer dans les années 1950. J’avais vingt-et-un ans lorsque j’ai pris ma première photo de jazz ; c’était en 1952. J’ai donc démarré très vite.

Cette exposition doit être importante pour vous. D’où est venue l’idée de ce projet ?

Cette exposition a d’abord eu lieu pendant trois mois à la FNAC de Lausanne. Ce fut l’événement déclencheur. Cela fait au moins trois ans que Denis Juvet, le propriétaire de la Galerie YD, me parle de son projet de monter une exposition-festival sur le jazz avec une série de concerts et de témoignages. Tout cela a mûri, et le résultat est très satisfaisant. Lire la suite Rencontre avec Philippe Zumbrunn, l’homme le plus fou de jazz

Pensées journalistiques (3/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Assurément, le délectable et fin art d’écrire n’a pas disparu. Comme nous l’évoquâmes tantôt, la Toile a détérioré la qualité du journalisme en général, néanmoins elle ne l’a de loin pas détruite. Au crépuscule d’une grandeur, on se prépare déjà à l’aurore d’une immensité. J’évoque une sentence personnelle au caractère typique pour proclamer l’espérance, parce que je crois profondément que, malgré un actuel affaiblissement amer de la pratique de la langue française, et cela se remarque jusque dans les journaux au quotidien, tout se prête à prendre conscience de ce défaut littéraire. Les amants du beau langage sauront tenter d’y remédier ; c’est d’ailleurs déjà le cas chez les véritables hommes de culture d’aujourd’hui. Il en va de même pour ce qui concerne l’engagement honnête et entier que l’on observa chez un Zola dreyfusard ou un Camus résistant. Existe encore, en effet, le philosophe qui serait prêt à donner sa vie pour ses idées, subissant une multitude de blâmes, mais quelques reconnaissances méritées et réconfortantes aussi. J’aimerais rendre hommage ici à un homme qui, face à des railleries constantes, sut humblement répondre avec grande justesse : « Je suis un homme amoureux, j’ai des amis que j’admire et un fils qui a prit son envol. Comme disait mon père : que demande le peule ? ». Ces paroles furent prononcées sur le plateau télévision de Des paroles et des actes du 21 janvier 2016 sur France 2, alors que l’on avait dit de lui, par provocation, qu’il aimait le malheur ; en d’autres termes, que ce n’était qu’un vieil aigri tourmenté, comme on a l’habitude de le désigner en ricanant. Il s’agit d’Alain Finkielkraut. Il me plairait de livrer ici un de ses articles qui, à la manière de nos deux articles historiques, témoigne d’un profond ancrage dans le débat d’idées enveloppé d’un style attentionné. Ce dernier parut dans le journal Libération du 9 septembre 2014. Notre philosophe s’immergea dans la plume du Président François Hollande. Voici l’intégralité de l’article : Lire la suite Pensées journalistiques (3/3)

Pensées journalistiques (2/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Avant que d’élucider les mystères et les raisons de ce qui fait aujourd’hui le bon journalisme par la sauvegarde d’une identité imprégnée et d’une écriture authentique, il est intéressant de témoigner brièvement de la presse d’hier. Effectivement, il est bel et bon d’invoquer et de vanter une « culture littéraire » au sein d’un journal, mais sans extraire de l’Histoire quelque article des plus marquants à ce sujet, le propos n’a que peu de puissance ; sans être vain néanmoins, le travail n’est, en un certain sens, que réalisé à moitié.

C’est pourquoi, en guise d’illustration, le fameux « J’accuse… ! », article pamphlétaire d’Emile Zola sur l’affaire Dreyfus, un des plus célèbres de la presse française et même mondiale, rend compte d’un journalisme vraiment littéraire. Celui-ci, pour le replacer dans son contexte, fut publié dans L’Aurore, quotidien de l’époque, du 13 janvier 1898 sous la forme d’une lettre publique et ouverte au Président de la République Félix Faure, afin de prendre la défense d’Alfred Dreyfus, un capitaine d’origine juive qui subit une accusation en 1894 pour trahison et complot avec l’Empire allemand – il est clairement condamné pour avoir livré des documents secrets aux Allemands –, dans un contexte d’antisémitisme fort et grandissant. L’affaire fut enfin réglée en 1906, lorsque le capitaine fut justement innocenté et réhabilité. La polémique que suscita l’accusation, au-delà de la grave erreur judiciaire, avait pour cause une haine des Juifs si profonde et si lâche qu’elle alla jusqu’à comploter afin que ce fût Dreyfus à être, dès le début du cas, soupçonné et ensuite détruit ; heureusement, les « dreyfusards », dont Zola faisait activement partie, le défendirent à leurs risques et périls. Et la justice vainquit, ce qui n’est malheureusement pas toujours dans ses habitudes. Lire la suite Pensées journalistiques (2/3)

Pensées journalistiques (1/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

A l’heure où la Toile Universelle – autrement dit : « Internet » – est devenue la capitale du journalisme, les changements affectant ce dernier ne parviennent pas sans se faire remarquer ; mais touchent-ils véritablement à son essence même ? De fait, on pourrait croire qu’il s’agit seulement d’une modification de son support ; en d’autres termes, le changement serait de l’ordre de la forme sans concerner le fond, bien que les deux soient de toute façon liés.

Une telle supposition semble évidemment fausse ; en effet, suffit-il de naviguer quelque peu sur les vagues rapides, imprévisibles, sensationnelles et fulgurantes de l’océan infini du dieu « Web » pour noter aisément une insécurité, certaine cette fois-ci, de la véracité de l’information sur les sites sans garantie extérieure du monde virtuel. J’exprime par là, en ce qui concerne les journaux, ceux qui n’ont notamment aucun fondement historique, ou qui n’ont pas une édition de papier qui garantirait une certaine légitimité de l’information. Apparaît également un raccourcissement épatant et délectable, aux yeux de la paresse de lire, de l’ampleur des articles, mais encore une masse titanesque de renseignements, communiqués, notes de renvoi, tout cela accompagné, bien sûr, de propositions, apparaissant sous figure de fenêtres vers le bonheur, à découvrir l’amour véritable sur une plate-forme saine et fondée telle « adopteunmec.com », à apprendre les véritables jouissances de la sexualité par une pratique de la part d’experts qui, dans un souci pédagogique, sont prêts à mettre leur sagesse et leurs techniques en œuvre à l’écran pour illustrer la chose avec une bienveillance fornicatrice ou même à partir en vacances exactement là où la mer est aussi bleue et la famille aussi joyeuse que sur l’image présentée. Lire la suite Pensées journalistiques (1/3)

Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

« Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun : n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument : « Je suis heureux ». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation : « Ah ! vous êtes heureux, mon garçon ? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux ? » Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. »

Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète ; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage : il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer ! Gardien de but, on le décrira comme « solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe ». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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Le monde du journalisme face au changement

Le Regard Libre N° 2 – Jonas Follonier

Le journalisme est en phase de changement ; circonstances obligent. Le développement fulgurant des nouvelles technologies et des réseaux sociaux engendre la multiplication des informations, la rapidité de leur transmission et l’accès immédiat à l’actualité internationale.

Corollaire : la majorité de nos contemporains sont déjà au courant de l’actualité du jour une fois le soir venu. Que dire alors au journal télévisé ? Et, par-dessus cela encore, qu’écrire dans le journal du lendemain ?

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